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Auteur Honoré de Balzac
Œuvre La Peau de chagrin
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  1. ¶ ¶ AUX ¶ ¶ ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES
  2. Qu’est-ce que
  3. ¶ La narration est toute l’épopée; elle est toute l’histoire; elle enveloppe le drame et le sous-entend. Le conte est la littérature primitive. De quelle joie, dites-moi, durent être saisis ceux qui, les premiers, découvrirent et ressentirent cette jouissance! Ils inventèrent de pittoresques symboles en témoignage de leur ivresse nouvelle. Ce fut l’Hercule Gaulois, dont la bouche laissait tomber les chaînes d’or qui retenaient les auditeurs; ce fut la baguette de Mercure, forçant à s’unir les hommes plus acharnés
  4. serpens; c’est le chant de la syrène, entraînant le navigateur
  5. analytique de l’ère moderne,
  6. toute fondée sur l’analyse: sociétés, gouvernemens, sciences reposent sur elle; elle s’empare de tout, pour tout flétrir. Il naît dans le pays le plus rationel de l’Europe; point d’oreilles faciles à duper comme en Italie, où la musique est dans le langage et l’ode dans le son; point de croyance surnaturelle et populaire; le scepticisme est
  7. ; la faculté raisonneuse a pénétré
  8. intérêt pour
  9. Ils vous demanderont par quel procédé chimique l’huile brûlait
  10. lampe d’Aladin. Ils ont
  11. à
  12. ce que serait advenu, si Raphaël eût souhaité que la Peau de chagrin s’étendît! ¶ Osez donc leur réciter de beaux contes; enlevez-les,
  13. il faut qu’un bon narrateur le fasse, dans ce char d’Élie, dans cette narration aux ailes de feu et aux roues brûlantes, qui plonge dans le ciel et fait disparaître les villes, les maisons, les bois, les collines de l’horizon terrestre! ¶ L’analyse, dernier développement de
  14. ; et cette agonie éclatante des sociétés offre
  15. profond. ¶
  16. primitive
  17. contes. Il a vu de quels éclatans dehors cette société valétudinaire s’enorgueillit, de quelles parures ce moribond se couvre, de quelle vie galvanique ce cadavre s’émeut et s’agite par intervalles, de quelle lueur phosphorique il scintille encore. Opposant au néant intérieur et profond du corps social, cette agitation factice et cette splendeur funèbre, il
  18. que la mission du conteur n’était pas finie et perdue; qu’il y
  19. encore une magie dans ce contraste; une féerie dans cette industrie créatrice de merveilles; un intérêt dans le jeu cupide des ressorts sociaux, cachés sous de si beaux dehors, dans ce spectacle d’une société rendant le dernier soupir sous des rideaux de pourpre, d’argent et de soie. ¶ Un conteur, un amuseur de gens, qui prend pour base la criminalité secrète, le marasme et l’ennui de son époque; un homme de pensée et de philosophie, qui s’attache à peindre
  20. produite par la pensée; tel est M. de Balzac. ¶ Voilà sur quelles bases sont appuyés ces contes de nuances diverses, de formes variées, que M. de Balzac a osé lancer dans le dix-neuvième siècle, blasé, indifférent et peu amusable. Ce fonds misanthropique, qu’une verve de gaieté et une fécondité d’invention incontestables raniment et font étinceler, vous le retrouvez dans l’Auberge rouge,
  21. , dans la
  22. farce terrible dont le fantastique Introït lui a été généreusement donné par
  23. mordantes plumes de notre époque. Mais cette pensée première s’élève jusqu’aux proportions de la tragédie dans El Verdugo, où
  24. sublime, parricide
  25. Ainsi, partout l’égoïsme: égoïsme de la famille, égoïsme physique, personnalités féroces qui
  26. d’une civilisation sensuelle et raffinée. Tel est spécialement le fonds et la pensée créatrice de la Peau de Chagrin, livre où, pour faire un péristyle à son
  27. , l’auteur a
  28. l’arrêt éternel porté sur
  29. . ¶ Rabelais
  30. avait vu
  31. ,
  32. ,
  33. , donnez-nous
  34. , et que le curé de Meudon ne se contente pas de remettre à sa place. Il l’installe sur un trône. Or, voici l’ère de Gargantua. On boit plus sec, on mange sans perdre jamais l’appétit: l’élément physique de l’homme se trouve déifié par cette ironie matérialiste, qui semble une prédiction du dix-huitième siècle, et un oracle des destinées futures
  35. le monde est réservé. ¶ Passe joyeusement la vie et ris-toi du reste! Trinque! comme l’a dit M. de Balzac dans la Peau de Chagrin, voilà
  36. amères dérisions du Pantagruel, et peut-être l’arrêt définitif de ce livre. ¶ Certes, Rabelais, s’il n’eût pas vécu au commencement du seizième siècle, tout à la fin de ce qu’on appelle moyen-âge, n’eût rien écrit de pareil. Dans Pantagruel et Gargantua, il résuma le passé, railla le présent et s’empara de l’avenir, qu’une civilisation matérielle allait isoler de l’ancienne société chrétienne et spiritualiste, de l’avenir qu’une philosophie sensualiste allait dominer et mouler à son plaisir. ¶
  37. ,
  38. sans cœur, type d’une
  39. pour théâtre, et la souffrance pour escorte. ¶ Le vaste plan, caché sous ces fantaisies, a dû échapper à plusieurs yeux. Des
  40. Chagrin
  41. ;
  42. , avec son égoïsme toujours présent sous mille métamorphoses. La même signification se trouve cachée sous les plus légers incidens de cette fiction. Outre son intérêt dramatique, le livre renferme un intérêt de philosophie
  43. de sa conservation étouffe
  44. nous sommes. À mesure qu’elle augmente,
  45. s’isolent; plus de liens, plus de vie commune. La personnalité règne; c’est son triomphe et sa fureur que la Peau de Chagrin a reproduits
  46. il y a encore
  47. époque. ¶ Là, comme on l’a dit dans une journal (*), «vous pouvez, si cela vous duit, voir ¶ ¶ (*) Le Messager. ¶ ¶ apparaître, sous forme vivante, notre civilisation d’hier et d’aujourd’hui: toute parée, toute folle d’ennui et de luxe, avec son dégoût, son désespoir, ses bons mots, ses velléités de science et de religion, ses créations qui avortent, ses vertus qui ne sont pas écloses, son éclat semblable à la lueur émanée des endroits infects; ses prétentions de grandeur, de sévérité, de patriotisme, d’énergie, de rénovation, de génie, d’organisation, de conservation, de durée; et son néant réel, son mal intime; son manque de foi, sa faiblesse de volonté, son inanité, sa décrépitude, sa force factice, comme celle de l’ivresse, passagère, comme celle que la pile de Volta communique à un corps mort. ¶ Il
  48. curieux de contempler le critique de l’ancienne école, l’homme de bon goût et de bonnes mœurs, en face de cette œuvre. Oh! le pauvre homme! que fera-t-il de sa toise? lui qui veut
  49. comprendra pas un mot de ce conte. Il aime la littérature de plain-pied; ici tout est abîmes, précipices, saillies, excroissances, hautes montagnes, profondeurs sans fond. ¶ Je jure que
  50. habile critique de 1800 à 1820 ne se ferait pas une idée nette sur un pareil ouvrage. Il briserait sa toise, il jetterait son compas. Autant vaudrait demander à M. d’Aguesseau l’explication satisfaisante d’un journal de l83l. En vain diriez-vous à notre Aristarque dans l’embarras, que
  51. de la Peau de Chagrin a voulu, comme feu Rabelais, formuler
  52. humaine et
  53. son époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte,
  54. Rabelais et Pantagruel François Ier
  55. rien de pareil ne frappe ses yeux. Et si vous répliquez en disant que la prétendue allégorie, découverte dans Rabelais par la lubie des savans, n’a jamais eu d’existence; que le monstre comique créé par le médecin Chinonais
  56. la critique, et d’une vivacité extrême de teintes chatoyantes et contrastantes, mais de la portée générale d’un livre, où le siècle et le pays les plus confus qui aient jamais existé, se concentrent sous des formes poétiques,
  57. colorées, qui éblouissent le regard. Avoir trouvé le fantastique
  58. ce n’est ni un petit mérite ni un mince travail. L’avoir vivifié sans tomber dans la froideur de l’allégorie, c’est chose méritoire, c’est le témoignage d’un rare talent. Il fallait, pour obtenir ce résultat, n’oublier aucune des brillantes nuances dont elle se pare, nous donner les fêtes, l’esprit, le dévergondage, les riche étoffes, les jouissances effrénées, le jeu, l’amour,
  59. costume, qui se pressent dans
  60. villes; il fallait n’oublier non plus aucune des misères
  61. dans un cercle de magie. Vous y trouverez de grands salons et de grandes orgies, la mansarde de jeune savant et le boudoir de la femme à la mode, la table de jeu et le laboratoire du chimiste: tout ce qui influe sur notre société, depuis le sourire de la jeune fille jusqu’aux
  62. du feuilleton. ¶ Et n’attendez pas que je vous donne une idée plus exacte de cet étrange livre; il est de ceux où chacun
  63. pâture à son goût: à tel la satire, à tel autre le fantastique, à
  64. des
  65. et terribles qui soulèveront les rideaux de votre alcôve pour peu que nature vous ait doué d’imagination; et pour un an de réflexion, si vous êtes né contemplateur, observateur et penseur.» ¶ Le public, qui a si rapidement enlevé trois éditions, a justifié le critique. Mais l’auteur, docile aux observations qui lui ont été adressées par amis et ennemis, n’a épargné ni ratures, ni veilles, ni suppressions, ni corrections, pour rendre plus parfaite la quatrième édition
  66. Il avait déjà fait le sacrifice de sa préface presque entière, préface consacrée à une justification inutile. Il avait tort de croire que la Physiologie du mariage, œuvre d’ironie et d
  67. eût marqué son front d’un sceau de cynisme et d’impudence: on ne confond plus les fantaisies de
  68. que le plus doux des hommes peut devenir, dans sa
  69. , sanguinaire, criminel et implacable. On sait que le poëte le plus ardemment érotique peut ne demander à l’amour que la jouissance des beaux vers. Cependant
  70. tracé les pages, et dont il fait le sacrifice, contenait des observations générales et philosophiques, que nous croyons devoir reproduire ici. ¶ L’auteur explique, avec autant de sagacité
  71. finesse, le procédé physiologique qui préside à la création d’une œuvre d’art et fait naître dans l’esprit de l’artiste mille fantômes, dont la moralité ne lui
  72. imputable. ¶ «Quoique restreint dans les bornes d’une préface, cet essai psychologique aidera
  73. les jeux de lumière, accuser avec justesse les contours, reproduire fidèlement une scène étroite, mer ou montagnes, ruines ou
  74. voilà toute la peinture. ¶ La sculpture est plus restreinte encore dans ses ressources. Elle ne possède guères qu’une pierre et une couleur pour exprimer la plus riche des natures, le sentiment dans les formes humaines: aussi le sculpteur cache-t-il sous le marbre d’immenses travaux d’idéalisation dont peu de personnes lui tiennent compte. ¶ Mais, plus vastes, les idées comprennent tout: l’écrivain doit être familiarisé avec tous les effets, avec toutes les natures. Leibniz
  75. cette idée
  76. s’en souvenir et empreindre les impressions qu’on a reçues dans un certain choix
  77. en les décorant de toute la grâce
  78. en leur communiquant le vif
  79. primordiales… ¶ Or, sans entrer dans les méticuleux aristotélismes créés par chaque auteur pour son œuvre, par chaque professeur dans sa théorie, l’auteur pense être d’accord avec toute intelligence, haute ou basse, en composant l’art littéraire de deux
  80. bien distinctes: l’observation – l’expression. ¶ Beaucoup d’hommes distingués sont doués du talent d’observer, sans posséder celui de donner une forme vivante à leurs pensées; comme d’autres écrivains ont été doués d’un style merveilleux, sans être guidés par ce génie sagace et curieux qui voit et enregistre toute chose. De ces deux dispositions intellectuelles résultent, en quelque sorte, une vue et un toucher littéraires. À tel homme, le faire; à tel autre, la conception; celui-ci joue avec une lyre sans produire une seule de ces harmonies sublimes qui font pleurer ou penser; celui-là compose des poëmes
  81. , faute d’instrument. ¶ La réunion des deux puissances fait l’homme complet; mais, cette rare et heureuse concordance n’est pas encore le génie, ou plus simplement ne constitue pas la
  82. qui engendre une œuvre d’art. ¶ Outre ces deux conditions essentielles au talent, il se passe chez les poëtes ou chez les écrivains réellement philosophes, un phénomène moral, inexplicable, inouï, dont la science peut difficilement rendre compte. C’est une sorte de seconde vue qui leur permet de deviner la vérité dans toutes les situations possibles; ou, mieux encore, je ne sais quelle puissance qui les transporte là où ils doivent, où ils veulent être. Ils inventent le vrai par analogie, ou voient l’objet à décrire, soit que l’objet vienne à eux, soit qu’ils aillent eux-mêmes vers l’objet.» ¶ L’auteur se contente de poser les termes de ce problème, sans en chercher la solution. ¶ «Donc, selon
  83. l’écrivain doit avoir l’intuition analytique de tous les caractères: toutes les mœurs il les épouse; toutes les passions il les ressent: les idées, les pays, les mœurs, les caractères: accidens de nature, accidens de morale
  84. meut dans sa pensée. En traçant le portrait du Laird de Dumbiedikes, il se fait avare; il conçoit
  85. , il en pénètre les mystères. S’il écrit Lara ou le Giaour, il assassine, il comprend le meurtre, la tache de sang est sur son front. Le voilà criminel; il conçoit le crime; il l’appelle et le contemple. ¶ Mais, à ceux qui étudient la nature humaine, il est démontré clairement que
  86. possède les deux genres de puissance. ¶ Il traverse en esprit les espaces: les choses, jadis observées, renaissent en lui, belles de la grâce, terribles de l’horreur primitive qui l’avaient saisi. Il a pressenti le monde, et ce pressentiment équivaut à la réalité. Son âme lui révèle tout par intuition. Ainsi, le peintre
  87. exact de Florence, n’a jamais été à Florence; ainsi, tel écrivain a pu merveilleusement dépeindre le désert, ses sables, ses mirages, ses palmiers, sans aller de Dan à Sahara. ¶ Les hommes ont-ils le pouvoir de faire venir
  88. leur cerveau, ou leur cerveau est-il un talisman avec à l’aide duquel ils abolissent les lois du temps et de l’espace?… La science hésitera long-temps à choisir entre ces deux mystères également inexplicables. Toujours est-il constant
  89. inspiration jette le poëte en des transfigurations sans nombre et semblables aux magiques fantasmagories de nos rêves. Un rêve est peut-être le jeu naturel de cette singulière puissance quand elle reste inoccupée!… ¶ Ces facultés que le monde admire à juste titre, un auteur les possède plus ou moins larges, en raison peut-être du plus ou du moins de perfection de ses organes. Peut-être encore le don
  90. est-il une faible étincelle tombée d’en haut sur l’homme; et, alors
  91. les adorations dues aux grands génies seraient-elles une noble et haute prière! S’il n’en était pas ainsi, pourquoi notre
  92. se mesurerait-elle à la force, à l’intensité du rayon céleste qui brille en eux? Ou le degré d’enthousiasme dont nous sommes saisis pour les grands hommes
  93. il se proportionner au degré de plaisir qu’ils nous donnent, au plus ou moins d’utilité de leurs œuvres?… Que chacun choisisse entre le matérialisme et le spiritualisme!… ¶ Cette métaphysique
  94. a entraîné
  95. assez loin de la question personnelle. Mais quoique dans la production la plus simple, dans Riquet à la houpe même, il y ait un travail d’artiste, et qu’une œuvre de naïveté porte souvent le signe du mens divinior plus profondément empreint qu’il ne l’est dans un vaste poëme, il n’a pas la prétention d’écrire pour lui cette ambitieuse théorie, à l’instar de quelques auteurs contemporains dont les préfaces étaient les petits pèlerinages de petits Childe-Harold. Il a seulement voulu réclamer pour les auteurs, les anciens priviléges
  96. une tentative faite pour retourner à la littérature fine, vive, railleuse et gaie du dix-huitième siècle, où les auteurs ne se tenaient pas toujours droits et raides, où l’on ne discutait pas à tout propos la poésie, la morale et le drame, mais
  97. se faisait du drame, de la poésie et des ouvrages de vigoureuse morale. L’auteur de ce livre cherche à favoriser la réaction littéraire que préparent certains bons esprits ennuyés de notre vandalisme actuel, et fatigués de voir amonceler tant de pierres sans qu’aucun monument surgisse. Il ne comprend pas la pruderie, l’hypocrisie de nos mœurs; et refuse du reste, aux gens blasés, le droit d’être difficiles. ¶ De tous côtés s’élèvent des doléances sur la couleur sanguinolente des écrits modernes. Les cruautés,
  98. , les gens jetés à la mer, les pendus, les gibets, les condamnés, les atrocités chaudes et froides, les bourreaux, tout est devenu bouffon! ¶ Naguère, le public ne voulait plus sympathiser avec les jeunes malades, les convalescens et les doux trésors de mélancolie contenus dans l’infirmerie littéraire. Il a dit adieu aux Tristes, aux Lépreux, aux langoureuses élégies. Il était las des Bardes nuageux et des Sylphes, comme il est aujourd’hui rassasié de l’Espagne, de l’Orient, des supplices, des pirates et de l’histoire de France walterscottisée. Que nous reste-t-il donc?… ¶ Si le public condamnait les efforts des écrivains qui essaient de remettre en honneur
  99. franche de nos ancêtres, il faudrait souhaiter un déluge de barbares, la combustion des bibliothèques, et un nouveau moyen âge; alors, les auteurs recommenceraient plus facilement le cercle éternel dans lequel l’esprit humain tourne comme un cheval de manége. ¶ Si Polyeucte n’existait pas, plus d’un poëte moderne est capable de refaire Corneille, et vous verriez éclore cette tragédie sur trois théâtres à la fois
  100. les vaudevilles où Polyeucte chanterait sa profession de foi chrétienne sur quelque motif de la Muette
  101. les auteurs ont souvent raison dans leurs impertinences contre le temps présent. Le monde leur demande de belles peintures? où en seraient les types? Vos habits mesquins, vos
  102. manquées, vos bourgeois discoureurs, votre religion morte, vos pouvoirs éteints, vos rois en demi-solde, sont-ils donc si poétiques? ¶ Nous ne pouvons aujourd’hui que nous moquer. La raillerie est toute la littérature des sociétés expirantes…
  103. de ce livre, soumis à toutes les chances de son entreprise littéraire, s’attend-il à de nouvelles clameurs.» ¶ ¶ M. de Balzac, dont les Contes ont vaincu la formaliste apathie
  104. et qui
  105. Chagrin, a donné preuve de cette énergie et de cette fécondité, de cette verve hardie et poignante
  106. on réclame aujourd’hui, comme un palais blasé veut de l’orpiment et de l’alcool, ne s’en tiendra pas à cet essai. Il a frappé notre époque, en lui empruntant ses propres armes; en employant cette frénésie d’invention, cette ironie envenimée, ces couleurs ardentes, sombres et tranchées, dont l’abus serait la perte de l’art. Quand il voudra être simple, il saura l’être, comme il l’a prouvé dans
  107. dans l’Enfant Maudit, Maître Cornilius, et Louis Lambert. On le verra changer les couleurs de sa palette, et de nuance en nuance, d’existence en existence, de mode en mode, parcourir tous les degrés de l’échelle sociale et
  108. tour à tour le paysan, le mendiant, le pâtre, le bourgeois, le ministre, attaqués de la même maladie destructive. Il ne reculera pas même devant le roi et le prêtre, ces deux derniers échelons de notre hiérarchie croulante; le roi, que notre progrès de civilisation a tellement ébranlé sur son trône
  109. plus de confiance à sa couronne; le prêtre
  110. renferme le dernier, le plus large
  111. de l’intelligence humaine, et qui n’est plus qu’un spectre lorsqu’il cesse d’avoir foi en lui. ¶ La foi et l’amour, s’éloignant des hommes livrés à la culture intellectuelle; la foi et l’amour, s’exilant pour laisser dans un désert d’égoïsme profond, tous ces hauts esprits, tous ces êtres parqués dans leur personnalité; tel est le but des contes de M. de Balzac. Dans celui que l’auteur a intitulé
  112. ,
  113. Cette moralité suprême qui couronne la peinture de tous les types d’individualisme est d’un bel effet. ¶ C
  114. ,
  115. théorie
  116. morale, inaperçus de la foule. Ce n’est pas là ce qui fait le succès du jour; mais ce qui le propage
  117. continue dans l’avenir. ¶ ¶ P. CH….. ¶ ¶
  118. . ¶ ¶ I
  119. les maisons de jeu
  120. ,
  121. , silence complet chez
  122. que
  123. ,
  124. , aux
  125. aux
  126. lieux
  127. ,
  128. ,
  129. ,
  130. . ¶ ¶ II. ¶
  131. ..
  132. à part la vue des cuisines et l’odeur des cabarets, y a
  133. … L
  134. ,
  135. épouvantable
  136. , de temps à autre
  137. … ¶
  138. tous
  139. ,
  140. ,
  141. … ¶
  142. … ¶
  143. … ¶
  144. étincelaient; car les
  145. taciturne
  146. ; car tous
  147. de son argent
  148. … ¶ ¶ III. ¶
  149. et
  150. nous
  151. ;
  152. ¶ ¶
  153. écrites
  154. ,
  155. ,
  156. et
  157. ,
  158. … –
  159. ,
  160. le
  161. dessina les fins contours. Alors il
  162. … Puis,
  163. ,
  164. ¶ ¶ IV. ¶
  165. ,
  166. ,
  167. lui
  168. ,
  169. ,
  170. précieux,
  171. ou
  172. fraîche, et d’un
  173. ,
  174. ,
  175. ,
  176. ,
  177. ,
  178. jadis
  179. ,
  180. et
  181. puis,
  182. humaine, puissante Locuste, se
  183. ….. ¶ ¶ V. ¶
  184. M.
  185. ¶ M.
  186. ….
  187. … ¶ Alors il déroule
  188. ,
  189. inconnus et
  190. ¶ – Monsieur,
  191. ,
  192. ,
  193. … ¶
  194. froide et
  195. ,
  196. dans
  197. au gré de quelque
  198. ,
  199. … ¶ ¶ VI. ¶
  200. , qui
  201. , ne permettaient
  202. ,
  203. une incroyable conscience de force et
  204. ,
  205. et
  206. . Le marchand d’antiquités
  207. tout,
  208. divin
  209. entier
  210. et suave
  211. … Le triomphe de Raphaël était complet. On
  212. de fer
  213. ,
  214. … répondit le vieillard. ¶
  215. , reprit le marchand
  216. croyant
  217. un phénomène assez extraordinaire. ¶ Accroché sur le mur à un clou précisément
  218. animé,
  219. singulière
  220. innocens
  221. jouet
  222. de curiosités,
  223. l’existence de
  224. errans
  225. lui
  226. , en Perse?…
  227. ?
  228. je
  229. et
  230. mon or,
  231. ,
  232. même
  233. .
  234. !
  235. pas
  236. ou plutôt, Monsieur,
  237. …..
  238. qui nous emporte
  239. ….
  240. ,
  241. ….
  242. ,
  243. de
  244. ,
  245. ¶ ¶ X. ¶ ¶
  246. ,
  247. ¶ –
  248. ¶ –
  249. il s’est fondé
  250. ,
  251. est
  252. ….
  253. ¶ ¶ XI. ¶
  254. ,
  255. . ¶
  256. ,
  257. ,
  258. et,
  259. se dire
  260. soudain
  261. ,
  262. ¶ XII. ¶ ¶
  263. ,
  264. ,
  265. vouloir
  266. ,
  267. ,
  268. tenus
  269. quelque chose?…
  270. Pizarre,
  271. je
  272. ….
  273. ,
  274. !…
  275. ,
  276. .
  277. tant de
  278. des
  279. ,
  280. ,
  281. … ¶
  282. ….
  283. à Raphaël
  284. ¶ ¶ XIII. ¶
  285. ,
  286. Il y avait de jeunes filles
  287. ,
  288. ,
  289. ,
  290. dignes
  291. elle
  292. -
  293. en
  294. et
  295. ¶ –
  296. ¶ –
  297. ….
  298. !…..
  299. ,
  300. Il y avait des
  301. .
  302. les visages
  303. ayant jeté
  304. en l’air
  305. ,
  306. Il y avait, çà
  307. qui
  308. ;
  309. ; puis, l’ivresse, l’amour, le délire, l’oubli du monde étaient dans les cœurs, sur les visages, dans l’air, écrits sur les tapis, exprimés par le désordre… ¶ Alors
  310. ¶ ¶ XIV. ¶
  311. ,
  312. !…
  313. … ¶
  314. … ¶
  315. … ¶
  316. … ¶
  317. ,
  318. . ¶ ¶ XV
  319. ,
  320. toute
  321. !
  322. je
  323. ,
  324. ,
  325. ,
  326. ,
  327. ,
  328. ,
  329. ,
  330. or,
  331. Assez fort sur le piano, j
  332. et,
  333. ,
  334. romanesque,
  335. … ¶
  336. , depuis,
  337. ,
  338. et
  339. … ¶
  340. ¶ –
  341. toute
  342. ¶ ¶ XVI. ¶ ¶
  343. ,
  344. tout
  345. or,
  346. ,
  347. ,
  348. vierge
  349. . Leur fortune future est
  350. – Rien!…
  351. !… Il
  352. ,
  353. … ¶
  354. ¶ ¶ XVII. ¶
  355. et
  356. …..
  357. …..
  358. que
  359. ,
  360. j’
  361. ,
  362. qui
  363. alors,
  364. ,
  365. :
  366. ¶ ¶ XVIII. ¶
  367. ¶ –
  368. Le
  369. ,
  370. future
  371. . Ainsi,
  372. à
  373. ,
  374. … ¶ ¶ XIX. ¶
  375. il y avait
  376. -
  377. , je
  378. se leva, et vint à moi. Il y
  379. ….
  380. Puis, l
  381. en les regardant, je
  382. ,
  383. ,
  384. ,
  385. ils avaient des caprices, ils
  386. ¶ Aussi, à
  387. ….
  388. … ¶
  389. je me voyais,
  390. ,
  391. qu’est-ce
  392. … ¶ ¶ XX. ¶
  393. ,
  394. tous
  395. presque
  396. … ¶
  397. de la main
  398. Ah! si l’empereur vivait… ¶
  399. ,
  400. ,
  401. ,
  402. ,
  403. une sœur
  404. -
  405. ,
  406. ..
  407. ,
  408. ,
  409. femme
  410. ;
  411. … ¶
  412. ,
  413. ,
  414. ¶ ¶ XXI. ¶
  415. il
  416. choses et les
  417. ! ¶
  418. ,
  419. …..
  420. … ¶
  421. et,
  422. … ¶
  423. … ¶
  424. ¶ –
  425. en
  426. dans peu d’heures
  427. le plaisir
  428. à
  429. ¶ ¶ XXII. ¶
  430. singulièrement
  431. et
  432. et
  433. ,
  434. . ¶ Je la fis
  435. ,
  436. et
  437. ,
  438. qui
  439. -
  440. en
  441. en
  442. dans cette femme!… ¶
  443. ,
  444. et beaux
  445. , chez cette femme, tous
  446. !…
  447. prodigieux
  448. ne
  449. pas
  450. ….
  451. … ¶ ¶ XXIII. ¶
  452. ,
  453. -
  454. naïfs
  455. ,
  456. ,
  457. océan
  458. ,
  459. ,
  460. en
  461. elle
  462. ,
  463. … ¶
  464. cordiale
  465. . ¶
  466. Il y avait de l’amour dans ces
  467. ….. ¶
  468. en
  469. . Quand
  470. , il
  471. ¶ –
  472. ne croit pas nous faire souffrir, par une femme qui nous
  473. atroce!…
  474. ,
  475. ….
  476. !….
  477. entièrement
  478. ….. Alors
  479. … ¶
  480. … ¶
  481. ….
  482. ¶ –
  483. ¶ ¶ XXIV. ¶ ¶
  484. toute
  485. ¶ –
  486. ,
  487. … –
  488. ….
  489. ….
  490. … ¶
  491. … ¶
  492. et douce
  493. ,
  494. exquis
  495. !….
  496. !…
  497. ….
  498. Il y avait dans l
  499. ,
  500. ,
  501. ….
  502. ¶ ¶ XXV. ¶
  503. ,
  504. ,
  505. , nous prenions le café
  506. a
  507. ..
  508. -
  509. ….
  510. ,
  511. les plus éminentes
  512. ,
  513. ,
  514. ,
  515. ?…
  516. alors!…
  517. ¶ Je lui serrai la main.
  518. !
  519. et,
  520. … ¶ ¶ XXVI. ¶
  521. … ¶
  522. !…
  523. ¶ –
  524. ,
  525. .
  526. ….
  527. … ¶
  528. nous
  529. ….
  530. ,
  531. -
  532. , tout à la fois,
  533. …..
  534. !…
  535. … ¶
  536. … ¶
  537. ¶ ¶ XXVII. ¶
  538. de dîners
  539. ,
  540. ; et
  541. ,
  542. en elle,
  543. ,
  544. . Enfin,
  545. ,
  546. ,
  547. admirablement
  548. sons
  549. et sa chaleur,
  550. ,
  551. première
  552. … Et rien de tout cela ne m’épouvantait!
  553. ,
  554. autre
  555. … –
  556. ¶ ¶ XXVII. ¶
  557. mes
  558. … ¶
  559. qui
  560. ,
  561. ,
  562. ,
  563. ,
  564. ¶ ¶ XXVIII. ¶
  565. et les entrées.
  566. oublieux et
  567. puis,
  568. ,
  569. ,
  570. se mit
  571. . ¶ Le
  572. à la
  573. … ¶
  574. ….
  575. ,
  576. … ¶
  577. ,
  578. . Puis
  579. car
  580. -
  581. ,
  582. elle
  583. … ¶
  584. d’âme
  585. en dedans,
  586. ¶ ¶ XXIX. ¶
  587. ?…….
  588. elle
  589. ….
  590. de beauté
  591. -
  592. Elle pâlit. ¶
  593. …..
  594. … ¶
  595. de coiffeur
  596. … –
  597. toutes
  598. ,
  599. de
  600. ,
  601. -
  602. ¶ Elle riait. ¶
  603. , dit-elle,
  604. ¶ ¶ XXX
  605. ¶ – Aussi, j
  606. !… la comtesse
  607. ,
  608. . Elle rugit par momens. Alors,
  609. ….
  610. … Or,
  611. a
  612. … ¶
  613. toutes
  614. ¶ ¶ XXXI. ¶
  615. ,
  616. qui,
  617. ,
  618. … toute
  619. ,
  620. ,
  621. … Vie
  622. de tout
  623. … Artiste, il crée et il lui faut
  624. ou un enfer, pour
  625. ,
  626. ,
  627. dans
  628. encore
  629. encore
  630. pas
  631. … ¶ ¶ XXXII. ¶
  632. ,
  633. comme
  634. … ¶
  635. … ¶
  636. -
  637. , d’amour
  638. … ¶
  639. une
  640. qui les berce…
  641. seraient donc
  642. …..
  643. ! ¶ ¶ XXXIII. ¶
  644. … ¶
  645. et
  646. ,
  647. ranger, de me
  648. ou,
  649. tes
  650. … –
  651. … –
  652. … –
  653. ¶ –
  654. -
  655. ,
  656. ,
  657. … –
  658. ¶ ¶ XXXIV. ¶
  659. Alors, l
  660. et
  661. . Toutes
  662. … ¶
  663. ,
  664. ,
  665. lignes
  666. !…
  667. ….
  668. ; mais il
  669. FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE. ¶ ¶
  670. . ¶ ¶ XXXV
  671. ,
  672. au moins,
  673. Il y avait
  674. ,
  675. . ¶
  676. , ayant
  677. ,
  678. !…..
  679. … –
  680. ¶ –
  681. . –
  682. … –
  683. … ¶
  684. … –
  685. … ¶
  686. . ¶ ¶ XXXVI. ¶ ¶ Jonathas
  687. ,
  688. Il y avait dans toute sa personne cette grâce efféminée et ces
  689. . Sa
  690. qui
  691. … ¶
  692. … ¶
  693. ,
  694. bon
  695. … ¶
  696. ,
  697. ….
  698. … –
  699. … ¶ ¶ XXXVII. ¶
  700. ,
  701. puis
  702. … ¶
  703. ,
  704. fabuleuses
  705. ,
  706. ; mais c’était le ciel
  707. ,
  708. … ¶
  709. … ¶
  710. de femme, sans doute
  711. ¶ ¶ XXXVIII. ¶
  712. et
  713. ,
  714. ,
  715. ,
  716. .
  717. petit
  718. …. ¶
  719. … ¶
  720. … ¶
  721. … ¶
  722. ,
  723. … ¶ –
  724. … ¶
  725. ¶ –
  726. bien
  727. mais
  728. … ¶
  729. … dit-il joyeusement.
  730. … ¶ ¶ XL. ¶ ¶ Depuis deux mois,
  731. vivait en
  732. ; mais une passion forte et vraie leur avait fait mépriser
  733. . ¶
  734. -
  735. profondément
  736. ¶ Elle redevenait
  737. . ¶
  738. , effroyablement réduite. Elle
  739. -
  740. … –
  741. … –
  742. … ¶
  743. … ¶
  744. ¶ –
  745. ¶ –
  746. … ¶
  747. maison
  748. … –
  749. -
  750. … ¶
  751. ¶ XLII. ¶ ¶
  752. … ¶
  753. occupés
  754. ,
  755. … ¶
  756. …….
  757. …….
  758. ……… ¶ –
  759. … ¶
  760. … ¶
  761. … ¶
  762. … ¶
  763. .
  764. ,
  765. -
  766. ,
  767. ,
  768. !
  769. -
  770. !… ¶ ¶ XLIII. ¶
  771. ,
  772. !… Il y a certes
  773. … ¶
  774. L
  775. ; et
  776. !…
  777. ¶ ¶ XLIV. ¶
  778. Je
  779. ,
  780. il
  781. -
  782. ,
  783. nuages des
  784. ,
  785. elle
  786. !…..
  787. ¶ ¶ XLV. ¶
  788. de soie jaune
  789. point
  790. ,
  791. !… ¶ ¶ XLVI. ¶
  792. , pâle, triste,
  793. …» ¶
  794. . C’était
  795. en
  796. ….
  797. épigastre est le
  798. . Or, son
  799. ,
  800. … ¶
  801. ,
  802. ,
  803. … ¶
  804. ,
  805. et
  806. XLVII
  807. délicieusement
  808. , s’abandonnant à
  809. : alors,
  810. … ¶
  811. ,
  812. ,
  813. ,
  814. ,
  815. et,
  816. ,
  817. il y a
  818. qui
  819. pouvait
  820. mais
  821. ,
  822. ,
  823. ,
  824. .
  825. . Il
  826. … ¶ Et il regarda
  827. ils
  828. il
  829. ou
  830. …..
  831. ¶ ¶ XLIX. ¶
  832. sans doute
  833. brillantes
  834. alors
  835. ….
  836. … ¶
  837. … ¶
  838. et
  839. … ¶
  840. ¶ ¶ L. ¶
  841. ..
  842. … ¶
  843. …..
  844. … ¶
  845. ;
  846. ,
  847. ¶ ¶ LI. ¶
  848. … ¶
  849. une ronde criarde
  850. …..
  851. ¶ ¶
  852. mais c’était un
  853. . –
  854. …. –
  855. .
  856. ¶ ¶ LII. ¶
  857. , même
  858. ..
  859. ..
  860. ..
  861. !.
  862. ….
  863. ….
  864. ¶ Léger comme
  865. il
  866. , à ses genoux,
  867. , dans son gosier,
  868. ,
  869. ,
  870. à
  871. !…
  872. ,
  873. et flamboyantes, il trace
  874. … ¶ Oui!… C’est une
  875. … C’est
  876. ,
  877. et brûlante
  878. la
  879. sans doute?…
  880. … Et
  881. mais
  882. et
  883. figure ravissante et
  884. ;
  885. longue et
  886. les plus voisines
  887. … ¶
  1. En exprimant, dans notre introduction aux ÉTUDES DE MŒURS, la pensée qui animait l’auteur de cette œuvre*, nous faisions pressentir qu’elle ¶ ¶ * La publication de la quatrième livraison des  Études de Mœurs au dix-neuvième siècle, où se trouve l’introduction faite à cet ouvrage par M. Félix Davin, a été retardée par quelques changemens utiles aux intérêts de l’auteur et du libraire, mais cette livraison doit être mise en vente sous peu de jours. (Note de l’éditeur.) ¶ ¶ n’était encore que la base sur laquelle il se proposait d’asseoir deux autres ouvrages où se développeraient des idées graduellement plus élevées et où de nouvelles formules qui intéressent l’avenir des sociétés se dérouleraient poétiquement: les Études philosophiques forment le premier de ces deux ouvrages. ¶ Préoccupés par les fluctuations politiques qui, dans notre époque de rénovation pénible, semblent être devenues l’état normal de la nation, et n’attachant qu’une importance secondaire aux questions d’art, le public et les journaux ignorent le secret de cette lente, mais incessante édification. Les écrivains
  2. , qui se servent de la critique moins pour éclairer les masses et diriger
  3. que pour blesser les poètes et nier la science, pourraient encore envelopper ce long labeur de quelque obscurité, en ne faisant voir dans ces deux titres (Études de Mœurs au dix-neuvième siècle et Études philosophiques) qu’une antithèse favorable à la spéculation des éditeurs, tandis que, selon nous, ce sont deux grandes idées judicieusement exprimées. Il était temps que l’auteur pensât à incruster profondément le sens général de son œuvre dans un titre qui frappât le public; car aujourd’hui nous nous sommes habitués à prendre les gens au mot, et à leur croire la valeur qu’ils se donnent. Le critique ingénieux qui nous a devancé dans l’appréciation de cet ouvrage, et à l’originalité, à la profondeur duquel nous rendons d’ailleurs une justice entière, en
  4. lui-même sur parole l’humble étiquette que M. de Balzac avait, sur le vœu d’un libraire, primitivement attachée à ses œuvres, et s’était borné à examiner en lui
  5. Si son plan avait pu jaillir complet de sa tête, comme ces belles unités
  6. artistes d’autrefois mettaient toute une vie à concevoir, et que la dévorante précipitation de notre siècle ne permet presque plus d’accomplir, peut-être aurait-il laissé tomber sa plume! Eh! oui, certes, il aurait reculé devant des travaux aussi vastes, et à l’achèvement desquels la persistance de la volonté devait faillir avant la force du talent. ¶ Aussi est-ce un phénomène curieux et digne d’observation que l’enfantement des Œuvres de M. de Balzac, ainsi que les développemens inattendus qui les ont fécondées et les larges superpositions dont elles se sont accrues. L’histoire de la littérature offre assurément peu d’exemples de cette élaboration progressive d’une idée qui, d’abord indécise en apparence et formulée par de simples contes, a pris tout à coup une extension qui la place enfin au cœur de la plus haute philosophie. ¶ Maintenant que l’élévation de quelques parties importantes nous laisse entrevoir la physionomie de l’
  7. , maintenant que commence à poindre le sens intime de la formule générale dégagée par l’auteur de ses nombreux aperçus sur l’humanité, ne pouvons-nous pas naturellement supposer qu’un jour, en comparant les différentes pensées empreintes dans ses travaux, il a fait comme l’ouvrier qui, par hasard, quitte l’envers de sa tapisserie et vient en regarder le dessin dans son entier. Dès-lors, et parce que le germe d’une haute synthèse était depuis longtemps en lui-même, il s’est mis à rêver l’effet de l’ensemble. Soudain, remplissant dans sa pensée les lacunes de sa construction couverte de fresques, supposant ici un groupe, là une figure principale, plus loin un second plan ou des teintes de rappel, il s’est épris de ces tableaux et s’est remis à l’ouvrage avec une furie française, parce qu’il était encore dans l’âge où l’on ne doute de rien. Puis, une fois engagé, cet homme à la constante volonté duquel ceux qui le connaissent rendent un éclatant hommage, et qu’on estimera, certes, un jour autant que son talent, cet homme a toujours marché devant lui sans se souvenir le lendemain ni des efforts ni des fatigues de la veille. ¶ Ces travaux devaient être naturellement soumis à quelques variations de pensée, à quelques caprices d’exécution. Sous peine d’affaissement, l’auteur ne pouvait suivre, comme un ouvrier qui taille son bloc de granit, une ligne tracée au cordeau. La régularité du travail aurait tué chez lui l’inspiration, aurait lassé la verve. De là sont venus ces déplacemens de sujets que certaines personnes ont pu lui reprocher, et qui n’étaient que des nécessités de position. La mode, au-devant de laquelle courent les libraires, exigeait des livres à toute force, peu leur importait
  8. œuvres qu’ils publiaient. Ainsi, tel fragment n’avait rien de philosophique et convenait aux Scènes de la Vie privée, tandis que telle scène était une étude philosophique: la fatalité du commerce, le besoin du moment les transposait. La première livraison des ÉTUDES PHILOSOPHIQUES en offre un exemple. Adieu, publié dans le troisième volume des Scènes de la Vie privée, et dont personne n’a compris la destination dans l’œuvre générale, est certes
  9. justes et des plus fermes déductions du thème inscrit sur la Peau de chagrin. L’auteur ne s’inquiétait pas plus de ces transpositions qu’un architecte ne s’enquiert de la place où sont apportées dans le chantier les pierres dont il doit faire un monument. Puis, peut-être, avant de dévoiler son plan au public, voulait-il essayer ses forces, peut-être attendait-il, pour dégager l’édifice de ses échafaudages et de son enceinte de planches, que plusieurs sculptures fussent achevées, que les principales lignes fussent dessinées, et qu’au moins le fronton s’élevât large et pur. ¶ Mieux informé que ne l’ont été certains critiques empressés déjà d’attaquer M. de Balzac par le côté biographique, et qui l’ont peint fort inexactement, nous avons eu des renseignemens sur la partie la plus studieuse et la plus inconnue de sa vie, sur son moment le plus poétique. Ce fut aux jours d’une misère infligée par la volonté paternelle, alors opposée à la vocation du poète, et qui nous ont valu le beau récit de Raphaël dans la Peau de chagrin, ce fut pendant les années 1818, 1819 et 1820 que M. de Balzac, réfugié dans un
  10. près de la bibliothèque de l’Arsenal, travailla sans relâche à comparer, analyser, résumer les œuvres que les philosophes et les médecins de l’antiquité, du moyen âge et des deux siècles précédens, avaient laissé sur le cerveau de l’homme. Cette pente de son esprit est une prédilection. Si Louis Lambert est mort, il lui reste de Vendôme un autre camarade, également adonné aux études philosophiques, M. Barchou de Penhoën, auquel nous devons déjà de beaux travaux sur Fitche, sur M. Ballanche, et qui pourrait attester au besoin combien fut précoce chez M. de Balzac le germe du système physiologique autour duquel voltige encore sa pensée, mais où viennent se rattacher par essaims les conceptions qui peuvent paraître isolées. De ces premières études a donc surgi une œuvre scientifique dont nous aurions volontiers développé le but, mais que les confidens de l’auteur nous ont conseillé de tenir
  11. , ces occupations
  12. s’adonna M. de Balzac par nécessité. Ses connaissances, aussi variées qu’étendues, transpirèrent et teignirent si vigoureusement ses premiers essais que certaines personnes auxquelles l’auteur de la
  13. inconnu attribuaient ce livre à un vieux médecin ou à quelque vieillard enfin veuf! Ainsi que nous le disions, le jour où l’artiste a quitté l’envers de sa tapisserie pour voir le dessin de son lit et ce que produisaient ses couleurs, il s’est aperçu que, malgré lui peut-être, il développait le texte qu’il avait dans l’âme, qu’il déduisait les preuves de sa science cachée, qu’il faisait
  14. son monde avant d’en mettre au jour les formules physiologiques. ¶ Cette digression était nécessaire pour faire comprendre dans son entier le système de ces deux ouvrages et les liens qui les unissent. ¶ Nous avons établi que les Études de Mœurs étaient une exacte représentation de tous les effets sociaux, une galerie de tableaux heureusement divisée en salles dont chacune a sa destination. Ainsi, les Scènes de la Vie privée, compositions pleines de fraîcheur,
  15. de coloris et de jeunesse, sont appelées, quand ce livre sera complet, à figurer la vie humaine dans son réveil matinal, et croissant pour fleurir. Ce sera d’abord l’enfance vue par une seule échappée, mais vivement saisie, peinte dans ses premiers débrouillemens d’intelligence; ce seront, dans Une Fille d’Ève, les premières sensations de la jeune fille, puis les délicieuses timidités des grands enfans de vingt ans; enfin la vie accusée dans ses premières
  16. qui trahissent déjà des caractères. Là, donc, principalement des émotions,
  17. irréfléchies; là des fautes commises moins par
  18. que par inexpérience des mœurs et par ignorance du train du monde; là, pour les femmes, le malheur vient de leurs croyances dans la sincérité des sentimens; le jeune homme est pur; les infortunes
  19. de l’antagonisme méconnu que produisent
  20. entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur vigueur; là le chagrin a pour principe la première et
  21. excusable de nos erreurs
  22. la vie est donc prise entre les derniers développemens de la puberté qui finit et les premiers calculs d’une virilité qui commence. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement possible.
  23. s’est-il complaisamment promené
  24. : ici, dans le fond d’une campagne; là, en province; plus loin, dans Paris. Au contraire, les Scènes de la Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, des mouvemens irréfléchis, des images acceptées comme des réalités. A vingt ans les sentimens se produisent généreux; à trente ans, déjà tout commence à se chiffrer, l’homme devient égoïste. Un esprit de second ordre se
  25. contenté d’accomplir cette tâche; mais M. de Balzac, amoureux des difficultés à vaincre, a voulu lui donner un cadre; il a choisi le plus simple en apparence, le plus négligé de tous
  26. la vie de province. Là, dans des tableaux dont la bordure est étroite
  27. les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusionnemens commencent. Ici se vèlent les frottemens du mécanisme social. Là, le choc journalier des intérêts moraux ou pécuniaires fait jaillir le drame et parfois le crime au sein
  28. poignant sur le
  29. détail d’existence. Il nous initie aux secrets de ces petites rivalités, de ces jalousies de voisinage, de ces tracasseries de ménage dont la force, s’accroissant chaque jour, dégrade en peu de temps les hommes, et affaiblit les plus rudes volontés. La grâce des rêves s’envole. Chacun voit juste, et prise dans la vie le bonheur des matérialités, là où, dans les Scènes de la Vie privée, il s’abandonnait au platonisme. La femme raisonne au lieu de sentir, elle calcule sa chute là où elle se livrait. Enfin, la vie s’est rembrunie en mûrissant. Dans les Scènes de la Vie parisienne, les questions s’élargissent. L’existence y est peinte à grands traits; elle y arrive graduellement à l’âge qui touche à la décrépitude. Une capitale était le seul cadre possible pour ces peintures d’une époque climatérique, où les infirmités n’affligent pas moins le cœur que le corps de l’homme. Ici les sentimens vrais sont des exceptions; ils sont brisés par le jeu des intérêts, écrasés entre les rouages de ce monde mécanique;la vertu y est calomniée, l’innocence y est vendue; les passions ont fait place à des goûts ruineux, à des vices
  30. sublimise, s’analyse, se vend et s’achète; c’est un bazar où tout est coté; les calculs s’y font au grand jour et sans pudeur; l’humanité n’a plus que deux formes, le trompeur et le trompé; c’est à qui s’assujétira la civilisation, la pressurera
  31. ; la mort des grands parens est attendue; l’honnête homme est un niais; les idées généreuses sont des moyens; la religion est jugée comme une nécessité de gouvernement; la probité devient une position; tout s’exploite, se débite; le ridicule est une annonce et un passeport; le jeune homme a cent ans, et
  32. la vieillesse. De cette société corrompue parce qu’elle est éminemment civilisée, de cette
  33. la misère et le luxe sont toujours en présence, comme deux athlètes dans un cirque où tous deux doivent périr, où la vie brûle, l’auteur introduira plus tard, si sa puissance
  34. et le temps ne lui manquent pas, dans deux autres salles de sa galerie où se dérouleront les spectacles atroces mais pompeux des masses sociales luttant entre elles; il en peindra la vie et les intérêts incarnés dans quelques hommes chargés d’en prévoir les nécessités et de mettre aux prises les individus entre
  35. Ce seront les Scènes de la Vie politique et les Scènes de la Vie militaire, dont les titres accusent trop bien le but pour que nous ne soyons pas dispensés de l’expliquer. Enfin il reposera la vie, là où elle se repose, à la campagne, où se retrouveront les débris des hommes brisés par la politique, par la guerre et par les orages de la vie. Tel est, en raccourci, le plan que nous avons tâché d’exprimer dans notre précédente introduction, et qu’il fallait
  36. ici. Telles sont les Études de Mœurs dans leur plus simple dessin. ¶ Quelques critiques n’ayant pas l’échelle de proportion ou n’étudiant pas les divers travaux de
  37. d’aussi près que nous peut-être, qui avons suivi avec amour toutes les phases de son talent, ont critiqué le peu d’étendue des sujets, les appelant ici des contes, là des nouvelles, et presque partout les amoindrissant. Mais n’en est-il pas de ces prétendues petites choses exactement comme des pierres carrées, des chapiteaux épars, des métopes à demi-couvertes de fleurs et de dragons, qui, vus au chantier, entre la scie ou le ciseau du manœuvre, semblent insignifians et petits, et que l’architecte, dans son dessin, a destinés à orner quelque riche entablement, à faire des voussures, à courir le long des grandes croisées en ogive de sa cathédrale, de son château, de sa chapelle, de sa maison des champs? Certes, l’auteur aurait pu donner les proportions du roman ordinaire à chaque détail, et l’
  38. bien qu’il n’en
  39. à faire ses premières preuves en ce genre. Mais les existences de cinq bénédictins, mises bout à bout, auraient-elles suffi seulement à exécuter ces six
  40. des ÉTUDES DE MŒURS? Et d’ailleurs, dans cette riche galerie de tableaux, dont
  41. salles s’étendent à l’infini, ne compte-t-on pas des cadres d’une assez remarquable dimension, tels que ceux d’Eugénie Grandet, du Médecin de campagne et celui des Chouans, qui appartiennent
  42. aux Scènes de la Vie militaire? Enfin, si l’on veut songer que, dans l’innombrable série des sujets déjà connus, il se rencontre soixante figures féminines toutes dissemblables, autant de portraits d’hommes
  43. ces groupes secondaires où les physionomies, pour être moins distinctes, n’en sont pas moins originales, car toutes possèdent véritablement une poésie particulière qui a dû faire regretter souvent à l’auteur de ne pas l’exprimer entièrement, ne trouvera-t-on pas déjà quelque grandeur à ces ébauches éparses, à ces bases commencées, à ces masses de pierres dont le terrain est encombré? Puis, si l’on vient à comprendre que, forcé de ne dessiner ici qu’un trait, là un profil, plus loin de mettre ce personnage en trois quarts, celui-ci
  44. lumière,
  45. dans l’ombre, quelques-uns en pied, d’autres en buste, l’auteur a dû souvent éprouver mille peines à rétrécir ses conceptions dans le cadre qui leur était assigné pour l’harmonie de l’ensemble, assurément on ne lui saura pas moins de gré de ce
  46. pas exécuté
  47. ce qu’il a fait. Nous ne parlons pas ici de la partie matérielle de ses tableaux, de tant de détails significatifs, d’
  48. de façades, de paysages qui, non moins que chaque caractère d’homme, que chaque figure de femme, sont des spécialités. Et n’est-ce point ici le lieu de remarquer qu’un des traits distinctifs de M. de Balzac est d’avoir, le premier, ramené le roman moderne à la vérité, à la peinture des infortunes
  49. tandis que de toutes parts on n’exploitait que des bizarreries et des exceptions, émouvantes sans doute à la manière des topiques, mais qui ne touchaient point et laissaient peu de souvenirs dans l’âme? En un mot, lorsque l’on ne s’occupait que
  50. lui s’est occupé des idées. Le roman, pour arriver à une place honorable
  51. littérature, doit être en effet l’histoire des mœurs, dont ne se soucient guère les historiens en toges qui se croient grands pour avoir enregistré des faits. Sous ce rapport, M. de Balzac est un historien qui restera. Qu’importe que le vrai qu’il exploite semble d’abord petit, comparé au faux grandiose de tant de livres contemporains, si l’ensemble doit faire une masse imposante! Mais cette critique, relative aux détails, nous semble injuste encore. «M. de Balzac a compris (disions-nous dans un article où nous avons taché de lui rendre justice) qu’en dehors des grands types et des passions majeures, renouvelés sous tant de faces, il existe des types secondaires et des passions de moyen ordre, non moins dramatiques, et surtout plus neufs. Ces passions et ces types, il est allé les chercher presque tous dans la famille, autour du foyer; et fouillant sous ces enveloppes en apparence si uniformes et si calmes, il en a exhumé tout à coup des caractères tellement multiples et naturels en même temps, que tout le monde s’est
  52. comment des choses aussi familières, aussi vraies, étaient restées si longtemps inconnues. C’est que jamais aussi romancier n’était entré avant lui aussi intimement dans cet examen de détails et de petits faits, qui, interprétés et choisis avec sagacité, qui groupés avec cet art, avec cette patience admirables des vieux faiseurs de mosaïques, composent un ensemble plein d’unité, d’originalité, de fraîcheur. Ce romancier entreprend pour la société actuelle ce que Walter Scott a fait pour le moyen âge. L’un
  53. en types larges et saillans tous les caractères généraux des grandes époques historiques de l’Angleterre et de l’Écosse: hommes et femmes, corporations et castes, partis, sectes, courtisans, bourgeois, princes, manans, il a tout fait poser devant lui, tout classé, tout mis en relief. L
  54. plus logiquement disposée, non moins grandiose, n’était pas moins difficile, et n’est pas moins merveilleusement exécutée. A travers toutes les physionomies pâles et effacées de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple
  55. il choisit ces traits fugitifs, ces nuances délicates, ces finesses imperceptibles aux yeux vulgaires; il creuse ces habitudes, anatomise ces gestes, scrute ces regards, ces inflexions de voix et de visage qui ne disaient rien ou disaient quelque chose à tous, et sa galerie de portraits se déroule féconde, inépuisable, toujours plus complète, souvent dominée par les visages expressifs de ses femmes, conceptions délicates dont rien ne donnerait l’idée, si nous n’avions ces portraits inouïs auxquels Lawrence a donné une âme, et qui sont à eux seuls des traités de physiognomonie.» ¶ Si l’on
  56. çà et là quelques taches, une description un peu longue, une analyse un peu minutieuse, une réflexion refroidissante, un coloris trop vermillonné, des préparations trop coquettes, quelques répétitions
  57. quelques périodes verbeuses qui échappent à la luxuriante nature de l’auteur
  58. on lui en faire un bien grand crime? Pour les voir disparaître, ne doit-on pas attendre l’achèvement de l’édifice? Alors, certes, le terrain se nétoiera. Quel architecte n’a ses trous de boulins à combler, son dernier grattage à faire? Alors, comme nous l’avons dit, se produira une vue complète de l’humanité, avec tous ses mouvans tableaux; les phases de la vie individuelle et sociale, l’histoire des instincts, des sentimens, des passions, l’analyse des erreurs, des intérêts, la peinture des vices, en un mot la physiologie générale de la destinée humaine. Ainsi donc, aux Études de Mœurs la richesse du roman, le luxe des descriptions, les découpures bizarres, la passion à plein cœur, les fleurs à pleines mains, les phases sociales, les maisons de toutes nos villes, tous les styles et tous les genres, en un mot toutes les individualités que nous avons signalées. Cette partie du monument, la plus vaste, la plus ardente, multiple en ses combinaisons, devait occuper principalement la jeunesse de l’auteur. Pour pouvoir aborder de si diverses
  59. , ne faut-il pas avoir encore quelques facultés exhorbitantes, des idées qui débordent, une fécondante chaleur de cœur? Ces choses accomplies, l’auteur n’aura-t-il pas fait sur des proportions gigantesques une sorte de speculum mundi? Jadis Skakspeare s’est, dit-on, proposé dans ses compositions scéniques un semblable but; mais,
  60. la société n’était-elle pas plus tranchée, conséquemment moins compliquée. Puis le théâtre exclut d’ailleurs les peines inouïes et les obstacles presque infranchissables que soulèvent les transitions auxquelles Boileau faisait une part si large
  61. absence de ce travail lui donnait une moins grande
  62. pour le beau livre de La Bruyère. Ainsi, d’abord, et en ne comparant que les communes résistances de la matière à ouvrer, l’auteur d’aujourd’hui a trouvé le problème plus difficile à résoudre; puis, il le trouve agrandi et d’autant plus rude à entreprendre, qu’il compte autour de lui plus de hauts et solennels devanciers. ¶ Telle est la large base sur laquelle vont s’élever les Études philosophiques. Après avoir accusé dans ses Études de Mœurs au dise-neuvième siècle toutes les plaies sociales, dépeint toutes les professions, parcouru toutes les localités, exploré tous les âges, montré l’homme et la femme dans toutes leurs transformations civiles ou naturelles, physiques ou morales, après nous avoir enfin dépeint les effets sociaux, ici l’auteur tend à remonter aux causes de ces effets. Dans les premières assises de cette construction sont pressées et foulées
  63. typisées; dans la seconde se dressent des types individualisés. Ce peu de mots révèle la loi
  64. au moyen de laquelle M. de Balzac a su jeter le sentiment et la vie dans ce monde écrit. Ainsi là où, dans les Études de Mœurs, il a peint, dans le père Grandet, un avare qui semble être l’avarice tout entière; ici, sa plume met
  65. aux prises avec elle-même dans maître Cornélius, personnage
  66. a toute la saveur d’un avare habilement peint en pied. Les effets étant plus considérables que ne le sont les causes, les Études philosophiques semblent devoir offrir un cercle plus rétréci que ne l’est celui des Études de Mœurs. Cela est vrai. Mais si l’œuvre paraît aller en diminuant de volume, elle gagne en intensité; pour tout dire en un mot, elle se condense. ¶ Maintenant, pour dégager par l’analyse l’essence de cette seconde partie du grand ouvrage, il faut
  67. l’âme qui la fait mouvoir, il faut marquer les reflets brillans qu’y projète la science inconnue
  68. conduit l’auteur malgré lui. Nous l’avouerons, cette découverte demandait chez le critique une conscience de lecture qui manque à notre Critique moderne. Si nous n’avions pas plus vivement senti les beautés que les défauts de ces compositions
  69. leur sens caché nous aurait-il échappé. Mais quelques passages rapprochés les uns des autres, quelques épigraphes étudiées avec soin, nous ont mis sur la voie. Pour nous, il est évident que
  70. considère la pensée
  71. la cause la plus vive de
  72. de l’homme, conséquemment de la société. Il croit que toutes les idées, conséquemment tous les sentimens, sont des dissolvans plus ou moins actifs. Les instincts, violemment surexcités par les combinaisons factices que créent les idées sociales, peuvent, selon lui, produire en l’homme des foudroiemens brusques ou le faire tomber dans un affaissement successif et pareil à la mort; il croit que
  73. .
  74. œuvres. Rabelais
  75. vu
  76. -
  77. ,
  78. .
  79. Les plus immenses découvertes des sciences mathématiques ou physiques ne sont jamais que la preuve cherchée, trouvée ou devinée d’un fait déjà connu. Des générations entières avaient vu les
  80. de la terre et du ciel; Newton, Kepler, Lagrange, Laplace, Arago en ont dit, en disent encore les causes, ils prouvent en un mot. Le fait physico-moral qui meut le monde social avait été mieux formulé par la sagesse des nations que Rousseau ne l’a formulé lui-même. La lame use le fourreau, dit le peuple.
  81. lui, écrit LOUIS LAMBERT! Il prouve à la manière des savans. Nous avons à dessein cité l’histoire de LOUIS LAMBERT. Là se trouve, en germe informe, cette science tenue secrète, science cruellement positive, dit-on, et qui terminerait bien des discussions philosophiques. Pour LOUIS LAMBERT, y dit-il, la Volonté, la Pensée étaient des forces vives. Soit prouvée cette proposition, voyez où elle mène? Avant de publier LOUIS LAMBERT,
  82. dit dans LA PEAU DE CHAGRIN: «Elle parut s’amuser beaucoup (Fœdora) en apprenant que la volonté humaine était une force matérielle semblable à la vapeur.» Étudiez l’épigraphe mise en tête de l’Adieu, où l’auteur nous a peint une femme naissant tout à coup à la vie en retrouvant sa raison; enfant par la faiblesse
  83. pour sentir un bonheur complet? La vie et l’amour tombent sur elle comme la foudre, elle n’en soutient pas l’assaut, elle meurt! Les plus hardis physiologistes, dit la terrible épigraphe, sont effrayés par les résultats physiques de ce phénomène moral qui n’est cependant qu’un foudroiement opéré à l’intérieur, et, comme tous les effets électriques, bizarre et capricieux dans ses modes. Voyez dans LE MÉDECIN DE CAMPAGNE la discussion sur le suicide? Aussi, dit Benassis, est-ce la pensée qui tue et non le pistolet
  84. dans la nouvelle édition de Louis Lambert, déjà imprimée pour ces Études philosophiques, et dont le libraire nous a confié les épreuves, se trouvent ces mots: «Notre cervelle est le matras où nous transportons ce que nos diverses organisations peuvent absorber de matière éthérée, base commune de plusieurs substances connues sous les noms impropres d électricité, chaleur, lumière, fluide galvanique, magnétique, etc., et d’où elle sort sous forme de pensée. Rapprochez ces fragmens épars dans l’œuvre des belles pages où Balthazar Claës explique l’absolu chimique et dit à sa femme: Nos sentimens sont l’effet d’un gaz qui se dégage? n’apercevrez-vous pas les élémens d’une œuvre scientifique dont les éclairs jaillissent, malgré
  85. ? Ici nous sommes loin de l’homme qui pense est un animal dépravé. La question est indécise! Quelle est la fin de l’homme du moment où celui qui ne désire rien, qui vit sous la forme d’une plante, existe cent ans, tandis que l’artiste créateur doit mourir jeune? Où est le soleil, là est la pensée; où est le froid, là est le crétinisme, là est la longévité, est-il dit dans LOUIS LAMBERT. Ce fait est toute une science. Ces paroles, et beaucoup d’autres qui les étendent ou les confirment, semées dans cent pages de M. de Balzac, expliquent ses Études philosophiques. ¶ Avant d’arriver à la
  86. chagrin est un arrêt physiologique, définitif, porté par la science moderne, sur la vie humaine; que cet ouvrage en
  87. . L’effet produit par le désir, par la passion, sur le capital des forces humaines, n’y est-il pas magnifiquement accusé? De là cette morale que peignait si énergiquement le caporal Trim, par le moulinet qu’il trace en l’air avec son bâton et dont M. de Balzac a fait une épigraphe si mal comprise par la plupart des lecteurs. Peu de personnes ont vu qu’après un tel arrêt porté sur notre organisation il n’y avait d’autres ressources, pour la généralité des hommes, que de se laisser aller à l’
  88. de
  89. chagrin, le système de
  90. , et en avoir dégagé cet axiome: «La vie décroît en raison directe de la puissance des désirs ou de la dissipation des idées,» l’auteur prend cet axiome comme un cicérone prend la torche pour vous introduire dans les souterrains de Rome, il vous dit: Suivez-moi! Examinons le mécanisme dont vous avez vu les effets dans les Études de Mœurs! Alors il fait passer sous vos yeux les sentimens humains dans ce qu’ils ont de plus expressif en comptant sur votre intelligence pour revenir par des dégradations aux crises moins fortes dont se composent les événemens de la vie individuelle. Il s’élance
  91. l’idée exagérant l’instinct, arrivant à la passion, et qui, incessamment placée sous le coup des influences sociales, devient désorganisatrice. Ainsi, dans l’Adieu, l’idée du bonheur, exaltée à son plus haut degré social, foudroie l’épouse, et par épouse l’auteur entend nécesairement l’épouse et l’amante. Dans
  92. c’est une mère tuée par la violence du
  93. maternel. Voilà donc la femme considérée sous ses trois faces sociales, comme amante, comme épouse, comme mère, et devenant, sous ces trois aspects, victime de l’idée. Dans el Verdugo, c’est l’idée de dynastie mettant une hache dans la main d’un fils, lui faisant commettre tous les crimes en un seul. «Là, dit encore M. Ph. Ch.,
  94. » Voyez comme
  95. l’idée Hérédité devient meurtrière à son tour, et combien est acéré le poignard qu’elle met dans la main des enfans! Suivez-moi, si vous en avez le courage? venons assister ensemble à ce terrible drame exécuté au bord de la mer? Le voyez-vous, ce pénitent sinistre, assis immobile au haut de son rocher? Eh bien, là encore l’idée a porté ses ravages! la paternité, à son tour, est devenue tueuse. Ce pénitent est un père qui a noyé son fils parce qu’il soupçonnait
  96. société réprouve, et s’est fait meurtrier pour que son fils ne le devînt pas. Idée sublime! Examinez maintenant cette
  97. biographie, Histoire
  98. du décourageant axiome formulé par la Peau de chagrin marche à travers le monde en y versant des lumières sur toutes les catastrophes. César Birotteau, type parfait du négociant probe, du négociant pour qui la considération est une autre atmosphère indispensable, est tué soudainement par l’idée probité comme par un coup de pistolet; il a soutenu le malheur goutte à goutte,
  99. soutient pas la joie et
  100. qui tombent sur lui comme une trombe et le brisent. Cette étude est un chapitre de plus ajouté à l’
  101. de Louis Lambert.
  102. . Dans l’Auberge rouge,
  103. se trouve une analogie magnifiquement exécutée
  104. ambition du ciel dégoûte
  105. vient de peindre
  106. infernaux destinés aux assassins.
  107. est la démonstration de la puissance de la foi, considérée aussi comme idée. Ici la conclusion habituelle de M. de Balzac eût pu être facilement appliquée, car à combien de martyrs cette idée n’a-t-elle pas été funeste? mais il a mieux aimé se reposer un instant de son affligeant système et faire luire
  108. » ¶ Le rêve fantastique intitulé l’Église est une saisissante vision des idées religieuses se dévorant elles-mêmes, et croulant tour à tour les unes sur les autres, ruinées par l’incrédulité, qui est aussi une idée. Louis Lambert est la plus pénétrante et la plus admirable démonstration de l’axiome fondamental des Études philosophiques. N’est-ce pas la pensée tuant le penseur? fait cruellement vrai que M. de Balzac a suivi pas à pas dans le cerveau, et dont Manfred est la poésie, comme Faust en est le drame. ¶ L’ordre adopté par l’éditeur pour la publication successive des Études philosophiques nous oblige à garder le silence sur l’ECCE HOMO, terrible contre-partie de LOUIS LAMBERT. Il faut aussi que nous nous taisions sur ces titres qui annoncent de beaux livres, les puînés de Louis Lambert, sans doute! — SŒUR MARIE DES ANGES. — LE LIVRE DES DOULEURS. — MELMOTH RÉCONCILIÉ. — AVENTURES D’UNE IDÉE HEUREUSE; sur SÉRAPHITA même, quoique la Revue de Paris en ait publié le commencement. Même silence sur LE PROPHÈTE, sur LE PRÉSIDENT FRITOT, sur LE PHILANTROPE ET LE CHRÉTIEN. Mais ce que nous pouvons prévoir, c’est que l’auteur n’oubliera aucun sentiment humain, aucune idée, que toute l’âme de l’homme va passer dans son redoutable creuset, comme toute la société a passé sous ses pinceaux. La
  109. si bouffonne en apparence, est devenue, dans cette édition, une âpre critique des gouvernemens, une sorte de tohu-bohu des politiques, une sarcastique transition pour arriver à la conclusion de l’œuvre, à cette Histoire de la Succession du marquis de Carabas, qui sera la formule allégorique de la vie collective des nations, comme la Peau de chagrin est la formule de la vie. «C
  110. , dit M. Ph. Ch., à qui nous emprunterons ce dernier aperçu (car à lui aussi ont été faites quelques confidences sur cet ouvrage), «c’est non-seulement
  111. ,
  112. vivace, le plus fécond de notre
  113. effraie, et où la pensée se perd comme un voyageur s’égare dans le dédale des arcades d’une ville qui n’existe plus (comparaison juste pour une ville commencée qui n’existe pas encore, à la différence près des ruines aux construction neuves), nous avions aperçu dans les Études philosophiques, telles que l’auteur nous les montre aujourd’hui, les traces d’une espérance qui vivifie ces désespérantes figures d’écorchés. Il nous semblait, si nous pouvons risquer cette image, qu’au sein de ces passions déchaînées et qui crient aussi puissamment que dans le final de Don Juan, une voix religieuse, et pleine de suavités, mystérieuse, mais consolatrice, dominait ces cris horribles et montait vers le ciel. En rassemblant dans la pensée ces cinq grandes poésies: l’Enfantmaudit, les Proscrits, Louis Lambert, Jésus-Christ en Flandre, et Séraphita; en leur supposant quelques anneaux, quelques compositions intermédiaires, nous avons aimé à penser qu’à travers nos sentimens foudroyés par l’analyse l’auteur faisait courir un radieux rayon de foi, une mélodieuse métempsycose chrétienne qui commençait dans les douleurs terrestres et aboutissait au ciel. Nous l’avons demandé, non sans émotion, à l’auteur, et nous a confirmé dans cette croyance par un de ces mots qui viennent de l’âme, qui révèlent un beau cœur. Donc, lorsque cet architecte aura fini d’agiter sa baguette magique, des lueurs divines éclaireront sa cathédrale, dont la destination sera double, comme l’est celle de ces beaux monumens du moyen âge en dehors desquels se pressent les passions humaines sous de fantastiques figures d’hommes ou d’animaux, tandis qu’à l’intérieur rayonnent les beautés pures de l’autel. ¶ Faisons des vœux pour que la Critique soit bienveillante à ce laborieux ouvrier, souhaitons que ni le découragement, ni la maladie, ni la misère ne lui arrachent des mains son outil créateur; car nous l’aurons dit le premier et nous nous ferons gloire de l’avoir dit, il s’agit ici d’une des plus immenses entreprises qu’un seul homme ait osé concevoir; il s’agit d’une œuvre qu’un poète ingénieux nommait, devant nous, les Mille et une Nuits de l’Occident, sans savoir, que ces morceaux, si divers, si poétiques, si vrais, pris séparément, s’enchaînaient et devaient produire le speculum mundi dont nous parlions! ¶ Et que sera-ce, lorsque, plus tard, la troisième partie, dont le titre est connu de quelques amis de l’auteur, quand les Études analytiques, auxquelles appartiennent évidemment la Physiologie du Mariage
  114. Traité de la Vie extérieure, dont plusieurs fragmens ont été publiés, quand ces dernières conséquences d’une vaste pensée viendront couronner de leurs riches entablemens ce palais littéraires, comparable aux poèmes que les Sarrasins écrivaient en marbre, et sur lequel ils gravaient l’Alcoran en caractères d’or? À ce dernier labeur, où se concentrera l’examen railleur des principes sociaux, appartient encore un livre dont le titre (la Monographie de la Vertu) a plus d’une fois excité la curiosité de ceux qui, du fond de leurs solitudes, applaudissent aux efforts de l’auteur, qui marquent avec orgueil les phases progressives de son talent, et s’initient par des vœux à ses fatigues et à ses veilles. ¶ Ainsi donc, quand les ÉTUDES DE MŒURS auront peint la société dans tous ses effets, les ÉTUDES PHILOSOPHIQUES en constateront les causes, et les ÉTUDES ANALYTIQUES en creuseront les principes. Ces trois mots sont la clef de cette œuvre étourdissante par sa profondeur, surprenante pas ses détails, dont nous avons essayé de faire comprendre ici toute la portée. ¶ ¶ FÉLIX DAVIN. ¶ ¶ 6 décembre. ¶ ¶ ¶ ¶ LA PEAU DE CHAGRIN, ¶ ¶ PREMIER VOLUME.
  115. les maisons de jeu
  116. avait
  117. -
  118. , leurs
  119. leurs
  120. le trouvaient toujours insensible
  121. ,
  122. seule
  123. tout
  124. existe
  125. Toujours en opposition avec lui-même, trompant ses espérances par ses maux présens, et ses maux par un avenir qui ne lui appartient pas, l
  126. l’
  127. Italien
  128. d’un
  129. aspect
  130. exprimait
  131. qui
  132. n’
  133. qu’
  134. le sort de
  135. , et leurs
  136. étincelèrent
  137. et
  138. qui
  139. tous
  140. .
  141. en
  142. grand
  143. .
  144. n’était
  145. ;
  146. ; et la
  147. lui
  148. les fins contours étaient dessinés par un
  149. comme une cascade
  150. ,
  151. ou
  152. y
  153. en
  154. désirait porter
  155. d’
  156. arrive
  157. jadis
  158. , des Velasquez
  159. ne
  160. ne
  161. .
  162. et du temps
  163. s’animalisent, la mort se
  164. de
  165. une sorte d’Apocalypse rétrograde.
  166. et
  167. froide
  168. d’un seul bond dans les profondeurs d’
  169. .
  170. , et s’appliquait
  171. rigidement
  172. et
  173. la force orgueilleuse
  174. que font les hommes du pouvoir
  175. .
  176. il
  177. ,
  178. douce
  179. .
  180. ; et son triomphe était complet, car on
  181. que d’abord le vieillard fit entendre pour toute réponse,
  182. Puis il reprit ainsi:
  183. crut
  184. , et
  185. sans oser répondre
  186. en
  187. accroché sur le mur et
  188. des rayons si lumineux que
  189. animé
  190. singulière
  191. ne pouvaient en exprimer
  192. ,
  193. en Perse ou
  194. ?
  195. en l’interrompant
  196. alors
  197. ,
  198. !
  199. toutes
  200. , mon or
  201. tranquillement,
  202. ne le sont
  203. vrais
  204. au plaisir
  205. ne
  206. -elles pas
  207. toujours. Le mot de
  208. prenez garde!
  209. par
  210. même
  211. , répliqua l’inconnu.
  212. ni
  213. ni
  214. , Monsieur,
  215. désormais
  216. dans les oreilles du jeune fou
  217. mais
  218. peut-être
  219. et
  220. déjà
  221. -
  222. aujourd’hui
  223. philosophes de toutes les écoles et des
  224. ,
  225. , puisque l’on est près de ceux qui le tiennent,
  226. ainsi
  227. enfin
  228. demander
  229. -
  230. .
  231. et
  232. se dire
  233. qui fut
  234. -il pas toujours
  235. l’
  236. et
  237. , le chaud Tokay
  238. et où
  239. interlocutoires, les arrêts souverains, et
  240. vouloir
  241. seul
  242. à la naissance d’un Journal
  243. et
  244. bientôt
  245. quelques sacrifices. ¶ – Henri? Hé! Chose le républicain prétend que la tête de ce propriétaire serait un sacrifice, dit un jeune homme à son voisin. ¶ –
  246. , disait le républicain en continuant sa théorie à travers les hoquets
  247. dit le notaire.
  248. -je
  249. ,
  250. dit le banquier.
  251. (Sensation).
  252. ,
  253. . ¶ – S’il résiste? ¶ – Lâchez-lui une jolie fille. ¶ – S’il est, dit-il en faisant un geste négatif. ¶ – Alors, ce n’est pas un oncle! l’oncle est essentiellement égrillard.
  254. , haïs et déshonorés.
  255. , à classer, à mettre en bocal; mais ici, chacun entre tout naturellement dans son alvéole, comme une cheville dans son trou. Les portiers sont portiers, et les niais sont des bêtes sans avoir besoin d’être élus par un Collège de Pères.
  256. aussi délicieux
  257. ¶ – Ils se battront. ¶ – Non.
  258. . ¶ – Vous en êtes un autre! dit le provocateur.
  259. ,
  260. et
  261. des
  262. ; mais il
  263. depuis la révolution de juillet,
  264. . Eh bien
  265. De
  266. jeunes filles
  267. et
  268. , se présentaient aux regards comme des apparitions qu’un souffle pouvait dissiper
  269. ,
  270. ,
  271. -il
  272. devoir échouer
  273. ; et
  274. dignes
  275. de bonne compagnie
  276. ,
  277. et son sourire
  278. ,
  279. qui
  280. , à cette époque de la vie,
  281. assister au spectacle de la Grève
  282. Pourquoi nous bâtissez-vous des hôpitaux?
  283. et
  284. ,
  285. ainsi
  286. , excitaient des rires et des cris qui
  287. de vin et de plaisirs et de paroles
  288. , l’amour, le délire, l’oubli du monde étaient dans les cœurs, sur les visages, dans l’air, écrits sur les tapis, exprimés par le désordre, et jetaient
  289. Çà
  290. dans nos visions,
  291. est
  292. . ¶ En ce moment,
  293. et
  294. tout à coup
  295. ,
  296. ? Voyons
  297. .
  298. -je
  299. .
  300. ,
  301. -il
  302. J
  303. je
  304. -
  305. aucune
  306. ma
  307. ,
  308. ,
  309. ,
  310. donc
  311. ; pour refuge, un
  312. grands
  313. le
  314. par
  315. ,
  316. ,
  317. -je
  318. ,
  319. ,
  320. ,
  321. et
  322. et
  323. , et dont
  324. ,
  325. D’ailleurs, le
  326. ,
  327. avec
  328. ,
  329. ,
  330. et
  331. :
  332. je veux
  333. j’entrevoyais
  334. beau
  335. .
  336. en
  337. étaient
  338. et
  339. . Je
  340. qui
  341. qui
  342. ,
  343. grandit comme un
  344. c’est
  345. L
  346. ne
  347. -je pas
  348. ,
  349. en
  350. À
  351. .
  352. de toutes les femmes
  353. logé
  354. ; je me voyais
  355. dans sa tentation
  356. -ils pas
  357. ,
  358. l’ingénuité
  359. »
  360. ,
  361. qu’
  362. et plaisir, en
  363. en
  364. néanmoins
  365. une
  366. femme,
  367. ou
  368. : moi, je suis propre à tout, bon à rien, paresseux comme un homard, hé bien! j’arriverai à tout. Je me répands, je me pousse, et l’on me fait place, je me vante et l’on me croit.
  369. -
  370. bien
  371. »
  372. de la vanité
  373. en peu d’heures
  374. Combien de gens ont un habit de cent francs, un diamant à la pomme de leur canne, et dînent à vingt-cinq sous chez Tabar?
  375. les plaisirs de la vanité
  376. car elle saurait
  377. ,
  378. un
  379. un
  380. , au lieu de prendre le langage d’un professeur pour le lui développer doctoralement. Elle parut s’amuser
  381. !
  382. en
  383. vêtus
  384. .
  385. qui,
  386. ,
  387. ,
  388. cordiale
  389. ,
  390. .
  391. Ces
  392. . En
  393. ,
  394. -
  395. , et
  396. .
  397. et
  398. si
  399. aujourd’hui
  400. nous
  401. ?
  402. entièrement
  403. ?
  404. meilleurs
  405. , qui
  406. ni
  407. ,
  408. ,
  409. en
  410. et
  411. en
  412. toujours
  413. jusque là
  414. être
  415. ,
  416. bon
  417. L
  418. exhalaient
  419. et
  420. possède
  421. ?
  422. , toutes drogues qui me sont défendues par le médecin.
  423. et
  424. .
  425. pour la septième fois
  426. en
  427. , je
  428. -nous
  429. sur la grève
  430. ,
  431. à la fois
  432. ,
  433. de la vie
  434. je me souvins
  435. en
  436. et
  437. . Après avoir ainsi dissipé ma journée,
  438. dans
  439. en elle
  440. dans mon ame
  441. ,
  442. ;
  443. délicieuses phrases du musicien
  444. en
  445. était
  446. quelque froid
  447. me dit-elle.
  448. et
  449. en
  450. ,
  451. ,
  452. ni
  453. entrées et les
  454. .
  455. ,
  456. , et qui furètent partout.
  457. ,
  458. d’un autre
  459. , pour eux,
  460. , car d’ailleurs, mon épée vaut ma langue.
  461. se mit, en
  462. , et
  463. ; aussi regardai-je comme bien hardis ceux qui s’attaquent à lui, car il a de la mémoire… ¶ – Et fait des mémoires, dit la comtesse à qui
  464. le
  465. . ¶ – Des mémoires de fausse
  466. une autre sorte de
  467. alors
  468. ,
  469. ,
  470. elle
  471. ,
  472. ,
  473. ,
  474. en laissant échapper un mouvement de surprise
  475. ,
  476. de niais
  477. avec
  478. -
  479. ,
  480. , pardonnez-moi,
  481. Voilà, mon cher, mes premières amours! ¶ ¶ FIN DU DEUXIEME VOLUME. ¶ ¶ DEUXIÈME PARTIE. ¶ ¶ (SUITE.) ¶ ¶ LA FEMME SANS CŒUR
  482. J
  483. .
  484. :
  485. n’a-t-il pas
  486. ,
  487. ,
  488. et
  489. et
  490. ,
  491. ,
  492. ; là gisait un portrait de femme, dépouillé de sa monture d’or cizelé. Comment un jeune homme naturellement avide d’émotions, renoncerait-il aux attraits d’une vie aussi
  493. et
  494. dans cette
  495. après une orgie, comme le sont ces bons bourgeois qui
  496. Pour
  497. , l’artiste, bientôt fatigué, demande, soit, comme Dieu,
  498. soit les voluptés de l’enfer, afin d’opposer le travail des sens au travail de ses facultés
  499. il est
  500. .
  501. mieux,
  502. en
  503. comme
  504. en obtenir
  505. ,
  506. jadis à
  507. à
  508. sans doute,
  509. et
  510. , de ville en ville,
  511. et
  512. monsieur
  513. ,
  514. »
  515. bercer par une menteuse
  516. .
  517. ou
  518. allaient donc être
  519. et
  520. .
  521. y revenir
  522. à tout
  523. j’étais
  524. par l’ingratitude,
  525. d’une vie à tout moment risquée,
  526. qui ronfle là.
  527. d’un journal
  528. . Le désir étend…
  529. semblait être
  530. en
  531. Concert inutile!
  532. L
  533. et
  534. ,
  535. ;
  536. en
  537. , pour finir son orgie dans le lit conjugal
  538. a
  539. ! dit le savant qui, pour la première fois depuis un an, s’était supérieurement marié.
  540. . ¶ – Bravo, le major! cria le jugeur. ¶ –
  541. , reprit le notaire.
  542. en
  543. dicté par
  544. d’émeute
  545. . ¶ – Bah! qu’est-ce qu’un pair de France après Juillet? dit le jugeur.
  546. de Valentin
  547. -
  548. . Pour lui désormais, LES FRANÇAIS SONT ÉGAUX DEVANT LA LOI, est un mensonge inscrit en tête du Code.
  549. mon petit
  550. et
  551. ,
  552. en
  553. L
  554. , éclatait
  555. , cette
  556. ,
  557. et
  558. ,
  559. , et je l’aime tant qu’il me donnerait un soufflet sur la joue droite, que je lui tendrais la gauche!
  560. et je ne tremble pas
  561. ,
  562. Et il a raison; si l’on ne tient pas les domestiques, tout va à la débandade.
  563. ; il
  564. . Une sorte de grace efféminée et les
  565. , distinguaient sa personne
  566. Une
  567. ; il avait laissé tomber à ses pieds le couteau de malachite enrichi d’or dont il s’était servi pour couper les feuillets d’un livre; et sur ses genoux était le bec d’ambre d’un magnifique houka de l’Inde dont les spirales émaillées gisaient comme un serpent dans sa chambre, et dont il oubliait de sucer les frais parfums
  568. et
  569. Raphaël
  570. -
  571. donc
  572. ,
  573. Raphaël
  574. .
  575. il
  576. en adulte
  577. ni
  578. et
  579. en
  580. maintenant
  581. et
  582. ,
  583. et
  584. toute
  585. et
  586. l’inconnue
  587. palpitait
  588. ; elle ne pouvait sans doute pas réaliser un désir accompli déjà
  589. en
  590. !
  591. Comprends-tu?
  592. après une pause
  593. ,
  594. , après quelques heures de silence bien employées
  595. ,
  596. se laissa donc aller au bonheur d’aimer, et vécut cœur à cœur avec
  597. .
  598. qu’ils le furent par la passion
  599. en redevenant
  600. , et que ça l’intéresserait
  601. qui
  602. -t
  603. quand il fut seul
  604. qui avait demandé un savant
  605. en
  606. il est
  607. scélérat
  608. maison
  609. ne l’est
  610. ,
  611. en
  612. monsieur,
  613. ,
  614. ,
  615. .
  616. en
  617. ,
  618. est
  619. Pour un mécanicien, l
  620. qui veut un ouvrier; tandis que pour
  621. , le monde est un gaz sans ame.
  622. Quoique depuis ce matin, je sois à jeun, je
  623. ,
  624. ,
  625. .
  626. en
  627. ,
  628. de l’épigastre,
  629. ,
  630. ne l’est
  631. ,
  632. et
  633. FIN DU TROISIÈME VOLUME. ¶ ¶ TROISIÈME PARTIE. ¶ ¶ Suite. ¶ ¶ L’AGONIE
  634. , en buvant
  635. ;
  636. ,
  637. ,
  638. en
  639. mis
  640. ,
  641. , il pouvait
  642. ,
  643. à ses
  644. fille
  645. .
  646. -elle
  647. ,
  648. en
  649. ,
  650. ,
  651. ,
  652. en regardant
  653. ,
  654. avait
  655. ,
  656. : soit
  657. tout-à-coup
  658. et qui,
  659. .
  660. il
  661. toutes
  662. une ronde criarde
  663. ,
  664. , la main d’Aquilina
  665. ,
  666. Il
  667. avec la légèreté d’
  668. ,
  669. à la jeune fille
  670. .
  671. que devint
  672. en
  673. trace
  674. flamboyantes
  675. ,
  676. beau
  677. brûlante
  678. .
  679. figure
  680. ou comme un caprice
  681. . Tour à tour ondine ou
  682. ou
  683. .
  684. le fantôme de
  685. Ainsi de Pauline.
  686. Elle est partout. ¶ ¶ À la Bouleaunière, avril 1831.
  1. , sinon tout le talent? Il renferme en lui, la déduction logique dans sa rigueur, le drame avec sa mob… → sous toutes ses faces et avec toutes ses qualités sans doute
  2. pour exceller dans son art, il le doit. Imaginez un conte sans intérêt de drame, sans émotion lyrique, … → en le réduisant nécessairement à d’étroites proportions. Et cela devait être. L’auteur lui-même avait-il embra…
  3. onde d’où ses accens émanaient. Le premier conteur fut un Dieu. Mais les époques → ombre jusqu’au jour où il l’aura suffisamment méditée et où elle pourra sans danger se produire dans tou…
  4. une fois passées, conter devint difficile. ¶ Où est le merveilleux? Qu’est devenue la foi? L’analyse … → et la pente entraînante d’un esprit métaphysique dominèrent les œuvres
  5. pénible. Rendez-moi compte de cet incident? Apportez-moi le comment de cet acte et le pourquoi de… → analytigue dont il portait la synthèse en lui-même, qu’il exprimait le drame et
  6. aux classes inférieures. De l’ironie → à ce jour, mais le plus harmonieux, le plus riche en
  7. peu caustique; de l’indifférence, excepté pour → dont la toile présente des sujets qui touchent aux intérêts généraux de la société, l’auteur s’est attaché à n…
  8. matériels; par-dessus tout, de l’ennui et → positifs contrecarrent
  9. lassitude. ¶ Quel conte allez-vous faire à de telles gens? Ils vous répondront qu’ils ont vu Bonaparte,… → famille la plus calme en apparence. L’auteur dévoile les tracasseries mesquines dont la périodicité conce…
  10. a donc tué les jouissances → augmentée
  11. pensée. C’est ce que M. de Balzac a vu dans son temps: c’est le dernier résultat de cet axiôme → force passagère que lui prête la passion, et telle que la société la fait, devient nécessairement pour l’hom…
  12. : L → , l
  13. ¶ Assurément → «Assurément, dit M. Ph. Ch.,
  14. ; car, à → . A
  15. : → ,
  16. . Le → ; le
  17. ¶ Holà! Messer → Holà! messer
  18. Dive → dive
  19. ; → ,
  20. … Et → et donnez-nous,
  21. . Celle → , celle
  22. conteur → romancier
  23. ¶ Aussi, voyez, à part le sens → » ¶ Certes, la phrase de Jean-Jacques, commentée par Godwin, poétisée par lord Byron, atteste combien peu …
  24. du livre, tous ces types d’égoïsme civilisés qui se donnent rendez-vous dans la Peau de Chagrin: Fœdora… → de M. de Balzac. Là, néanmoins, commence la grandeur
  25. sans cœur; Raphaël, symbole de la misère éclatante, le dandy sans un écu; le malheur même que donne l’étude so… → composée d’hommes, l’auteur a dû s’appliquer à décomposer l’homme, qui en est pour ainsi dire l’unité. Or…
  26. de la vie humaine → poétique
  27. avec ses → , aux
  28. , avec sa course vagabonde et son → de la destinée. Donc, après avoir
  29. s’attache aux plus minces détails et poursuit sans pitié cette science d’égoïsme que la civilisation fait na… → poétiquement formulé
  30. toute → des instincts que la
  31. idée! Comme dans la scène du duel, chez les paysans, dans son hôtel de Paris, le même sentiment l’absorbe! So… → étude, dont le titre ingénieux est à lui seul
  32. raison; lui le jugeur, le peseur des mots; lui, le compas en main, la loupe appliquée sur l’œil, heure… → Grandeur et de la Décadence de César Birotteau, marchand parfumeur, chevalier de la Légion-d’Honneur et ad…
  33. , drame, folie aux mille couleurs. Le critique vous dira que Pantagruel est une allégorie, que Panurg… → d’une famille que les pinceaux de M. de Balzac ont surtout affectionnée. Le pauvre vicaire de Saint-…
  34. que dans l → François Birotteau
  35. immense arabesque, fille du caprice accouplée avec l’observation: notre homme vous tournera le dos, no… → individualité, tandis que César Birotteau sera regardé comme le type de cette classe nombreuse à laquelle …
  36. M. de Balzac le cri éclatant, le cri de désespoir d’une littérature expirante. Œuvre puissante… Je ne p… → l’auteur, figures modestes dont la grandeur vient de la manière dont elles se détachent sur le fond comm…
  37. ; ces cœurs desséchés, ces existences perdues, ces arts qui augmentent la richesse sans ajouter rien au … → . S’il transfigure le monde des millionnaires, il semble affectionner, il caresse le monde où l’on …
  38. brillamment colorés. Si la société telle qu’elle est vous ennuie tant soit peu, et qu’il vous agrée de la… → des romanciers ou dramaturges; et là, voyez quelle inévitable logique! c’est l’idée avarice tuant l’avare …
  39. avec le caractère de l’artiste; → tuant l’œuvre; première initiation à la
  40. préface, dont le scrupule de → sanglante histoire d’un parvenu, la plus terrible
  41. , disait-il, à expliquer les bizarres disparates qui existent → qu’ait imaginée
  42. le talent d’un écrivain et sa physionomie. Certes, cette question intéresse les femmes-poëtes encore plus… → l’idée d’un crime et le crime
  43. ¶ L’art littéraire, ayant pour objet de reproduire la nature → Là, selon nous, à part les détails de cette composition, se rencontrent les plus sévères déductions du thème génér…
  44. pensée, → terreur
  45. plus compliqué de tous les arts. ¶ Peindre un sentiment, faire revivre les couleurs, les ombres, les… → résultat de l’histoire intitulée: l’Enfant maudit, délicieuse histoire désormais complétée
  46. mot sublime: l’âme du poëte est le miroir du monde. Dans ce miroir concentrique, sa fantaisie réfléchit l… → nouveau volume que chacun pressentait. La chaude et savante étude des Proscrits contient plusieurs …
  47. clergie, qui se jugeait elle-même. ¶ La → vie, le génie devenant funeste à un grand poète, et l’idée de Patrie faisant crier à ce poète: — Mort aux Guelfe…
  48. d’amour et de foi tombe du ciel. Les Pariahs → du ciel à travers les masses de ténèbres dont il nous montre environnés. «Dans ce conte, suivant l’expres…
  49. colléges → collèges
  50. leur croyance → leurs croyances
  51. , → ;
  52. ; → ,
  53. succession → Succession
  54. donnée de ce recueil → grande vue philosophique de M. de Balzac, nous verrons
  55. dévorent Raphaël → dévore Raphaël
  56. Chagrin. Même → chagrin; même
  57. désirs → désir
  58. ; → ,
  59. nationalité se trouve renfermée, → NATIONALITÉ se trouvera
  60. en son cycle comme l’individualisme dans le sien. Ici un ton de bonhomie plus naïve, une satire moins… → comme L’INDIVIDUALISME l’est dans la sienne.»
  61. récits, mêlés de merveilleux, en apparence dictés par la fantaisie, ont conquis un succès populaire dans une… → hautes vues philosophiques seront complétées par plusieurs autres études en germe dans la pensée de l’au…
  62. si contraire à la libre et capricieuse fiction: mais on les a plutôt acceptés comme des inventions brillant… → . ¶ Dans notre désir de nous rendre compte à nous-même d’un ouvrage dont
  63. établi au numéro → désigné sous le nom de Numéro
  64. !… → ,
  65. , se levant → se leva
  66. , fit voir → en montrant
  67. ?… ¶ → .
  68. signer → conclure
  69. ? ¶ → .
  70. gagneront → vont gagner
  71. ? ¶ Est-ce → . Est-ce une
  72. ? ¶ → .
  73. … ¶ Il y a, sur → Sur
  74. . ¶ Seulement, → garde un silence complet. Mais sachez-le bien!
  75. … mais, si, par malheur, vous veniez avec → . Avez-vous toutefois
  76. avoir → se faire
  77. ayant → qui
  78. … ¶ → .
  79. avait une → dont la
  80. dont les fibres ne vivaient plus que des → n’était plus nourrie que par les
  81. . Il → ,
  82. une vivante → la pâle
  83. comme une rosse sur laquelle → semblable aux rosses sur qui
  84. il ne tressaillait plus aux → rien ne le faisait tressaillir. Les
  85. , quand ils → qui
  86. … ¶ → !
  87. … → lieux.
  88. d’où l’or faisait entendre → où le son de l’or exerçait
  89. musique… → fascination sur les sens en pleine convoitise.
  90. plein de sang → sanguinolent
  91. viennent → s’y traînent pour
  92. près de → prêtes à
  93. … ¶ → .
  94. qui les paient → les payent
  95. paieraient → payeraient
  96. des remords → de cuisans regrets
  97. âme → ame,
  98. ?… → .
  99. rôdant → pâmé
  100. … → .
  101. … → .
  102. … → .
  103. ! ¶ → .
  104. âme → ame
  105. … → .
  106. ; et la → . La
  107. est établie → se découvre
  108. âme → ame
  109. cachemire → tissu d’Orient
  110. rêve de demeurer → se rêve
  111. d’une révérence → du servilisme
  112. vit dans → végète au fond d’
  113. se construisant un → élevant un vaste
  114. où il ne restera pas un an… → d’où son fils, héritier précoce, sera chassé par une licitation fraternelle.
  115. signe son impuissance dans tous les → imprime à tous ses
  116. de sa vie! Il → le caractère de l’inconséquence et de la faiblesse. Ici bas, rien
  117. jamais ni tout-à-fait heureux, ni complètement misérable… → complet que le malheur.
  118. … ¶ → .
  119. âmes → ames
  120. … ¶ → .
  121. … – Non… → . – Non!
  122. des râteaux → celui des rateaux
  123. rouge → Rouge
  124. noire → Noire
  125. , se consolant → qui se consolait
  126. agissant → qui agissait
  127. ¶ Puis, en → En
  128. regardant → et de temps en temps, regardaient
  129. … ¶ Alors le → . ¶ Le
  130. même l’Italien → jusqu’au
  131. à l’aspect de → en voyant
  132. âmes → ames
  133. ?… → .
  134. … → ?
  135. … ¶ → .
  136. grâce → grace
  137. Dans son → Son
  138. il y avait bien des → attestait tant d’
  139. bien des → tant d’
  140. . Un → : un
  141. . Il y avait sur toute → ; et
  142. par → peut-être par
  143. ; car → . Était-ce
  144. . → ?
  145. peut-être → sans doute
  146. poëtes → poètes
  147. , sur lesquels → qu’avaient seulement effleurés
  148. n’avaient que difficilement mordu. ¶ Comme, → . Comme
  149. , → ;
  150. . Ils → , et
  151. … ¶ → .
  152. Depuis → Enfin, depuis
  153. … Ce diagnostic disait tout… ¶ Si le tailleur → ! Si le Tailleur
  154. … → .
  155. . Il → ,
  156. âmes → ames
  157. tailleur → Tailleur
  158. , saisissant → saisit
  159. lui souriait, → vint lui sourire, et
  160. banquier → Banquier
  161. … ¶ Le tailleur → . ¶ Le Tailleur
  162. en paraissant → et sembla
  163. ¶ Tous les → Chacun des
  164. voyaient → voulut voir
  165. ils → les joueurs
  166. !…. → ,
  167. tailleur → Tailleur
  168. jeta le banquier. ¶ → lança le Banquier.
  169. râteau → rateau
  170. . Mais → ; mais
  171. ; → ,
  172. ; → ,
  173. ; → ,
  174. ¶ Que → Combien
  175. quel abîme est donc la cervelle humaine!… ¶ – Il paraît que c’est → que de choses dans un coup de dé! ¶ – Voilà sans doute
  176. !.. → ,
  177. en tenant → pendant lequel il tint
  178. et la montrant → pour la montrer
  179. !… → ,
  180. ?… → !
  181. !… → .
  182. !… → ,
  183. banquier → Banquier
  184. fait → groupé son argent en
  185. ; mais le → . Le
  186. . Puis, il → , et
  187. charrette → charette
  188. ¶ Il y a → ¶ Il existe
  189. âme → ame
  190. ¶ Que → Combien
  191. … ¶ → .
  192. il y a → se heurtent
  193. poésie; de pensées; de désespoir → poésies abandonnées, de désespoirs
  194. ; de vaines → , de
  195. !… → inutiles et
  196. poëme → poème
  197. Arts? ¶ → Arts.
  198. âme → ame
  199. – Puis, → S’
  200. . ¶ Et, → ; bientôt
  201. ; mais → . Là,
  202. … ¶ Alors, il → . Il
  203. … → .
  204. … ¶ → .
  205. !… → ,
  206. … ¶ ¶ → .
  207. … → .
  208. … → .
  209. … ¶ Alors, une → . Une
  210. paraissant → parut
  211. la Société → cette société
  212. . Continuant → , il continua
  213. il → et
  214. … → .
  215. … ¶ → .
  216. ; et, glissant alors → , remit
  217. ses → les
  218. il → et
  219. et de → où perçait un froid
  220. retentissant → retentir
  221. dans le → au
  222. … ¶ → .
  223. , → et
  224. : il → , et
  225. … → .
  226. Monsieur → monsieur
  227. … → !
  228. Savoyard → savoyard
  229. … ¶ Il → , car il
  230. !… → ,
  231. . Elle descendit de son → qui descendait d’un
  232. , et sa → . Il
  233. belle → blanche
  234. bien → harmonieusement
  235. … Elle en → ; elle en
  236. en sonnant → et sonnèrent
  237. … ¶ → .
  238. … → .
  239. … → .
  240. … Une → une
  241. vitesse → vîtesse
  242. … Et → , et
  243. ¶ Alors il marcha → Il se mit à marcher
  244. tout ce → les échantillons
  245. trouvait étalé… Puis, quand → trouvaient étalés. Quand
  246. contempla → étudia
  247. reflétant → réflétant
  248. tourmentes → tourmens
  249. Voulant → Il voulut
  250. il → et
  251. et → ou
  252. art → arts
  253. ? → .
  254. … → .
  255. Alors, un → Un
  256. sculptés → sculptées
  257. arrivés → arrivées
  258. les → des
  259. … → .
  260. dernier pas → bout
  261. . Elles → qui
  262. poëte → poète
  263. , par hasard, → fortuitement
  264. : il → . Il
  265. … ¶ → .
  266. … → .
  267. … → .
  268. yatagant → yatagan
  269. ¶ Enfin → Enfin,
  270. voile chatoyant → léger voile
  271. ; mais à → . Mais à
  272. se mit → tomba
  273. et tomba dans une indéfinissable extase. ¶ L → arriva dans les palais enchantés de l’Extase, où l
  274. … ¶ → .
  275. . Les pharaons → : les Pharaons
  276. … → ;
  277. … Il → ! il
  278. … ¶ Et → . Eh
  279. et le saluant → qu’elle saluait
  280. … → ?
  281. … Les → : les
  282. ¶ Puis, armée → Armée
  283. : le → . Le
  284. contemplait → contempla
  285. .. Alors, → Alors
  286. ses → les
  287. … ¶ → .
  288. ; et → auxquels
  289. … ¶ → .
  290. … ¶ → .
  291. … → .
  292. le → les odeurs du
  293. … → .
  294. … ¶ → .
  295. conciles → Conciles
  296. … ¶ → .
  297. ; puis → . Puis
  298. … → .
  299. âme → ame
  300. immense → immeuse
  301. ; il → . Il
  302. emparant → empara
  303. et → en
  304. … → .
  305. provenant → sauvé
  306. délicieuses de sa jeunesse… ¶ → de son jeune âge.
  307. mignatures → miniatures
  308. missel, → précieux missel
  309. . Mollement → ; mollement
  310. par → dans
  311. ; → ,
  312. , → en
  313. , de → par
  314. enivrant → enivrait
  315. jouant → jouait
  316. souriant → et souriait
  317. … ¶ → .
  318. ; → , ou
  319. ; puis, en caressant → . Il caressait
  320. il → et
  321. … → .
  322. contentement. ¶ → consentement.
  323. ; → , en
  324. âme → ame
  325. …. Il était poursuivi → . Poursuivi
  326. frontières → confins
  327. . Il → , il
  328. … → .
  329. entassés → amoncelés
  330. !… → ,
  331. !… → ,
  332. … → .
  333. !… Montez → ; montez
  334. , suivant → suivit
  335. , → et
  336. ; enfin → . Enfin
  337. du → de
  338. … → .
  339. sel → gaz
  340. des poisons → -t-elle pas de
  341. par la → poisons par la rapide
  342. ainsi, victimes → -ils pas sous le foudroiement
  343. qu’ils se sont eux-mêmes distillé sur le cœur → soudainement épandu sur leur être intérieur
  344. ?… → ,
  345. … → .
  346. ….. → ,
  347. ….. → ,
  348. ¶ Interprétant → L’apprenti interpréta
  349. son guide → et
  350. Avez-vous jamais ainsi → Emporté par son génie, avez-vous
  351. poëte → poète
  352. les anciens jours évanouis → des régions en harmonie avec leurs statures colossales
  353. poëte → poète
  354. . Il → ; il
  355. . Il → ; il
  356. déroule des mondes, animalise → Soudain
  357. la mort, et fait arriver ce genre humian, si bruyamment insolent → , le monde se déroule; et arrive enfin
  358. ….. ¶ Et c’est vous qu’il institue poëtes!… vous, → , le genre humain, produit dégénéré d’un type grandiose, brisé peut-être par le Créateur. Échauffés par son rega…
  359. ; mais dont le regard retrospectif peut composer des poëmes → , peuvent franchir le Chaos, entonner un hymne
  360. , espèces d’Apocalypses rétrogrades. ¶ → et se configurer le passé de
  361. Alors, nous → Nous
  362. qu’elle vous → que, ce soir, elle
  363. ce soir… → Monsieur.
  364. ¶ Souhaitant → Il souhaita
  365. il → et
  366. à la faveur desquelles il évoquait sa triste → qui lui donnaient encore le sentiment de l’
  367. … ¶ → .
  368. et → ,
  369. , le montrant → le montra
  370. … → .
  371. … ¶ Il se passa → . Il s’écoula
  372. ¶ Mais, tout → Tout
  373. lorsque → lorsqu’au milieu d’un
  374. son visage → lui
  375. …. ¶ → .
  376. Sa tête était couverte d’ → Sur sa tête,
  377. ensevelissant → ensevelissait
  378. la coiffure étant appliquée → ne permettait
  379. qu’une étroite figure → d’autre forme humaine qu’un visage étroit et
  380. sa → la
  381. ce → son
  382. peseur → Peseur
  383. … → .
  384. incroyable → inquisitoriale
  385. ¶ Il paraissait → Il était
  386. Père → père
  387. : il y avait → , car il se trouvait
  388. les chagrins et → toutes
  389. , → ;
  390. … → .
  391. … → .
  392. leur nourrice, il → leurs nourrices, il
  393. … ¶ → .
  394. …. ¶ → .
  395. … ¶ → .
  396. . ¶ ¶ VII. ¶ → et
  397. , → qui
  398. : tout à coup → . Soudain
  399. , glissant → glissa
  400. peinture → toile
  401. . Il → ; il
  402. douce du → du divin
  403. que figurait → figurées par
  404. … → .
  405. … → .
  406. … Enfin l → . L
  407. où → enfin
  408. en un → tout entière en un suave et
  409. la contenir toute, en exprimant → exprimer
  410. tuait → étouffait
  411. privilége → privilège
  412. son œuvre → l’œuvre de Raphaël
  413. . Par → ; et par
  414. !… → ,
  415. !… → ,
  416. … → .
  417. !… → ,
  418. et les serrant → qu’il serra
  419. … ¶ → .
  420. … → .
  421. examinait → examina
  422. visage morne → morne visage
  423. pendant qu’il parlait; et, rassuré → tout en l’écoutant parler. Rassuré bientôt
  424. … → ,
  425. … n → N
  426. ?… → ,
  427. … enfin → Enfin
  428. … → .
  429. … ¶ → .
  430. … → .
  431. que je vous console, sans que vous m’imploriez → vous forcer à m’implorer
  432. avoir à → vous faire
  433. que je vous donne: ¶ Un → vous donner un
  434. ¶ Un → un
  435. ¶ Un → un
  436. ¶ Un → un
  437. ¶ Une → une
  438. ¶ Sans vous donner → sans vous offrir
  439. ¶ Or, ¶ Argent, ¶ Billon, ¶ Papier, ¶ Billet, ¶ Je → or, argent, billon, papier, billet, je
  440. … → ,
  441. . ¶ Puis, il ajouta: ¶ – Regardez → , et regardez
  442. Chagrin!… ¶ ¶ VIII. ¶ → Chagrin, ajouta-t-il.
  443. siége → siège
  444. , paraissait projeter des rayons lumineux… Au → ; mais, par un phénomène, inexplicable au premier abord, cette peau projetait, au
  445. … ¶ → .
  446. , souverain contre le → qui devait le préserver du
  447. en s’en moquant → et s’en moqua
  448. . Alors, il → , et
  449. simulaient → formaient
  450. et, ne voulant → il ne voulut
  451. il → et
  452. quelque → son jouet
  453. … → .
  454. ?… → .
  455. dois pas, → crois pas devoir
  456. … → .
  457. … ¶ Apportant alors → . ¶ Il apporta
  458. il → et
  459. … → .
  460. ?… → ,
  461. … → .
  462. le → son
  463. . Il → à l’inconnu, qui
  464. ! → ,
  465. !… → ,
  466. : → .
  467. ! → ,
  468. ?.. → ,
  469. !…. ¶ ¶ IX. ¶ ¶ → . ¶ –
  470. ?… → ,
  471. signer → conclure
  472. : comme → . Comme
  473. périr par un suicide… → vous suicider.
  474. !… → .
  475. ?… ¶ – → .
  476. … ¶ → .
  477. … Alors, comme → . Comme
  478. : j → . J
  479. … → .
  480. la → ma
  481. ; → ?
  482. ¶ Aussi, rien → Rien
  483. âme → ame
  484. et → ,
  485. ; car voir, c’est → . Voir, n’est-ce pas
  486. … Rien qu’une → Une
  487. âme → ame
  488. plaisirs → joies
  489. … Ainsi, ai-je → . J’ai
  490. , tranquillement: je → . Je
  491. … ¶ → .
  492. … → .
  493. point forcé → jamais lassé
  494. âme → ame
  495. … ¶ – Là!…. → . Là,
  496. ravissantes → historiquement belles
  497. … → .
  498. … Je → ; et je
  499. !… → .
  500. , → ;
  501. et → ou
  502. … ¶ – Ceci!….. → – Ceci,
  503. !… Ce → , ce
  504. … Car le → Le
  505. sait à quel point → pourrait déterminer le point où
  506. , → ;
  507. elle → il
  508. ?… → ,
  509. …. → ?
  510. … → ,
  511. Swendenborg, et → Swedenborg, ni
  512. voir → que
  513. , → et
  514. , et → nous emporte
  515. et nous verse en → pour nous verser sur
  516. âmes → ames
  517. … Peu → ; peu
  518. !… → .
  519. … Aussi, → . Aussi
  520. … ¶ Le jeune homme → , et l’
  521. s’arrêta → si despotiquement qu’il se tut
  522. … → .
  523. !… ¶ → .
  524. ; → ,
  525. !… ¶ → .
  526. … → .
  527. vie… → existence.
  528. ?… Hé → ; hé
  529. … → .
  530. … → .
  531. présent → service
  532. peut-être → -vous
  533. ! → .
  534. sourit → sortit
  535. , poussé peut-être par → que poussa
  536. . Il → ,
  537. tâcha → voulut
  538. … ¶ → .
  539. du quai, l’inconnu → , il
  540. !… → .
  541. !… → .
  542. … → .
  543. … → .
  544. … ¶ – Viens → ¶ – Avance
  545. !… → .
  546. … → .
  547. ; → ,
  548. de → des
  549. … → .
  550. ayant → avait
  551. savoir si tu → découvrir si tu te
  552. ; → ,
  553. ; → ,
  554. … ¶ → .
  555. endroits, → lieux
  556. … → .
  557. … et → ! et, ma parole d’honneur
  558. : → , car
  559. … → .
  560. … d’honneur!… → vraiment!
  561. … → .
  562. nouvelles → vieilles
  563. d’état de l’absolutisme → forts de tous les tems
  564. , dont → vient d’être fondé dans
  565. … ¶ → .
  566. et → ,
  567. ; que le → , et où le bâton du
  568. s’y fera → se fera
  569. … ¶ Or, comme nous → . Nous
  570. … ¶ → .
  571. Crispins enfin → Crispins
  572. kirche → kirchen-waser
  573. … → .
  574. … → .
  575. … ¶ → .
  576. ? → ,
  577. !… → ,
  578. !… → ,
  579. … → !
  580. … → .
  581. … → .
  582. ?… → ,
  583. … → .
  584. mais → Mais
  585. !… → ,
  586. … → .
  587. ….. → ,
  588. … → .
  589. vouloir → conspirer pour
  590. … → .
  591. ?… → .
  592. … → !
  593. , car ces nouveaux → ; car nous autres
  594. sont → sommes
  595. … → .
  596. : il était franc → . Franc
  597. et → il
  598. une épigramme → mille épigrammes
  599. travaillant → il ne travaillait que
  600. chère lie!… → chiere lie,
  601. Oh! que j’aime → J’aime beaucoup
  602. !… → ,
  603. … → .
  604. … → .
  605. !… ¶ Et → . ¶ Puis
  606. resplendissant de luxe → qui resplendissait de dorures
  607. lumière → lumières
  608. quintescence → quintessence
  609. poëte → poète
  610. le → les
  611. , → ;
  612. poëtes → poètes
  613. ; et, voyant → . Voyant
  614. … ¶ → .
  615. prédisent → préviennent
  616. … ¶ L’amphitryon → . L’Amphitryon
  617. , et, comme de → . De
  618. à autre → en temps
  619. il était facile de voir que tous les → en appelant celui des
  620. se trouvaient réunis, moins un… → qui se faisait attendre.
  621. … → .
  622. … → ,
  623. … → .
  624. ….. → !
  625. ….. → ,
  626. !… → ,
  627. … → .
  628. … → .
  629. hésité… Il → balancé? Ne
  630. … → .
  631. !… Vois!… → , vois.
  632. … → .
  633. polypiers → Polypiers
  634. ? → !
  635. … → .
  636. !… → .
  637. . Quand → , mais quand
  638. chaque personne contempla pendant un temps encore plus court → et par un regard plus rapide
  639. destinée à l’exprimer, le → , chaque convive paya son tribut d’admiration au somptueux
  640. offert par → qu’offrait
  641. , et la → . La
  642. … → .
  643. , se piquant → se piqua
  644. les → les terribles
  645. ; et, alors → . Alors
  646. partant → qui part
  647. … → .
  648. … Puis → . Puis,
  649. … ¶ Un → . Il vint un
  650. vint où, → où
  651. parlant → parlèrent
  652. Mais entre → Entre
  653. des → tenus par de joyeux
  654. il y avait → se trouvait
  655. … → .
  656. qui se trouve → que je vois
  657. Valentin?… → Valentin.
  658. !… → ,
  659. de → de
  660. !… → ,
  661. . → !
  662. empereur → Empereur
  663. … → .
  664. … ¶ Et → . ¶ Puis
  665. ; puis il → , et
  666. n’est → ne serait
  667. les comètes → une comète
  668. !… → ,
  669. aquéducs → aqueducs
  670. !… → ,
  671. une → un
  672. , → ;
  673. … Les → les
  674. événemens → évènemens
  675. !… → .
  676. … → .
  677. … → ,
  678. … → .
  679. !… → .
  680. … → .
  681. !… → ,
  682. … → .
  683. … dit → fit
  684. sciences → science
  685. vertus qui vaillent → vertu qui vaille
  686. vérité → Vérité
  687. !… → .
  688. … → .
  689. … → .
  690. … → !
  691. … → .
  692. l’une ou l’autre!… → aucun de ces systèmes.
  693. ! → .
  694. ?… → ,
  695. … → . ¶ –
  696. ! → .
  697. paie → paye
  698. !… → .
  699. !… → .
  700. … → .
  701. propriété → Propriété
  702. , → ;
  703. . → …
  704. … → .
  705. … → .
  706. !… → ,
  707. : Chut!… → . Chut!
  708. … → ..
  709. … → .
  710. … → .
  711. un précipice → des précipices
  712. !… → .
  713. !… Belle → , belle
  714. !… → .
  715. ?… → ,
  716. !… → .
  717. … → .
  718. !… → ,
  719. !… → .
  720. … → .
  721. … → .
  722. … → .
  723. !… → .
  724. ! → ,
  725. !… → .
  726. ?… → ,
  727. !… → .
  728. … Allez → allez
  729. … → .
  730. !… N → , n
  731. !… → ,
  732. disscusion → discussion
  733. … → .
  734. . Le → ; le
  735. … → .
  736. … → .
  737. problème… → problême.
  738. !… → ,
  739. ! → ,
  740. !… → .
  741. à peine y a-t-il une membrane de différence entre un → une dose de phosphore de plus ou de moins fait l’
  742. et un grand → ou le scélérat, l’homme d’esprit ou l’idiot, l’homme vertueux ou le
  743. ?… → .
  744. !… → .
  745. !… → .
  746. !… → ,
  747. ! → ,
  748. ….. → !
  749. … → .
  750. cachemires → schalles de Cachemire
  751. misantrope → misanthrope
  752. !… → ?
  753. !… → .
  754. ; → ,
  755. ; → ,
  756. … et → ,
  757. !… → .
  758. !… → .
  759. … → .
  760. !… → .
  761. !… → .
  762. … → .
  763. … → ,
  764. !… → .
  765. !… → ,
  766. … → .
  767. !… → .
  768. ? → ,
  769. … → .
  770. !… → ,
  771. … → .
  772. … N’est- → , n’est
  773. !… → .
  774. !… → ,
  775. … → .
  776. ?… → ,
  777. !… → , fais-nous
  778. ; → ,
  779. couvrant → couvrit
  780. ; et alors, s’il → . S’il
  781. ….. car → , car,
  782. Thomire → Galle
  783. … → .
  784. … ¶ → .
  785. ¶ Un → Le
  786. … → .
  787. … → .
  788. sentant → sentait
  789. osant → osait
  790. et tâchait → en tâchant
  791. ?… → ,
  792. !… → ,
  793. !… → .
  794. ! → .
  795. … Trinc! → Trinc
  796. !… → .
  797. … → ,
  798. !… → .
  799. !… → ,
  800. de → du
  801. !… → .
  802. !… ¶ – Bah! → . ¶ – Tu crois?
  803. -il, en → Raphaël en lui
  804. !… → .
  805. ; d → . D
  806. ; puis, quelques → . Quelques
  807. Mais la → La
  808. ; → ,
  809. piéges → pièges
  810. bourdonnant → qui bourdonnent
  811. C’était → Était-ce
  812. Un → Peut-être, un
  813. échoua → sembla
  814. ayant → avait
  815. douce → voluptueuse
  816. qui se dégageait → dégagé
  817. … → .
  818. ; presque → . Presque
  819. Bientôt, vous → Vous
  820. Puis → Mais bientôt
  821. … Le → ; le
  822. . Les → ; les
  823. âme → ame
  824. artistement mise en désordre → lascivement bouclée
  825. grosses boucles → flocons légers
  826. belles → larges
  827. mais lascive → mais amoureusement élastique
  828. un → mais un
  829. ! → .
  830. sauvée!… → sauvée,
  831. patronne → patrone
  832. !… → ,
  833. ; mais → . Mais
  834. était → a été
  835. je mets → mettai-je
  836. … → .
  837. !… → .
  838. !… → .
  839. … → .
  840. … ¶ → .
  841. , s’échappant → qui s’échappe
  842. … ¶ → .
  843. … ¶ → .
  844. , → .
  845. poëtes → poètes
  846. … ¶ Un poëte → . Un poète
  847. âme → ame
  848. … → .
  849. !… → ,
  850. ! → .
  851. ? → .
  852. !… C → , c
  853. … → .
  854. ?… → ,
  855. ?… → ,
  856. pouvons-nous manquer?… → pourrions-nous avoir besoin?
  857. … elle → , qui
  858. … → .
  859. … L → ; l
  860. … → .
  861. !… Alors → . Ainsi
  862. … n’est-ce pas toute la différence? Au lieu d’ → ; balayer les rues avec du bouleau ou les marches des Tuileries avec du satin;
  863. nous nous chauffons à des → ou nous chauffer à des
  864. nous allons à la Grève… → y a-t-il donc là tant de différence?
  865. mia!… Jamais → mia, jamais
  866. !… → ;
  867. ?… → ,
  868. … → .
  869. … Aussi, donnez → . Donnez
  870. !….. La nature → . La société
  871. …. Ne → , ne
  872. … Allez → , allez
  873. ! → .
  874. ?… → ,
  875. ? → ,
  876. … → ,
  877. … J’aime → j’aime
  878. … → .
  879. ?… → ,
  880. !… Moi!… → , moi!
  881. … → .
  882. … → ,
  883. … → .
  884. âme?… → ame?
  885. !… → ,
  886. … → .
  887. ?… → ,
  888. , leur lançant → leur lança
  889. … → .
  890. ?… → .
  891. !… → ,
  892. !… → .
  893. , → ;
  894. … Voilà → ; voilà
  895. !… → .
  896. …. Si → . Et si
  897. …. → !
  898. … → .
  899. !… → ,
  900. … Une → : une
  901. !… → ,
  902. … → .
  903. des → plusieurs
  904. Rochelle!… → Rochelle,
  905. … L → , l
  906. : → ,
  907. … → .
  908. !… → ,
  909. !… → ,
  910. !… → ,
  911. !… → ,
  912. condamné → condamnée
  913. !… → .
  914. , des cris étranges s’élevaient de toutes parts. Contempler → contempler
  915. . Les rires → les visages de ceux qui pouvaient boire encore. Des
  916. Les champs de bataille, jonchés → Jonchés
  917. avaient aussi leur image → le boudoir et un petit salon offraient l’image d’un champ de bataille
  918. , chacun croyait voir un nuage rougeâtre et → qui faisaient voir dans l’air
  919. élevé → ému
  920. ; → ,
  921. ; → ,
  922. . Il y avait du → où le
  923. des cris → où les cris sont
  924. , ayant réussi → réussit
  925. … → .
  926. !… → ,
  927. !… → ,
  928. … → .
  929. ; → ,
  930. lmbécille!… → Imbécille,
  931. te résumer → t’abréger
  932. C → Mais c
  933. Mais → Or
  934. de quintessence → des quintessences
  935. !… → ,
  936. – carymary! carymara. C’est – → Carymary, Carymara, c’est
  937. … → .
  938. non!… → non.
  939. ?… Étais → , étais
  940. !… → .
  941. !… → ,
  942. ?… → .
  943. …… ah!… → ah!
  944. âme → ame
  945. ?… ¶ Voyons, → , avec la crainte d’arriver trop tard
  946. … ¶ → .
  947. … → .
  948. … → .
  949. !… → .
  950. !.. → ,
  951. PREMIÈRE → PREMIERE
  952. … → .
  953. … → .
  954. ; et je → .
  955. … → . Je
  956. !… → ,
  957. Cela → C’
  958. ! → ,
  959. collége → collège
  960. pois rouges → légumes
  961. … → .
  962. !… → ,
  963. âme → ame
  964. … ¶ → ?
  965. … → .
  966. … → .
  967. … → .
  968. … → .
  969. … Il → : il
  970. … ¶ → .
  971. … → .
  972. idiôme → idiome
  973. … → .
  974. mon → un
  975. , il → ; aussi
  976. âme → ame
  977. agitèrent → troublèrent
  978. … ¶ → .
  979. … ¶ → .
  980. N*** → Navailles
  981. … Mais, → . Mais
  982. … → .
  983. , d’où, en prenant → afin de pouvoir tout à mon aise prendre
  984. , je dévorais de l’œil les plus → et contempler les
  985. son passe-partout → ses clefs
  986. … → .
  987. … → .
  988. … Il y avait → . Sa bourse contenait
  989. dans la bourse. ¶ → .
  990. … Ayant → . Après avoir
  991. sûr → certain
  992. … ¶ → .
  993. … Il → il
  994. … Il → ; il
  995. les sons → le son de l’or, qui se mêlait au bruit
  996. … Eh → ; eh
  997. et → je
  998. … ¶ → .
  999. jaune. Alors, le → jeune. Le
  1000. ¶ – Tous → «Tous
  1001. !… Je suis responsable du jeu!… ¶ Il → ,» et il
  1002. … → .
  1003. … → ,
  1004. au jeu… → sur le tapis.
  1005. … → .
  1006. … → ...
  1007. le passe-partout et l’ → ses clefs et son
  1008. sa → la
  1009. !… ¶ – → .
  1010. … → ,
  1011. … → ...
  1012. enfant!… → enfant,
  1013. … ¶ – → .
  1014. … → .
  1015. … ¶ → .
  1016. ayant épousé → il avait su épouser
  1017. il → et
  1018. ¶ Alors je → Je
  1019. … ¶ → .
  1020. ; car lorsque → . Lorsque
  1021. mauvais → mal
  1022. , → ;
  1023. C’est ainsi que j’étais → Ainsi étais-je
  1024. … Heureux → ; heureux
  1025. je signai → signai-je
  1026. toute → tout
  1027. toute → tout
  1028. … → .
  1029. ¶ En → Donc, en
  1030. … → .
  1031. un père et un → pour
  1032. leur père, le → pour père
  1033. l’ → le
  1034. … → .
  1035. ¶ – Oh → – «Oh
  1036. rococo!… ¶ Quel → rococo.» Ce
  1037. … ¶ → .
  1038. âme → ame
  1039. ¶ Mon âme → Mon ame
  1040. et, → quoique
  1041. , → et
  1042. ayant → avait
  1043. , → ;
  1044. je → j’y
  1045. âme → ame
  1046. âme → ame
  1047. âme → ame
  1048. … ¶ → .
  1049. âme → ame
  1050. … ¶ Elles → : elles
  1051. ¶ Que → Combien
  1052. j’ai → n’ai-je pas
  1053. ; → ,
  1054. demande → demandait
  1055. … ¶ → .
  1056. … → .
  1057. âme → ame
  1058. ne les soupçonnant point → sans les soupçonner
  1059. … → .
  1060. !… → ,
  1061. !… → ,
  1062. . → ?
  1063. de → dès
  1064. ! → ?
  1065. dissipée → perdue
  1066. âme → ame
  1067. : → ,
  1068. et → ,
  1069. . Puis → ; puis
  1070. poëtes → poètes
  1071. … → .
  1072. Puis, cette → Cette
  1073. âme → ame
  1074. …» → »
  1075. d’aucune femme → de la femme que j’ai rêvé de posséder
  1076. de → un
  1077. … ¶ → .
  1078. … ¶ → .
  1079. âme → ame
  1080. comme → aussi facilement qu’
  1081. … → .
  1082. ; → ,
  1083. , mais → d’un coup, et
  1084. … ¶ → .
  1085. y a → existe
  1086. voyant → et voient
  1087. et → ,
  1088. … → .
  1089. . ¶ → !
  1090. … – → ,
  1091. ; restant → , plongé
  1092. , → ;
  1093. … → .
  1094. … ¶ → .
  1095. – Cela → – C’
  1096. ! → ,
  1097. !… → ,
  1098. comme tu → tu le
  1099. ¶ Puis, mon → Mon
  1100. ne voulant → je ne voulais
  1101. Cours → cours
  1102. bibliothéques. ¶ → bibliothèques.
  1103. font → ne faisant que
  1104. : → ,
  1105. Mais, je → Je
  1106. , → ;
  1107. … ¶ → .
  1108. se couche → doit se coucher
  1109. Mais → mais
  1110. … ¶ → .
  1111. … → .
  1112. quand on → à qui
  1113. Fortune; et, la → fortune. La
  1114. ; → ,
  1115. et → ,
  1116. mangé → trempé
  1117. , → dans
  1118. ¶ Si, → Si
  1119. . Tantôt → : tantôt
  1120. . Tantôt → ; tantôt
  1121. Puis, parfois → Parfois,
  1122. : c’était, parmi → . Parmi
  1123. n’apercevais → ne pouvais apercevoir
  1124. … → .
  1125. , → et
  1126. … → .
  1127. âme → ame
  1128. : aussi → . Aussi
  1129. passai → passais
  1130. j’aperçus → je vis
  1131. . Leurs → , et dont les
  1132. leurs → les
  1133. devisant → devisaient
  1134. Je remarquai → J’observai
  1135. ; c’était → . C’était
  1136. aboutissant → aboutissait
  1137. Me → En me
  1138. cherchai, j’aperçus → trouvai
  1139. . L’état de → , et le
  1140. se trouvait, me faisant → était me fit
  1141. le → un
  1142. ; → ,
  1143. partout → dans les autres hôtels
  1144. son → dont le
  1145. . Je → , se leva, et vint à moi. Je
  1146. . ¶ Alors, elle → , et
  1147. de sa maison et m’y → , où elle me
  1148. hôtels garnis du voisinage → maisons voisines
  1149. . ¶ Cette → que cette
  1150. ; → ,
  1151. Or, ayant → Ayant
  1152. …. ¶ → .
  1153. . Aussi → ; aussi
  1154. avec la matière → matérielles
  1155. âme → ame
  1156. pointant → qui pointe
  1157. vide → champ
  1158. s’élevant → et s’élève
  1159. , jetant des rayons; ou → ; qui
  1160. adulte, homme et bien exprimée, bien vivante… → arrive à la puberté, se fait lentement virile,
  1161. égale → supérieure
  1162. … Que → . Combien
  1163. !… → , en les regardant!
  1164. … → .
  1165. chacune une → chacun sa
  1166. un → son
  1167. , et → ;
  1168. . Si → , et si
  1169. me → leur
  1170. Or, j’étais → N’étais-je pas
  1171. en homme remarquable. ¶ → pour y exercer les droits régaliens de
  1172. . Tu → , toi seul
  1173. … → ,
  1174. … ¶ → .
  1175. Bibliothéque → Bibliothèque
  1176. ; → ,
  1177. femmes → maîtresses
  1178. tout. J’étais → tout;
  1179. … C’était la tentation de → , comme
  1180. Ces → De tels
  1181. Ils → Ne
  1182. quand nous partons, de notre foyer, pour la → où l’on part de son foyer pour aller en
  1183. , allant → ; j’allais
  1184. faisant → je faisais
  1185. étant → j’étais
  1186. diogénisant → diogénisais
  1187. quelques → d’inévitables
  1188. quelques → plusieurs
  1189. paient → payent
  1190. amitié → affection
  1191. de → par
  1192. , → en
  1193. sa royale → son impériale
  1194. ¶ – Je → «Je
  1195. Apprenant avec → Elle apprit avec tant de
  1196. moi → je ne l’étais
  1197. Elle était toute grâce, toute gentillesse → En s’accoutumant à penser tout haut, près de moi, elle déployait les mille gentillesses d’un cœur qui s’ou…
  1198. ses → les
  1199. d’ → de son
  1200. voir → ne voir qu’une sœur
  1201. … → .
  1202. âme → ame
  1203. … ¶ → .
  1204. si → pour
  1205. … → .
  1206. déchirent → percent
  1207. perce → déchire
  1208. montées → escaladées
  1209. d’or, de soie → de soies
  1210. … Et, comme moi, la → , et d’y trouver une
  1211. aussi → qui, elle aussi,
  1212. … → .
  1213. qu’elle doit → dont elle va se
  1214. … Et → Puis
  1215. … → .
  1216. … Puis → . Au milieu de sa cour
  1217. orfévre → orfèvre
  1218. . Tout → ; tout
  1219. ; → ,
  1220. . Plus → : plus
  1221. : → ,
  1222. … ¶ → .
  1223. … → .
  1224. nous tuons → mourons
  1225. … ¶ → !
  1226. … → .
  1227. ¶ Aussi, que → Combien
  1228. j’ai → n’ai-je pas
  1229. , → ;
  1230. ; → en
  1231. … → .
  1232. grâces → graces
  1233. … → .
  1234. toute → tout
  1235. d’un → au
  1236. quand elle chantait → chanter
  1237. … ¶ → .
  1238. Si → quelque
  1239. . ¶ Malgré → , qui, malgré
  1240. … ¶ Alors → . Voyant cela
  1241. . Avec → ; et avec
  1242. , et → . Il
  1243. ¶ – Les → – «Les
  1244. intrigue; → intriguer,
  1245. . Ne → ; ne
  1246. : → ,
  1247. . → ?
  1248. . Il → ; il
  1249. … → .
  1250. … Pendant → pendant
  1251. … → .
  1252. … → .
  1253. . Tu → , tu
  1254. rien. Voilà le → que ton
  1255. cela → c’
  1256. ton diamant. ¶ – → les diamans de ta couronne.
  1257. : les → , celui des
  1258. les → des
  1259. les → des
  1260. les → des
  1261. … → .
  1262. !… → ,
  1263. . Ne → , ne
  1264. … La → ; la
  1265. … → .
  1266. … ¶ → .
  1267. , la vanité, → du haut Paris, et
  1268. âme → ame
  1269. !…. C’était → , n’était-ce pas
  1270. . → ?
  1271. ; → ,
  1272. et pures → , les brûlantes
  1273. … ¶ → .
  1274. ; → ,
  1275. . Nous → ; nous
  1276. ¶ – Tu → – «Tu
  1277. : → ;
  1278. … → .
  1279. de *** → S.
  1280. : → ; mais
  1281. plaît → plait
  1282. de → en
  1283. ; car → ,
  1284. . J → , j
  1285. ne sachant pas → sans savoir
  1286. ; et, souriant → , sourit
  1287. elle me fit → me fit,
  1288. ; → ,
  1289. … → .
  1290. ; et, alors, la → . La
  1291. la → une
  1292. !… → ,
  1293. … → .
  1294. les → et même les
  1295. ont → avouent avoir
  1296. , l’ont avoué, lui sont restés fidèles → près d’elle
  1297. … → .
  1298. quand, au lieu de vanter en langage de professeur l’importance de ma découverte, → , surtout quand
  1299. rire en lui disant → en apprenant
  1300. âmes, → ames
  1301. … ¶ Elle me fit des → . Ses
  1302. m’amusai malicieusement → me complus
  1303. mais → puis
  1304. ou → ,
  1305. vivant → qui vivaient
  1306. à nos regards, mais qui → , et
  1307. lui donnant pour preuve → en lui citant pour preuves
  1308. … ¶ → .
  1309. je la vis allant et venant, s’asseyant et causant, ou appelant → j’espionnai ses pensées en les cherchant dans son maintien, en étudiant ce manège d’une maîtresse de maison …
  1310. interrogeant et s’appuyant, → interroge et s’appuie
  1311. reconnus → vis
  1312. … Il y avait de la → . Sa
  1313. jusque → savante se peignait jusques
  1314. . Se soutenant → : elle se soutenait
  1315. ou → , mais aussi prête
  1316. , mais restant là, les → si quelque regard trop vif l’intimide. Les
  1317. ¶ Puis, ses → Ses
  1318. , → et
  1319. Mais une → Une
  1320. – Il y avait → Cette femme était
  1321. ; mais → dans
  1322. étaient → si
  1323. ; → ,
  1324. âme → ame
  1325. , → ;
  1326. ….. ¶ → .
  1327. ; → ,
  1328. Alors, en → En
  1329. femme → fe me
  1330. … ¶ → .
  1331. … → .
  1332. … → .
  1333. Droit → droit
  1334. !… ¶ → .
  1335. … ¶ → ?
  1336. . → ,
  1337. !… ¶ → .
  1338. … ¶ → .
  1339. … → .
  1340. autrement → ainsi
  1341. âme → ame
  1342. ; car → ,
  1343. ; → ,
  1344. . Je → et
  1345. ; → ,
  1346. … → .
  1347. amour… ¶ → premier amour.
  1348. âme! Oui! → ame! Oui,
  1349. à l’ → pour un
  1350. un → quelque
  1351. rugir avec → être de moitié dans les rugissemens de
  1352. … → .
  1353. , → océan
  1354. âmes → ames
  1355. … → .
  1356. des → les plus riches
  1357. il y a → s’ouvre
  1358. âme → ame
  1359. … → ,
  1360. … Je → je
  1361. horizon → horison
  1362. poussés → agités
  1363. âme à âme → ame à ame
  1364. me prodiguant → et me prodiguaient
  1365. … → .
  1366. , mais → ; c’était
  1367. … ¶ → .
  1368. ¶ Que → Combien
  1369. Me forçant → Elle me forçait
  1370. … → .
  1371. lui demandais → en lui demandant
  1372. … → ;
  1373. … → , en
  1374. ; et – → , et
  1375. ! → .
  1376. – Il y a → Il est
  1377. … → .
  1378. ; et, alors, elle → , et
  1379. . Je → ; je
  1380. . – Elle → ; elle
  1381. . – Je → , je
  1382. , et si j’étais → ; si je me rendais
  1383. et nous y prenions goût. Elle → auxquelles nous avions pris goût, étaient pleines d’amour; elle
  1384. ; et, moi, → ! et moi
  1385. dans l’appréhension d’ → j’appréhendais
  1386. !… → ,
  1387. pouvant → put
  1388. . – → quand
  1389. !… J → , j
  1390. … Moi → moi
  1391. demandes ou à mes remarques. Alors, je → questions. Je
  1392. le feu → la cheminée
  1393. , se tournant → se tourna
  1394. ma vanité. J’ai même → mon orgueil, et j’ai
  1395. , → et si
  1396. et qui → qu’ils
  1397. je veux bien le croire, s’ils n’avaient → même quand ils n’auraient
  1398. telle que → comme
  1399. … → .
  1400. un mauvais compliment lorsque, → une sorte d’affront lorsqu’en
  1401. … → .
  1402. . Mais → ; mais
  1403. âme → ame
  1404. ; → ,
  1405. … Ces → ; ces
  1406. … Elles → elles
  1407. . Un → ; un
  1408. … → ,
  1409. : elles → ; et
  1410. du → d’un
  1411. … Il → : il
  1412. … Oh! c’est un → , n’est-ce pas un atroce
  1413. … → .
  1414. … → .
  1415. l’ → leur
  1416. … → .
  1417. refoulant → je refoulai
  1418. âme, je → ame, et
  1419. ; car → :
  1420. préjugeant rien, → préjuge rien;
  1421. … → .
  1422. Et → Eh
  1423. … ¶ Y a → . Existe
  1424. ne voulez-vous pas laisser gâter → le prix que vous devez attacher à l’élégance de
  1425. délicieuse et vos adorables beautés par les soins → , à votre délicieux corsage vous fait-il craindre les dégâts
  1426. ne → Ne
  1427. ; elle → ,
  1428. … ¶ → .
  1429. , et → ;
  1430. ; → ,
  1431. : → ,
  1432. … → .
  1433. … → .
  1434. pas même → ni
  1435. … → .
  1436. … → .
  1437. !… → ,
  1438. … → .
  1439. … → .
  1440. âme… ¶ → ame.
  1441. mille → mes
  1442. … → .
  1443. !… ¶ → .
  1444. : → ,
  1445. … ¶ → .
  1446. … ¶ Ah! que → . Ah! combien
  1447. j’avais → n’avais-je pas
  1448. ! → ?
  1449. … → ,
  1450. … → .
  1451. boue → fange
  1452. … → .
  1453. une → la plus
  1454. empreinte de fange → tache de boue
  1455. … → .
  1456. devouemens → dévouemens
  1457. vivant → qui vivent
  1458. ; → ,
  1459. … → .
  1460. , → et
  1461. : → ;
  1462. – ou – → ou:
  1463. ? → !
  1464. … → .
  1465. ; et, à → . À
  1466. … – → ,
  1467. pas, moi… → , mais
  1468. . – → ,
  1469. … → .
  1470. … → .
  1471. … → ,
  1472. … → ,
  1473. … → ;
  1474. très- → si
  1475. … Dans → , que dans
  1476. refletèrent → reflétèrent
  1477. Ah! il → Il
  1478. admirer → adorer
  1479. ; → ,
  1480. ; → ,
  1481. âme → ame
  1482. … → !
  1483. !…. → . –
  1484. !… → ,
  1485. crême… Tenez… Voulez → crème. Tenez, voulez
  1486. … → ?
  1487. … → .
  1488. crême → crème
  1489. . J → , j
  1490. !… → ,
  1491. … → ?
  1492. … → ,
  1493. … → ,
  1494. Érard… → Erard:
  1495. … prenez → . Prenez
  1496. … Je → , je
  1497. … → ,
  1498. … → !
  1499. … → .
  1500. … → .
  1501. , dans → et
  1502. … → .
  1503. … Elle est le → . Soyons indulgens pour les effets du
  1504. . Avec → sociaux: avec
  1505. ! Il → , et
  1506. … → .
  1507. , → ;
  1508. ; → ,
  1509. âmes → ames
  1510. fait dire → prêtées
  1511. !… → ,
  1512. En ce moment, me souvenant → Je me souvins
  1513. je → et
  1514. , et n’avais → qui n’avait
  1515. !….. Je ne → , et je
  1516. … → .
  1517. !… → ,
  1518. âme → ame
  1519. grâce → grace
  1520. … → .
  1521. n’ont → ne prennent
  1522. dans → par
  1523. … → .
  1524. finissant → nous prenions le café, après avoir fini
  1525. grâces → graces
  1526. !… ¶ → .
  1527. … → .
  1528. … → ,
  1529. … → .
  1530. ¶ → –
  1531. … → .
  1532. !… → .
  1533. … → .
  1534. ¶ Et, → Puis
  1535. … ¶ → .
  1536. … Il → qui
  1537. !… → ,
  1538. ?… donc!… → , donc!
  1539. mon → mon
  1540. … → .
  1541. et, → puis
  1542. !… → .
  1543. Je préfère → – J’aime mieux
  1544. … Puis, quand → . Quand
  1545. sa considération → ses considérations
  1546. … → .
  1547. !… → .
  1548. … Tu es → . Tu est
  1549. !… Quant → . Écoute, quant
  1550. . Quant → ; quant
  1551. Proxenète → Proxénète
  1552. – Tu peux bien → Va, tu peux
  1553. lorsque → quand
  1554. … → .
  1555. Bois → bois
  1556. ; → ,
  1557. : → ,
  1558. . Elle → ; elle
  1559. … → !
  1560. averses → adverses
  1561. pied → petit pied
  1562. … Je → je
  1563. … → !
  1564. , → et
  1565. en sorte que ma toilette → et l’affaire du Collier
  1566. … → .
  1567. grâce → grace,
  1568. … → .
  1569. !… L’âme → . L’ame
  1570. Devine quoi?… ¶ Une → devine quoi? une
  1571. … → .
  1572. .. → ,
  1573. remerciement → remercîment
  1574. , → ;
  1575. , → ?
  1576. !… ¶ → .
  1577. . ¶ Alors → ; et
  1578. . Cherchant → ; je cherchai
  1579. . Je → ; je
  1580. . Aussi, comprendras → après les avoir renversés tous. Comprendras
  1581. … ¶ Ce cri → qui
  1582. … → .
  1583. !… → ,
  1584. … Je → je
  1585. âme → ame
  1586. !… → ,
  1587. laissa → ayant laissé
  1588. . Nous → , nous
  1589. et lorsque → . Lorsque
  1590. . Le ciel capricieux avait repris → , le ciel reprit
  1591. ¶ Je → En
  1592. en → ,
  1593. … Errer → ; errer
  1594. … Il → , il
  1595. âme → ame
  1596. il → et
  1597. ces tristes lumières → sa triste lumière
  1598. , → ;
  1599. restituent capricieusement à la grève, → amènent brin à brin
  1600. … → .
  1601. … → ?
  1602. … Mais → ; mais
  1603. , alors, → alors
  1604. . Ils → , car ils
  1605. avoir été → , être
  1606. … → .
  1607. N*** → Navailles
  1608. N*** → Navailles
  1609. … → .
  1610. . – Ordonnez → , ordonnez
  1611. !… → ,
  1612. … → .
  1613. !… → .
  1614. !…. m’écriais → , m’écriai
  1615. ! Elle → : elle
  1616. , → ;
  1617. . Mais → ; mais
  1618. et → puis elle
  1619. … Enfin, sa → ; et cette
  1620. ….. Elle → elle
  1621. grâces → graces
  1622. ¶ → ,
  1623. Me souvenant, pour → Pour
  1624. je → et
  1625. ?… → !
  1626. Craignant → Je craignais
  1627. déjeunâmes → déjeûnâmes
  1628. , → ;
  1629. … → .
  1630. tâchant → où je tâchai
  1631. impertinence, → apparence
  1632. ; et, → . En
  1633. ¶ – Un → – «Un
  1634. … ¶ → »
  1635. ¶ – Est → – «Est
  1636. !… ¶ Ah! j → ?» J
  1637. , → ;
  1638. … ¶ → .
  1639. . J → ; j
  1640. son → un
  1641. son jouet, → un jouet
  1642. pendant → durant
  1643. … → .
  1644. abîmes → abîmes entre nous
  1645. . Je → : je
  1646. . Au → ; au
  1647. . Elle → ; elle
  1648. . Enfin → ; enfin
  1649. N***, → Navailles,
  1650. trop de → de trop grands
  1651. … → .
  1652. … → .
  1653. occasionait → occasionnait
  1654. !… → ,
  1655. , → ;
  1656. … → .
  1657. … → .
  1658. âme → ame
  1659. ! ¶ Alors, cherchant sa → . Je lui prenais la
  1660. , → et
  1661. âmes → ames
  1662. … Mais sa → ; mais sa
  1663. !… → .
  1664. phrases → pages
  1665. dans → de
  1666. âme → ame
  1667. reproduisait → produisait
  1668. son enveloppe → sa
  1669. . ¶ Enfin, → enveloppe. Enfin
  1670. … → .
  1671. âme → ame
  1672. ; → ,
  1673. ; eh → ? Eh
  1674. et → , ou
  1675. , → était
  1676. ayant → j’avais
  1677. et → , j’avais
  1678. je → et
  1679. ; → :
  1680. âme → ame
  1681. , et quand → . Quand
  1682. … → .
  1683. poëte → poète
  1684. … Elle → , elle
  1685. … → .
  1686. !… → .
  1687. piéges → pièges
  1688. froid. ¶ → glacé.
  1689. âme → ame
  1690. la voyais → l’apercevais
  1691. … ¶ → .
  1692. : → .
  1693. ces femmes → cette femme
  1694. !… ¶ → .
  1695. !… → .
  1696. … → .
  1697. ; et, la → . La
  1698. ayant → avait
  1699. : → ,
  1700. âme → ame
  1701. , → ;
  1702. . → ?
  1703. !….. Et il y a des → . Certains
  1704. il y a des → certains
  1705. qui, dans → prononcés par
  1706. !… ¶ → .
  1707. répondis → r épondis
  1708. !… → ,
  1709. et je la priai → en la priant
  1710. ! → ,
  1711. !… → ,
  1712. Puisque vous → Vous
  1713. … → .
  1714. !… → ,
  1715. !… → .
  1716. … – → .
  1717. … → .
  1718. aimez → aimerez
  1719. !… → .
  1720. !… → .
  1721. en → dans
  1722. !… ¶ → .
  1723. ; → ,
  1724. !… → ,
  1725. …. → !
  1726. … → .
  1727. … → .
  1728. !… → .
  1729. !… → .
  1730. Qu’elle est → Elle est bien
  1731. ; → ,
  1732. !… → .
  1733. … → .
  1734. … → .
  1735. et → ni
  1736. la princesse Brambilla d’Hoffmann → l’œuvre récemment publiée par un poète
  1737. capricieuses conceptions → capricieuse conception
  1738. dignes de → taillée dans
  1739. Nuits → nuits
  1740. âme → ame
  1741. âme → ame
  1742. : une lame de → . La lame d’un
  1743. localités → êtres
  1744. . C’était → , ce fut
  1745. et → ,
  1746. formant → formaient
  1747. orgue, j’y → orgues, où je
  1748. et les disposai → , en les disposant
  1749. Rastignac était sans → Sans
  1750. ; et, souvent il → , Rastignac
  1751. ses → de mordantes
  1752. !… → ,
  1753. … → ,
  1754. !… – et → . Et
  1755. !… Puis, j → . J
  1756. , → ?
  1757. ; son → . L’
  1758. , c’est → ? vous en faites
  1759. ; tel → . Tel
  1760. , bah!… → ? Bah!
  1761. … → .
  1762. , → ?
  1763. ; → ,
  1764. prespicace → perspicace
  1765. êtes → étiez
  1766. – Et – → Et
  1767. … → !
  1768. – Aussi l’on → Aussi
  1769. , → -t-on
  1770. !… → ,
  1771. : ¶ – Du → , madame, répliqua Rastignac; et pour les écrire
  1772. !… oh! je lui en → . ¶ – Je lui
  1773. !… → de courage,
  1774. . Il → , il
  1775. … → .
  1776. … → .
  1777. et que → Combien
  1778. !… → ,
  1779. … → .
  1780. ¶ Alors je → Je
  1781. âme → ame
  1782. . ¶ De → : de
  1783. ; et, alors → , et
  1784. ….. Ah → . Oh
  1785. aimer… → savoir bien aimer.
  1786. la → cette
  1787. cette → une
  1788. . Elle → ; elle
  1789. !… → .
  1790. : → ,
  1791. . Actrice → ; actrice
  1792. !… → ,
  1793. … → .
  1794. !… → .
  1795. ! → .
  1796. … → .
  1797. . La → , la
  1798. poëte → poète
  1799. … C’ → qui
  1800. !… → ,
  1801. Tu vas → Vas-tu
  1802. Madame → madame
  1803. , ou se grattait → en se grattant
  1804. … → .
  1805. !… → ,
  1806. … → .
  1807. ! → ?
  1808. Que la vie est vide!… → L’existence est bien vide,
  1809. Madame → madame
  1810. !… → ,
  1811. … → .
  1812. … → ,
  1813. !… → .
  1814. Madame → madame
  1815. … → .
  1816. oh → Oh
  1817. … → .
  1818. manége → trafic
  1819. … → .
  1820. si → quelque
  1821. !… → .
  1822. le → un
  1823. d’une → de
  1824. … Je fus comme ébloui. Je manquai tomber. La comtesse était adorablement belle → qui m’éblouit
  1825. … Ah! → . Non,
  1826. … → .
  1827. enfin et → et
  1828. ¶ Alors je l’écoutai se tourner → Elle se retourna
  1829. à droite et à gauche. Elle → , elle
  1830. , et → ;
  1831. Avançant → Elle avança
  1832. ; puis, elle but; et → , et but; puis
  1833. … ¶ → .
  1834. . Alors, mettant loin de moi → ; alors j’écartai
  1835. , et ce → ; ce tranquille et
  1836. tranquille, possédait → exprimait
  1837. … je → Je
  1838. … Était → : était
  1839. ! → ,
  1840. … Enfin → ; enfin
  1841. elle → Fœdora
  1842. , → et
  1843. . J → , j
  1844. . Je → ; je
  1845. !… → .
  1846. !… ¶ → .
  1847. … → .
  1848. … ¶ → et l’étreindre.
  1849. pour → voulant
  1850. alors, tirant → je tirai
  1851. . Là → , et
  1852. devant → devait
  1853. toute → tout
  1854. … ¶ → .
  1855. . Les → ; les
  1856. Madame!… → madame,
  1857. … → .
  1858. grâce…. → grace…
  1859. … → ,
  1860. Madame → madame
  1861. … – → .
  1862. … ¶ → .
  1863. !…. → ,
  1864. . ¶ Je → , et je
  1865. : → ,
  1866. Portant un → Un
  1867. !… → ,
  1868. . ¶ Je m’assis → , en m’asseyant
  1869. ; et, → et
  1870. : ¶ → .
  1871. !…. → ,
  1872. est-il → serait-il donc
  1873. ! Je → , je
  1874. … → .
  1875. âme → ame
  1876. toute → tout
  1877. ; mais – → . Mais
  1878. !… → .
  1879. – → …
  1880. . Aussi → ; aussi
  1881. !… Il → , il
  1882. âme → ame
  1883. . Écoutez-moi!… ¶ → , écoutez-moi.
  1884. ! – → .
  1885. grâces → graces
  1886. Que → Combien
  1887. j’ai → n’ai-je pas
  1888. … ¶ → .
  1889. Madame!… – Celle → madame: celle
  1890. ; → ,
  1891. … → ,
  1892. : → ;
  1893. … → .
  1894. . Elle → ; elle
  1895. . C’est → ; c’est
  1896. , → ;
  1897. ! Ainsi → ; ainsi
  1898. Madame… → madame.
  1899. !… → . –
  1900. ! → .
  1901. ces → répètent les
  1902. âme → ame
  1903. !… je → . Je
  1904. … ses → Ses
  1905. ; car ce → . Ce
  1906. !… → ?
  1907. mauvais → méprisant
  1908. !… → ,
  1909. âme → ame
  1910. !… – Eh! Madame → . Eh! madame
  1911. : je → . Je
  1912. … → .
  1913. … → .
  1914. !… → ,
  1915. … → ,
  1916. jamais → je n’appartiendrai à
  1917. … → .
  1918. inouïs… Quand → inouis; quand
  1919. … → .
  1920. . Je → , je
  1921. … → !
  1922. ! → .
  1923. … → .
  1924. … pourquoi → . Pourquoi
  1925. … – → ,
  1926. … → ,
  1927. … → .
  1928. … – → .
  1929. … → .
  1930. … → .
  1931. … → .
  1932. … Mais → ; mais,
  1933. … Pardonnez-moi. ¶ Je ne pus → , sans pouvoir
  1934. … ¶ → .
  1935. … → .
  1936. !… → ,
  1937. … → .
  1938. direz → vous écrierez
  1939. … ¶ Elle se prit à rire → lui dis-je
  1940. … – Oui… – Je → Oui, dit-elle en riant, je
  1941. … Et → , et
  1942. … → .
  1943. poëme!… → poème!
  1944. ?… → ,
  1945. ! → .
  1946. … ¶ Il y avait → , dit-elle, en mettant
  1947. , → et
  1948. … → .
  1949. … → .
  1950. !… → .
  1951. … → ,
  1952. eh bien! → Eh bien,
  1953. … → .
  1954. !… → .
  1955. … → .
  1956. !… → ,
  1957. !… → .
  1958. !… → ,
  1959. , → :
  1960. consumant → et consumai toutes
  1961. … Mais → ; mais
  1962. : la → . La
  1963. , un → ; je ne sais quel
  1964. : → , en
  1965. âme → ame
  1966. un rocher → des rochers
  1967. … → .
  1968. … → ,
  1969. … la → . La
  1970. … → .
  1971. … → ?
  1972. … → .
  1973. … → .
  1974. Cependant → Bientôt
  1975. … → .
  1976. … → ,
  1977. … Tu → , tu
  1978. ! → ,
  1979. âme → ame
  1980. … → ,
  1981. … → .
  1982. – Puis, elle → Puis, ne
  1983. grâce!… → -elle pas grace?
  1984. ! → ,
  1985. à la porte de → rugir par momens dans
  1986. êtres → fantômes
  1987. , et je ne puis → devant moi, sans que je puisse
  1988. … → .
  1989. : aussi, → . Aussi
  1990. !… → ,
  1991. … → !
  1992. ? → ,
  1993. ! ¶ → .
  1994. ! → ,
  1995. !… → .
  1996. … → .
  1997. !… → ?
  1998. !… → .
  1999. ! → .
  2000. …. N → ; n
  2001. . Or, → ;
  2002. . → ?
  2003. … → .
  2004. !… Maintenant → ; maintenant,
  2005. … → .
  2006. ! Je → , je
  2007. … → .
  2008. . → !
  2009. !…… → .
  2010. : sa → ! Sa
  2011. !… → .
  2012. nous → peut-être
  2013. peut-être → -nous
  2014. peut-être aussi quelques dernières → il rallumait trop d’
  2015. ; → ,
  2016. poëte → poète
  2017. !… → ?
  2018. !… → ?
  2019. – Non → Non
  2020. … Prends → ; prends
  2021. !… → .
  2022. … ¶ → .
  2023. … → .
  2024. : → ?
  2025. … → .
  2026. 15 → quinze
  2027. Bibliothéque → Bibliothèque
  2028. … → .
  2029. … → .
  2030. … → .
  2031. ; → ,
  2032. … ¶ Croyant → ¶ Je crus
  2033. ¶ Alors, poussés → Poussés
  2034. apparaissait → , apparut
  2035. ; mais elle → , et qui
  2036. confortable → comfortable
  2037. offrant → il offrait
  2038. montrant → montrait,
  2039. , → ou
  2040. vivant → qui vit
  2041. , → ;
  2042. ¶ Là, un → Un
  2043. ; → ,
  2044. … → .
  2045. à laquelle il est peut-être difficile de renoncer, parce qu’elle a d’irrésistibles attraits: c’est → qui lui donne les plaisirs de
  2046. … → .
  2047. , enfonçant → enfonça
  2048. ! → .
  2049. !… Il → ,
  2050. – dans un → , pour nous, dans ce
  2051. !… → .
  2052. !… → ,
  2053. !… → ?
  2054. !… → .
  2055. partagâmes → partageâmes
  2056. !… → ,
  2057. Ratisgnac. → Rastignac. –
  2058. ! ¶ → ?
  2059. !… → ,
  2060. ! → ?
  2061. … → .
  2062. … ¶ → !
  2063. un → quelque
  2064. condamnant → condamnent
  2065. , et semblables à → ? Ne renoncent-ils pas à cette vie, comme
  2066. âmes → ames
  2067. habitude → habitudes
  2068. , lui → en lui
  2069. et → en
  2070. . Mais → ; mais
  2071. il doit marcher → ne marche-t-il pas
  2072. … → .
  2073. plus vaste → grande
  2074. : alors → . Alors
  2075. , il est → , l’homme devient
  2076. ?… → épineuse?
  2077. des → ses
  2078. … ¶ Or, pour → Pour
  2079. … Vous → ? vous
  2080. !… Vous → ; vous
  2081. âme → ame
  2082. âme → ame
  2083. formes → fantômes d’idées
  2084. âme → ame
  2085. , → ;
  2086. comptoir → Comptoir
  2087. étude → Étude
  2088. … ¶ → .
  2089. âme → ame
  2090. maux → mots
  2091. poëmes → poèmes
  2092. … → .
  2093. âme → ame
  2094. âme → ame
  2095. … → .
  2096. se tue → tué
  2097. ? → !
  2098. poëme → poème
  2099. … ¶ → .
  2100. … → .
  2101. âme → ame
  2102. … → .
  2103. . Elles → , qui
  2104. , mais → :
  2105. Europe, de ville en ville → Europe
  2106. Eugène → Eusèbe
  2107. me réveillant → pour me réveiller
  2108. … → ,
  2109. !… →  ?
  2110. … ¶ → .
  2111. … ¶ → .
  2112. déjeuner → déjeûner
  2113. … ¶ → .
  2114. …… ¶ → .
  2115. enlevera → enlèvera
  2116. : → ,
  2117. ¶ – M → — «M
  2118. … ¶ → »
  2119. grâce. ¶ – Quand → grace. – «Quand
  2120. – → ,
  2121. . Ils ne la → qu’ils ne
  2122. … → .
  2123. . Eux → ; eux
  2124. devrai → devrais
  2125. Greuse → Greuze
  2126. il y a → ils se laissent
  2127. âme → ame
  2128. Ces → Devenus
  2129. !… Ils me quitteraient → , ces doux
  2130. … → .
  2131. … → ,
  2132. … → ;
  2133. : moi, l’écrasant → . Je l’écrasais
  2134. lui faisant → je lui faisais
  2135. ; elle, toujours → . Elle restait
  2136. ; → ,
  2137. . J → ; j
  2138. … ¶ Puis → Enfin
  2139. âme, → ame,
  2140. de ces → des
  2141. … → .
  2142. … → .
  2143. … ¶ → .
  2144. … ¶ → .
  2145. … Alors, → . Alors
  2146. pensant → qui pensa
  2147. tirant → tira
  2148. résiste. – → résistera.
  2149. … – Ohé!… → Ohé!
  2150. !… Je → , je
  2151. … → .
  2152. !… → ?
  2153. !… → ,
  2154. tous… → , tous,
  2155. !… → ,
  2156. le → les
  2157. ; mais, voyant → , ils virent
  2158. ils en → et
  2159. la → sa
  2160. !… → .
  2161. : → ,
  2162. … → ,
  2163. poëte → poète
  2164. … → !
  2165. … → .
  2166. … → .
  2167. … ¶ – Reveille-toi!… → ¶ – Réveille-toi,
  2168. !… → ,
  2169. … → .
  2170. … → .
  2171. !… → .
  2172. Néron!… → Néron!
  2173. … → .
  2174. !… ¶ → .
  2175. je consommerai → j’imiterai, je résumerai mon époque en consommant
  2176. … des âmes → , des ames
  2177. … Aussi je → Je
  2178. !… – Mais → ; mais
  2179. … → .
  2180. – à moi! – → à moi.
  2181. … → .
  2182. !… Prends garde!… → , prends garde?
  2183. … Tu → , tu
  2184. … → .
  2185. !… → .
  2186. , → ?
  2187. … → ,
  2188. !… → ,
  2189. ! – → .
  2190. !… → .
  2191. … → .
  2192. … → ,
  2193. y a → se trouve
  2194. … → .
  2195. … → , la peau!
  2196. … → .
  2197. !… – → .
  2198. !… – Tu → ? tu
  2199. … → .
  2200. … → ,
  2201. … → .
  2202. !… → ,
  2203. grâce → grace
  2204. !… → .
  2205. peau → Peau
  2206. ayant → dont
  2207. !… → .
  2208. de → … de
  2209. … → !
  2210. !…. → ?
  2211. semblaient → semblait
  2212. fripé → frippé
  2213. grâce → grace
  2214. Puis, les → Les
  2215. . ¶ Mais → ; mais
  2216. âme → ame
  2217. tout → quelque
  2218. Débauche → débauche
  2219. …. Mais → ; mais
  2220. chèvrefeuilles → chèvre-feuilles
  2221. … ¶ → .
  2222. déjeuner → déjeûner
  2223. … → .
  2224. recors!….. → records,
  2225. . La → ; la
  2226. ….. M → ; m
  2227. déjeuner… → déjeûner.
  2228. banquier → Banquier
  2229. interrogeant, souriant. ¶ → interrogèrent et sourirent.
  2230. ¶ Un déjeuner → Un déjeûner
  2231. Mardi → mardi
  2232. toute pleines → une succession pleine
  2233. !… → ,
  2234. !… → ,
  2235. !… → ,
  2236. … → .
  2237. !… → .
  2238. . – → ,
  2239. … → .
  2240. ayans → ayant
  2241. – hier – → hier
  2242. peau → Peau
  2243. Chatillon!… → Chatillon,
  2244. !… → .
  2245. … → .
  2246. et capricieuses → lignes
  2247. . S’écoutant → , il s’écoutait
  2248. !… → ?
  2249. !… → .
  2250. à ses → aux
  2251. : → ,
  2252. ces → ce
  2253. … → .
  2254. ?… → ,
  2255. rien!… → rien,
  2256. !… → ,
  2257. … → .
  2258. . Buvons!… → , buvons.
  2259. !… → ,
  2260. … ¶ → .
  2261. que → Que
  2262. … → !
  2263. !… → ,
  2264. ?… → ,
  2265. !… → ,
  2266. … → .
  2267. … → ,
  2268. grâce… Allons!… → grace, allons?
  2269. !… → ,
  2270. !… → ,
  2271. poëte → poète
  2272. !… → ,
  2273. !… → ,
  2274. !… → ,
  2275. ! – → .
  2276. … → .
  2277. peau → Peau
  2278. !… → .
  2279. , craignant → craignit
  2280. , l → .
  2281. ¶ Poëte → Poète
  2282. ¶ Cette → Après avoir
  2283. ?… → ,
  2284. !… → ,
  2285. !… → ,
  2286. , représentant → qui représentait
  2287. par laquelle → et par lequel
  2288. … → ,
  2289. … → .
  2290. … → .
  2291. !… → ,
  2292. … ¶ Alors, les → . ¶ Les
  2293. Et en → En
  2294. . Mais → ; mais
  2295. était → devint
  2296. et l’ → ,
  2297. à moi, → , à moi
  2298. !… → ,
  2299. !… → .
  2300. !… → .
  2301. … → .
  2302. … – Mais, → . Mais
  2303. … chut… → , chut,
  2304. , s’élevant → s’élevaient
  2305. … → ,
  2306. Monsieur → monsieur
  2307. qu’a → qui tient
  2308. !… – → .
  2309. – Il n’y a → Il n’existe
  2310. … – → .
  2311. !… → .
  2312. ! – → .
  2313. ; → ,
  2314. M. → monsieur
  2315. Monsieur → monsieur
  2316. Monsieur → monsieur
  2317. … ¶ → .
  2318. … → .
  2319. … – → .
  2320. déjeuner → déjeûner
  2321. a été → est
  2322. – → ¶
  2323. ! → ,
  2324. !… ¶ → .
  2325. . – Ils → , ils
  2326. Mais non… → mais non,
  2327. … → .
  2328. … ¶ → .
  2329. – → ,
  2330. Monsieur → monsieur
  2331. … → .
  2332. – Il → il
  2333. . Il → , il
  2334. … → .
  2335. … – → .
  2336. … crac!… – → , crac!
  2337. … → .
  2338. … → .
  2339. … → ,
  2340. … ¶ → !
  2341. Jonathas → «Jonathas
  2342. … – → .
  2343. … oui, Monsieur → , oui, monsieur
  2344. … → .
  2345. … ¶ → .»
  2346. … voilà, → voilà
  2347. poëme!… → poème,
  2348. poëme… → poème.
  2349. – Monsieur → monsieur
  2350. ¶ – → «—
  2351. … ¶ → .»
  2352. … – → .
  2353. … → !
  2354. … → ,
  2355. … → .
  2356. … → .
  2357. !… → ,
  2358. … → .
  2359. le nouveau, – → l’ancien,
  2360. … → .
  2361. … → ,
  2362. : ¶ → comme ça:
  2363. ?… ¶ → !
  2364. !… – → sont
  2365. … ¶ Et → . ¶
  2366. , pâles → pâle
  2367. . Ses → ; ses
  2368. ses → des
  2369. … ¶ → .
  2370. !… → , de
  2371. , à l’Élysée → à l’Elisée
  2372. vingt jours → plusieurs mois
  2373. âme → ame
  2374. peau → Peau
  2375. vingt → six
  2376. … ¶ → .
  2377. !… → ,
  2378. … → ,
  2379. … → .
  2380. … → .
  2381. … → ,
  2382. – Je sais même à peine → À peine sais-je
  2383. … → .
  2384. … → .
  2385. !… → ,
  2386. Fénelon → Fénélon
  2387. de → du grand
  2388. … ¶ → .
  2389. !… ¶ Raphaël, se → . ¶ Se
  2390. peau → Peau
  2391. , étouffant → étouffait
  2392. avait vécu → et vivait
  2393. peau → Peau
  2394. … ¶ Alors, il → . Il
  2395. … ¶ → .
  2396. … → ,
  2397. : → ,
  2398. … → ¶
  2399. âme → ame
  2400. !… → .
  2401. Alors il → Il
  2402. âme. Des → ame, et des
  2403. !… – → ,
  2404. … → ,
  2405. … → .
  2406. … – → .
  2407. !… → .
  2408. âme → ame
  2409. !… → ,
  2410. !… → ,
  2411. … → ,
  2412. … → .
  2413. !… → ,
  2414. … → .
  2415. : → ;
  2416. Raphaël, tombé → Tombé
  2417. … → .
  2418. , – → ;
  2419. : – fatale → . ¶ Fatale
  2420. droit → Droit
  2421. marcha → marchait
  2422. promettant → promettait
  2423. promena → promenait
  2424. errant → errait
  2425. touu → tous
  2426. comblées → comblés
  2427. , manquant → manquait
  2428. , en → dont elle
  2429. . ¶ Aussi → ; aussi
  2430. . Il → , et il
  2431. donné → donnée
  2432. âme → ame
  2433. sortiléges → sortilèges
  2434. poëtes → poètes
  2435. … → .
  2436. … → .
  2437. Vierge → vierge
  2438. , se souvenant → se souvint
  2439. … → .
  2440. Monsieur → monsieur
  2441. . Ne → ; ne
  2442. !… → .
  2443. … → .
  2444. ayant salué → salua
  2445. , en Raphaël. ¶ → .
  2446. animées, et toutes les têtes → intelligentes et tous les yeux
  2447. ; → ,
  2448. dispense → dispensera
  2449. occupé → occupés
  2450. ¶ Il était assis → Assis
  2451. . Il → , il
  2452. effleurant → effleuraient
  2453. Puis → Bientôt
  2454. Enfin, la → La
  2455. Bientôt → Enfin
  2456. du Sandal → de l’aloës
  2457. ¶ Alors il → Il
  2458. ; et comme en ce moment, l’inconnue, choquée → . Choquée
  2459. que même une → qu’une
  2460. !… → ,
  2461. !… → .
  2462. ! → .
  2463. voulait → voulut
  2464. craignant → il craignit
  2465. ; → ,
  2466. !… → ,
  2467. : Donne → , donne
  2468. ; → ,
  2469. … Je → , je
  2470. … → .
  2471. !… → .
  2472. ¶ Mis → Il se mit
  2473. il → et
  2474. poëtes et → poètes, comprenant
  2475. âme → ame
  2476. !… ¶ → .
  2477. … ¶ → . ¶ –
  2478. !… Quelqu’un vous y attend → , reprit-elle. Vous y êtes attendu
  2479. Monsieur → monsieur
  2480. … → .
  2481. … → .
  2482. … → .
  2483. !… → .
  2484. … ¶ Ouvrant → ! Il ouvrit
  2485. il → et
  2486. !… enfin!… → , enfin,
  2487. avec → par
  2488. … → ,
  2489. !… → .
  2490. … – → ,
  2491. !… → ,
  2492. ; → ,
  2493. sanglotant: ¶ → sanglottant:
  2494. … riches!… → riches!
  2495. !… → .
  2496. Il → il
  2497. !… tu → . Tu
  2498. … → ;
  2499. … → .
  2500. Mon → mon
  2501. !… → .
  2502. âmes → ames
  2503. !… ¶ → .
  2504. … → ,
  2505. ! – → ,
  2506. parle → , parle!
  2507. … → .
  2508. vendu → vendue
  2509. … → !
  2510. … – → .
  2511. … ¶ → –
  2512. … → ,
  2513. … → ,
  2514. … → .
  2515. … → .
  2516. … → ,
  2517. … → .
  2518. !… → .
  2519. !… ¶ → .
  2520. … ¶ → .
  2521. âme → ame
  2522. ! → ,
  2523. !… → ,
  2524. !… → ,
  2525. … → .
  2526. !… → .
  2527. !… → .
  2528. … → .
  2529. !… → ,
  2530. ?… → ,
  2531. ?… → ,
  2532. !… → .
  2533. !… → .
  2534. . Le → : le
  2535. … Et → , et
  2536. !… → ,
  2537. !… → ,
  2538. … → .
  2539. !… → .
  2540. !… → .
  2541. … → ,
  2542. ; et joignant → , joignit
  2543. elle → et
  2544. … ¶ – Que → – Combien
  2545. étant → me voyant
  2546. !… → .
  2547. … → ,
  2548. … → !
  2549. … → ,
  2550. Que tu es → Tu es bien
  2551. !… → ,
  2552. … → ,
  2553. !… → .
  2554. !… → ,
  2555. âme → ame
  2556. … → ,
  2557. lui → toi
  2558. âme… → ame.
  2559. … → ,
  2560. … → .
  2561. !… → ,
  2562. … ¶ ¶ XXXIX. ¶ → ¶ Heureux qui devinera leurs joies, il les aura connus!
  2563. … → .
  2564. !… → ,
  2565. … → ,
  2566. Monsieur → monsieur
  2567. … → .
  2568. … → .
  2569. !… → ,
  2570. … → .
  2571. … – → .
  2572. … → .
  2573. … → .
  2574. … Dans → dans
  2575. … ¶ → .
  2576. ?… → ,
  2577. !… → .
  2578. … → .
  2579. !… → ,
  2580. … → .
  2581. , → ;
  2582. , → ;
  2583. !… → .
  2584. … C’est → , c’est
  2585. envoyé → envoyée
  2586. … → .
  2587. chéri! → cher
  2588. … → .
  2589. !… → ,
  2590. . Et → ,
  2591. !… → .
  2592. … → ,
  2593. !… → ,
  2594. … Que → .
  2595. presse → pressera
  2596. !… → .
  2597. hôter → hôtel
  2598. !… → ,
  2599. … – → .
  2600. … → ?
  2601. … → .
  2602. … → .
  2603. !… → ,
  2604. … → ,
  2605. ! → ,
  2606. Que → Combien
  2607. âme → ame
  2608. . Elle → , elle
  2609. … → .
  2610. penchant → il pencha
  2611. il → et
  2612. !… tous… → , tous!
  2613. !… → ,
  2614. , obéissant → il obéit
  2615. rage, il → rage, et
  2616. ; et jetant → , jeta
  2617. : ¶ → en disant:
  2618. et Pauline → qui ne conçut pas le refus en amour
  2619. âmes → ames
  2620. âme → ame
  2621. … ¶ → .
  2622. attiédissait → tiédissait
  2623. mais il → et
  2624. Westhell → Westhall
  2625. tournant → qui tournait
  2626. il y eut → ce furent
  2627. !… → ,
  2628. et → à
  2629. … → .
  2630. Monsieur → monsieur
  2631. . → ,
  2632. Madame… Mais → madame, mais
  2633. Monsieur → monsieur
  2634. peau → Peau
  2635. … → ,
  2636. … → .
  2637. … → ,
  2638. ?… → !
  2639. ! → ,
  2640. ! → ,
  2641. . En → , en
  2642. suivrais pas!… → survivrais pas!
  2643. !… → .
  2644. … → ,
  2645. … ¶ – → .
  2646. !… → .
  2647. ?… → ,
  2648. !… → .
  2649. … Ah! va, → , va
  2650. … – → .
  2651. ?… ¶ Elle prit → , dit-elle en prenant
  2652. !… → ,
  2653. !… ¶ → , répondit
  2654. laissa → en laissant
  2655. , → ;
  2656. … → .
  2657. ¶ XLI. ¶ ¶ – Quoi! → – Quoi?
  2658. ¶ À → à
  2659. , → ;
  2660. ¶ Dans → dans
  2661. – moi!… – → moi?
  2662. Être-Suprême → Etre-suprême
  2663. … ¶ → .
  2664. Vins → vins
  2665. … → .
  2666. !… → ,
  2667. … → .
  2668. ; et ils → , et qui
  2669. Monsieur → monsieur
  2670. là… → -là.
  2671. … – → .
  2672. … ¶ → .
  2673. … → .
  2674. Monsieur → monsieur
  2675. … → .
  2676. … Tenez… → , tenez,
  2677. … → .
  2678. Monsieur → monsieur
  2679. siffleur → siffieur
  2680. huppé!… → hupé!
  2681. !… ¶ → .
  2682. -sarcelle → sercelle
  2683. … ¶ → . –
  2684. … → ,
  2685. Monsieur → monsieur
  2686. … → .
  2687. … → .
  2688. peau → Peau
  2689. !… → ,
  2690. … → .
  2691. Monsieur → monsieur
  2692. ; → ,
  2693. … ¶ – → .
  2694. !… → ,
  2695. âne!… → âne.
  2696. – → ,
  2697. … ¶ → .
  2698. … → !
  2699. Puis, → Il est
  2700. !… → .
  2701. … → .
  2702. Monsieur → monsieur
  2703. Tatarie → Tartarie
  2704. … → .
  2705. … → ,
  2706. !… → .
  2707. … → .
  2708. à… – → ….
  2709. – → ,
  2710. !… → ,
  2711. … → .
  2712. Monsieur → monsieur
  2713. sujets → sujettes
  2714. … → .
  2715. reserrent → resserrent
  2716. … → .
  2717. … ¶ → , dit
  2718. essaya → en essayant
  2719. … → ,
  2720. … – → .
  2721. Monsieur → monsieur
  2722. !… → .
  2723. , → et
  2724. , remportant → . Il remportait
  2725. : – → ,
  2726. … ¶ Ce bon → Ce bon-
  2727. !… → ,
  2728. est → était
  2729. poëte → poète
  2730. regardant → occupé à regarder
  2731. : – → ,
  2732. roulant → qui roulait
  2733. attendant → et attendait
  2734. … ¶ → .
  2735. !… → ,
  2736. … Monsieur → monsieur
  2737. … → .
  2738. . ¶ Puis, il → qui
  2739. Monsieur → monsieur
  2740. … → .
  2741. ne → me
  2742. … ¶ → .
  2743. … ¶ → .
  2744. Monsieur → monsieur
  2745. … → ?
  2746. !… Est → , est
  2747. !… Nous → ; nous
  2748. !… → ,
  2749. , → ?
  2750. . Problème → vide de sens. Problême
  2751. . Il → , le mouvement
  2752. y a → se rencontre
  2753. Monsieur, où → où
  2754. … ¶ → .
  2755. Monsieur → monsieur
  2756. ; → ,
  2757. … Monsieur!… → monsieur,
  2758. !… → .
  2759. … → ,
  2760. !… → ,
  2761. Alors, il → Il
  2762. peau → Peau
  2763. Monsieur → monsieur
  2764. … → .
  2765. … → .
  2766. Monsieur → monsieur
  2767. !… → ,
  2768. représente → présente
  2769. … → ,
  2770. !… → ,
  2771. milles → mille
  2772. … ¶ → .
  2773. … → ?
  2774. le → la
  2775. !… ¶ → .
  2776. Monsieur → monsieur
  2777. … → .
  2778. !… Monsieur → , monsieur
  2779. … → .
  2780. … → .
  2781. … → .
  2782. !… → ,
  2783. !… → .
  2784. !… → ,
  2785. … → .
  2786. peut → pourrait
  2787. !… → ?
  2788. Onagres → onagres
  2789. . ¶ Ils → , et ils
  2790. !… ¶ → .
  2791. … ¶ → .
  2792. … → ,
  2793. !….. Nous → , nous
  2794. !… → ,
  2795. !… → ,
  2796. … → .
  2797. !… → ,
  2798. … → .
  2799. ! → .
  2800. … → .
  2801. ! → ;
  2802. surpris et → en
  2803. … ¶ → .
  2804. profeseur → professeur
  2805. … → .
  2806. . Elle → , elle
  2807. … ¶ → .
  2808. !… → .
  2809. !… → ,
  2810. … → .
  2811. !… → .
  2812. !… → ,
  2813. ; → ,
  2814. !… – → .
  2815. … → .
  2816. … → .
  2817. … → .
  2818. !… → ,
  2819. . → !
  2820. !… → ,
  2821. : – → ,
  2822. !… → ,
  2823. !… → ,
  2824. . → ,
  2825. !… → ,
  2826. ! → .
  2827. … → .
  2828. … → .
  2829. !… → .
  2830. … → .
  2831. !… ¶ → .
  2832. grâce → , grace
  2833. … → .
  2834. ; → ,
  2835. !… → ,
  2836. !… → ,
  2837. !… → ,
  2838. !… → ,
  2839. l’œuvre → œuvre
  2840. !… → ,
  2841. . L → ; l
  2842. . Mais → ; mais
  2843. !… → ,
  2844. !… → .
  2845. !… → ,
  2846. !… ¶ S’accoudant → . ¶ Il s’accouda
  2847. !… → ,
  2848. !… → .
  2849. … ¶ → .
  2850. !… → .
  2851. . Ses → ; ses
  2852. . Elle → ; elle
  2853. !… → ,
  2854. !… – → ?
  2855. !… → ,
  2856. !… → .
  2857. !… → .
  2858. sautant → elle sauta
  2859. et vêtue de mousseline; puis, s’asseyant → dans ses mousselines, et s’assit
  2860. … → .
  2861. !… → ,
  2862. !… → .
  2863. ! → .
  2864. !… → .
  2865. !… → ,
  2866. ; → ,
  2867. – Donne!… Que → Donne, que
  2868. … → .
  2869. … → .
  2870. ?… → ,
  2871. … → .
  2872. âme → ame
  2873. ¶ Son divin → Son
  2874. , et de → . De
  2875. âme → ame
  2876. … ¶ → .
  2877. un → son
  2878. … → ,
  2879. !… N → ; n
  2880. poëme → poème
  2881. … ¶ → .
  2882. … → .
  2883. grâce → grace
  2884. … → .
  2885. suivant → selon
  2886. ! → ?
  2887. … J → , j
  2888. … → ,
  2889. … → .
  2890. … → .
  2891. … → .
  2892. !… → .
  2893. … ¶ → .
  2894. … → ,
  2895. … ¶ → .
  2896. … → .
  2897. âme → ame
  2898. … ¶ → .
  2899. !… → .
  2900. !… → ,
  2901. … → .
  2902. a été → s’est
  2903. et → ,
  2904. !… → ,
  2905. voulant → elle voulut
  2906. elle → et
  2907. !… → .
  2908. Grâce → Grace
  2909. apportés → apporté
  2910. quelque → quelques
  2911. !… → ,
  2912. – «J → J
  2913. , poétique → . Poétique
  2914. . Il → , il
  2915. … → ,
  2916. ?… → ,
  2917. !…… → ,
  2918. !… → ,
  2919. … → .
  2920. rares, → si rares, si
  2921. ; et → , que
  2922. «– Bon! – → «Bon!—
  2923. celle → la mesure
  2924. : → ,
  2925. . ¶ → …
  2926. … → .
  2927. !… Mais → , mais
  2928. … ¶ → .
  2929. Messieurs → messieurs
  2930. . Il → , et
  2931. … ¶ → .
  2932. . Le → ; le
  2933. les → le
  2934. … → .
  2935. peau → Peau
  2936. … ¶ → .
  2937. des → de
  2938. des → quelques
  2939. … → ,
  2940. !… → ,
  2941. de capricieux → des
  2942. … Le → le
  2943. Avons → avons
  2944. ¶ Alors, de → De
  2945. … → .
  2946. !… → .
  2947. … ¶ → .
  2948. … → .
  2949. … → ,
  2950. … ¶ → .
  2951. âme → ame
  2952. poëte → poète
  2953. !… → ,
  2954. !… → ,
  2955. ; → ,
  2956. Or, il → Il
  2957. ; et → .
  2958. , portant → porta
  2959. ¶ – Ces Messieurs → – Ces messieurs
  2960. Messieurs → messieurs
  2961. !… → ,
  2962. ! → ,
  2963. âme → ame
  2964. : → ,
  2965. ; → ,
  2966. toutes les → quelques-unes des
  2967. et → ,
  2968. passant → et passent
  2969. peines → peine
  2970. cîmes → cimes
  2971. ; puis, appelant → , il appela
  2972. il → et
  2973. pensif, → et
  2974. bruyantes. ¶ → .
  2975. : → ;
  2976. se croyaient → s’étaient cru
  2977. ; → ,
  2978. Alors, tout → Tout
  2979. . Puis → ; puis
  2980. , → ;
  2981. rationnelle → rationelle
  2982. Ce → Le
  2983. . Elle → ; elle
  2984. dans → par
  2985. créature → créatures
  2986. placée → placées
  2987. c’est → n’est-ce pas
  2988. ¶ Raphaël → Il
  2989. Des → des
  2990. on → ou
  2991. ; et, alors, il → , et
  2992. ne trouvant rien → sans trouver un mot
  2993. répliquer. ¶ ¶ XLVIII. ¶ ¶ → dire.
  2994. toute → tout
  2995. contours → contour
  2996. capricieuses → nuageuses
  2997. Morienne → Maurienne
  2998. les → des
  2999. granits → granit
  3000. , par → ou
  3001. … → .
  3002. . On → ; on
  3003. rencontrerez → rencontreriez
  3004. lecriss es → les crises
  3005. et → ,
  3006. sur tout → surtout
  3007. : → ;
  3008. refléchir par la toute puissance → réfléchir par l’omnipotence
  3009. joie → jolie
  3010. Là, le → Le
  3011. lui donnant → et lui donna comme
  3012. sembla → lui semblait
  3013. ¶ Agée → Âgée
  3014. … → .
  3015. … → !
  3016. ! → ,
  3017. tremblotant d’un → tremblottant d’une
  3018. … → .
  3019. Mais elle → Sa protectrice
  3020. ¶ Se tenant → Il se tint
  3021. il → et
  3022. examinant → il examinait
  3023. défiant → défiait
  3024. : → .
  3025. : → ,
  3026. ? → ,
  3027. . Lisez → , lisez
  3028. … → ,
  3029. d’aller → de gagner
  3030. , devant → devait
  3031. , → ;
  3032. ! → , il
  3033. . ¶ Et → , qui
  3034. . Il → , il
  3035. éprouvè ent → éprouvèrent
  3036. !… → ,
  3037. , → ;
  3038. … → .
  3039. j’y → je le
  3040. voix → voies
  3041. ; → ,
  3042. … → !
  3043. … assez… → , assez!
  3044. . Vous → , vous
  3045. . ¶ Et le marquis chargeait → , en chargeant
  3046. ne s’inquiétant → sans s’inquiéter
  3047. Il y avait dans cette → Cette
  3048. peau → Peau
  3049. peuplier → platane
  3050. !… → ,
  3051. Raphaël → il
  3052. çà → cà
  3053. cîmes → cimes
  3054. dix → six
  3055. Alors, le → Le
  3056. , à toutes les → aux
  3057. laissant → et laissaient
  3058. mettant en → mettait en
  3059. décorant → décorait
  3060. cîmes → cimes
  3061. L’âme se réjouissait → Tout y était harmonieux
  3062. , → ; soit
  3063. et pendant → qui pendaient
  3064. puis, → soit
  3065. mais laissant → il laissait
  3066. ; → ,
  3067. : → ,
  3068. … Ça a → Ça
  3069. : → ,
  3070. fanataisies → fantaisies
  3071. menant → conduisant néanmoins
  3072. … → .
  3073. … ¶ → .
  3074. … → ,
  3075. … → .
  3076. … → .
  3077. … → !
  3078. … → .
  3079. … → .
  3080. . Ce → ; ce
  3081. … → .
  3082. ?… → !
  3083. … donc?… → , donc?
  3084. … → .
  3085. … → !
  3086. … → .
  3087. … → .
  3088. … → .
  3089. … → .
  3090. … → .
  3091. !… → ?
  3092. !… → .
  3093. … → ,
  3094. cîmes → cimes
  3095. …. → ,
  3096. … → .
  3097. … → !
  3098. !… → ,
  3099. !… → ,
  3100. … → .
  3101. … → .
  3102. … Nous → nous
  3103. !… → .
  3104. !… → ,
  3105. … → .
  3106. ¶ Enfin, → Enfin
  3107. répondit → répon
  3108. perpective → perspective
  3109. … → .
  3110. de tous les → des
  3111. endimanchées → endimanchés
  3112. … ¶ → .
  3113. peau → Peau
  3114. la dépliant → et la déplia
  3115. … → ?
  3116. …» ¶ ¶ → »
  3117. feu, → foyer, en
  3118. Alors → Çà et là,
  3119. çà et là, → en
  3120. – … → .
  3121. . → …
  3122. – non!… – → non!…..
  3123. – → .
  3124. – → .
  3125. – → .
  3126. … → ,
  3127. ombres → clairs-obscurs
  3128. ¶ Sonnant aussitôt → Il sonna
  3129. : → .
  3130. ?… → .
  3131. , laissant → laissa
  3132. mademoiselle → mamoiselle
  3133. , et, à → . À
  3134. ; → ,
  3135. Le → Te
  3136. !…. → ,
  3137. … fuis!….. → fuis!
  3138. … → .
  3139. . ¶ Elle lui prit → , en lui prenant
  3140. peau → Peau
  3141. … → .
  3142. , cru → crut
  3143. peau → Peau
  3144. ! → ,
  3145. . Elle → ; elle
  3146. peau → Peau
  3147. … → .
  3148. !… → ,
  3149. Et elle → Pauline
  3150. héritait de → dévorait
  3151. , → ;
  3152. n’y → ne
  3153. , et → dans sa poitrine, dont
  3154. ….. → . ¶
  3155. , qui, → se présenta tout
  3156. , se présenta et voulut lui → qu’il entendait et tenta d’
  3157. … ¶ Pauline riait, et ses yeux étaient secs. ¶ ¶ CONCLUSION → ¶ ¶ EPILOGUE
  3158. … ¶ → bien.
  3159. … ¶ Fantasque, tantôt → Tantôt
  3160. , → et
  3161. … ¶ → .
  3162. il → qui
  3163. et → qui
  3164. , → ou
  3165. … → ,
  3166. – Elle → elle
  3167. … – → ,
  3168. !… ¶ Vous → ; vous
  3169. , → !
  3170. pur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . … → . ¶ – Mais, Pauline? ¶ – Vous n’y êtes pas? je recommence.
  3171. reine → Reine
  3172. Elle → Oui, elle
  3173. frémissement → fémissement
  3174. . ¶ Sa douce et → ; sa douce, mais
  3175. … → .
  3176. toute → tout
  3177. … → .
  3178. … Vous → vous
  3179. !… Tout → ; mais tout
  3180. … ¶ – Ah! ah → – Ha! ha
  3181. … ¶ . . . . . . . . . . . . . ¶ . . . . . . . . . . . . . ¶ . . . . … → ¶ – Mais, Monsieur, Pauline? ¶ – Encore! Écoutez?
  3182. tenant en → tenait dans
  3183. , admira → . Unis ainsi, tous deux admirèrent
  3184. , au → au-
  3185. ondine tour à tour; mais les pieds agiles et voltigeant → cette fluide créature voltigeait
  3186. , qui est → qui court
  3187. pensée → mémoire
  3188. … L’inconnue était → ; elle se promenait
  3189. deux → les
  3190. des → les hauts
  3191. . Elle → ; elle
  3192. protégeant → qui voulait protéger
  3193. …. . . . . ¶ . . . . . . . . . . . . → contre les inventions modernes
  1. un intérêt
  2. a cru
  3. la désorganisation
  4. dans l’Élixir de longue vie
  5. Comédie du Diable,
  6. une des plus
  7. le parricide est
  8. ordonné par une famille et au nom d’une chimère sociale, le parricide pour sauver un titre!
  9. naissent
  10. édifice
  11. poétiquement formulé
  12. l’homme, considéré comme organisation
  13. auxquelles
  14. le sens des
  15. grenier
  16. allure serpentine
  17. allégorique qui
  18. dans la
  19. société où
  20. les individualités
  21. . Dans ce livre,
  22. d’aujourd’hui
  23. serait
  24. le plus
  25. le plus
  26. l’auteur
  27. résumer
  28. évidemment
  29. ’œuvre de M. de Balzac,
  30. insulte
  31. à tout moment
  32. réelles,
  33. de notre époque,
  34. la poésie de
  35. les grandes
  36. enfermées
  37. malices
  38. trouve
  39. celui-là
  40. éclatantes
  41. de son œuvre.
  42. ’analyse,
  43. on sait
  44. l’auteur avait
  45. que de
  46. est pas
  47. demi-teintes,
  48. intérieurs,
  49. a résumé
  50. , il faut encore
  51. de mots,
  52. des images,
  53. des sensations
  54. parties
  55. pour lui seul
  56. volonté
  57. M. de Balzac,
  58. M. de Balzac,
  59. ; tout se
  60. l’avarice
  61. l’homme de génie
  62. le plus chaud, le plus
  63. l’univers dans
  64. de création
  65. , peut-être
  66. estime
  67. , doit-
  68. littéraire
  69. l’auteur
  70. Physiologie du Mariage était
  71. la littérature
  72. , sans compter
  73. . Enfin,
  74. peintures
  75. révolutions
  76. Aussi l’auteur
  77. de son temps,
  78. , dans la Peau de
  79. , que l’
  80. le Réquisitionnaire,
  81. montrer
  82. qu’il n’a
  83. dont la pensée
  84. développement
  85. , il montre
  86. muettes imprécations,
  87. regards hébétés
  88. yeux, arrêtés sur les cartons fatidiques,
  89. de chefs-d’œuvre avortés
  90. robe, légèrement relevée par le marche-pied,
  91. laissa voir une jambe dont
  92. bas blanc et bien tiré
  93. brûlant cauchemar
  94. sur le crâne de manière à
  95. encadrer le front
  96. revêtu de gloire
  97. échappa au jeune homme
  98. oubliait le peintre.
  99. resta comme engourdi,
  100. dans cette circonstance,
  101. le bon peuple de France
  102. à l’école moderne
  103. la dépravation la plus profonde, les vices les plus raffinés
  104. danses folles, animées par une sauvage énergie
  105. , avec la crainte d’arriver trop tard
  106. juge, au lieu de sentir
  107. procureur du roi
  108. je me bâtissais
  109. que je désirais
  110. quand il croyait triompher
  111. , un commissionnaire étendit son parapluie au
  112. dessus de nos têtes
  113. nous fûmes montés
  114. par de cruelles expériences
  115. arrivant au Muséum
  116. par un beau temps
  117. parut déplaire
  118. le repos du dimanche,
  119. contraster avec le paradis de ses heures studieuses, avec les délices de la conception
  120. . Le délassement de lord Byron ne pouvait pas être le boston babillard qui charme un rentier; poëte, il voulait la Grèce à jouer contre Mahmoud.
  121. esclaves matériels
  122. ’empreinte d’un violent chagrin, aux prises avec un caractère despotique
  123. vivante palingénésie de Rollin
  124. bizarreries particulières aux malades riches
  125. en Raphaël
  126. les lois sociales
  127. femme tout à coup
  128. centre de la vie
  129. l’air pur et parfumé des montagnes
  130. répondit froidement Raphaël
  131. s’écria-t-il gaîment
  132. les fatales paroles
  133. se jeta sur elle
  134. ¶ – Que demandez-vous, dit-elle
1INTRODUCTION

AUX

ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES
.

Qu’est-ce que le talent du conteur, sinon tout le talent? Il renferme en lui, la déduction logique dans sa rigueur, le drame avec sa mobilité, l’essence même du génie lyrique avec son extase intérieure. Le narrateur est tout. Il est historien; il a son théâtre; sa dialectique profonde qui meut ses personnages; sa palette de peintre et sa loupe d’ob2servateur. Non-seulement il peut réunir les talens spéciaux que je viens d’indiquer, mais pour exceller dans son art, il le doit. Imaginez un conte sans intérêt de drame, sans émotion lyrique, sans couleurs nuancées, sans logique exacte; il sera pâle, extravagant et faux; il n’existera pas.
La narration est toute l’épopée; elle est toute l’histoire; elle enveloppe le drame et le sous-entend. Le conte est la littérature primitive. De quelle joie, dites-moi, durent être saisis ceux qui, les premiers, découvrirent et ressentirent cette jouissance! Ils inventèrent de pittoresques symboles en témoignage de leur ivresse nouvelle. Ce fut l’Hercule Gaulois, dont la bouche laissait tomber les chaînes d’or qui retenaient les auditeurs; ce fut la baguette de Mercure, forçant à s’unir les hommes 3plus acharnés
que les serpens; c’est le chant de la syrène, entraînant le navigateur dans l’onde d’où ses accens émanaient. Le premier conteur fut un Dieu. Mais les époques primitives une fois passées, conter devint difficile.
Où est le merveilleux? Qu’est devenue la foi? L’analyse ronge la société en l’expliquant: plus le monde vieillit, plus la narration est
une œuvre pénible. Rendez-moi compte de cet incident? Apportez-moi le comment de cet acte et le pourquoi de ce caractère? Disséquez ce cadavre et sachez me plaire! Soyez commentateur et amuseur!
Voici un conteur, qui arrive à l’époque
la plus analytique de l’ère moderne, toute fondée sur l’analyse: sociétés, gouvernemens, sciences reposent sur elle; elle s’empare de tout, pour tout flétrir. Il naît dans le pays le plus 4rationel de l’Europe; point d’oreilles faciles à duper comme en Italie, où la musique est dans le langage et l’ode dans le son; point de croyance surnaturelle et populaire; le scepticisme est partout; la faculté raisonneuse a pénétré jusqu’aux classes inférieures. De l’ironie, mais peu caustique; de l’indifférence, excepté pour les intérêts matériels; par-dessus tout, de l’ennui et de la lassitude.
Quel conte allez-vous faire à de telles gens? Ils vous répondront qu’ils ont vu Bonaparte, bivouaqué au Kremlin et couché à l’Alhambra Ils mettront vos sylphides en fuite, et vos magiciens n’auront pas le
moindre intérêt pour eux. Ils vous demanderont par quel procédé chimique l’huile brûlait dans la lampe d’Aladin. Ils ont demandé à M. de Balzac ce que serait advenu, si Raphaël eût 5souhaité que la Peau de chagrin s’étendît!
Osez donc leur réciter de beaux contes; enlevez-les,
comme il faut qu’un bon narrateur le fasse, dans ce char d’Élie, dans cette narration aux ailes de feu et aux roues brûlantes, qui plonge dans le ciel et fait disparaître les villes, les maisons, les bois, les collines de l’horizon terrestre!
L’analyse, dernier développement de
la pensée, a donc tué les jouissances de la pensée. C’est ce que M. de Balzac a vu dans son temps: c’est le dernier résultat de cet axiôme de Jean-Jacques: L’homme qui pense est un animal dépravé.
Assurément
il n’est pas de donnée plus tragique; car, à mesure que l’homme se civilise, il se suicide; et cette agonie éclatante des sociétés offreprofond.
6Le désordre et le ravage portés par l’intelligence dans l’homme, considéré comme individu et comme être social: telle est l’idée primitive que M. de Balzac a jetée dans ses contes. Il a vu de quels éclatans dehors cette société valétudinaire s’enorgueillit, de quelles parures ce moribond se couvre, de quelle vie galvanique ce cadavre s’émeut et s’agite par intervalles, de quelle lueur phosphorique il scintille encore. Opposant au néant intérieur et profond du corps social, cette agitation factice et cette splendeur funèbre, ilque la mission du conteur n’était pas finie et perdue; qu’il y avait encore une magie dans ce contraste; une féerie dans cette industrie créatrice de merveilles; un intérêt dans le jeu cupide des ressorts sociaux, cachés sous de si beaux dehors, dans ce spectacle d’une so7ciété rendant le dernier soupir sous des rideaux de pourpre, d’argent et de soie.
Un conteur, un amuseur de gens, qui prend pour base la criminalité secrète, le marasme et l’ennui de son époque; un homme de pensée et de philosophie, qui s’attache à peindre
produite par la pensée; tel est M. de Balzac.
Voilà sur quelles bases sont appuyés ces contes de nuances diverses, de formes variées, que M. de Balzac a osé lancer dans le dix-neuvième siècle, blasé, indifférent et peu amusable. Ce fonds misanthropique, qu’une verve de gaieté et une fécondité d’invention incontestables raniment et font étinceler, vous le retrouvez dans l’Auberge rouge,
, dans lafarce terrible dont le fantastique Introït lui a été 8généreusement donné parmordantes plumes de notre époque. Mais cette pensée première s’élève jusqu’aux proportions de la tragédie dans El Verdugo, où sublime, parricide Ainsi, partout l’égoïsme: égoïsme de la famille, égoïsme physique, personnalités féroces quid’une civilisation sensuelle et raffinée. Tel est spécialement le fonds et la pensée créatrice de la Peau de Chagrin, livre où, pour faire un péristyle à son , l’auteur a l’arrêt éternel porté sur.
Rabelais
, dans un autre temps, avait vu l’étrange effet de la pensée religieuse, qui, à force de pénétrer la société, achevait de la 9dissoudre. L’âme, divinisée par le christianisme, avait tout envahi. Le spiritualisme effaçait la matière. Le symbole, l’idéalisation régnaient sans partage; pour un symbole, l’Occident s’était rué sur l’Orient. Il dominait la poésie, qu’il réduisait à l’état de fantôme, en multipliant les personnifications allégoriques, en bannissant de son domaine les êtres vivans, la chair et le sang humains. Rabelais s’arma d’un symbole pour faire la guerre au symbole.
Holà! Messer
Gaster, voici votre règne! Tonnes pleines d’hypocras, bons saucissons chargés d’épices, bombance gigantesque, culte de la Dive bouteille, douce abbaye de Thélème, dont le rien faire est la liturgie; venez!… Et dans une épopée immense, donnez-nous l’apothéose de ce corps humain que l’on 10foule aux pieds, et que le curé de Meudon ne se contente pas de remettre à sa place. Il l’installe sur un trône. Or, voici l’ère de Gargantua. On boit plus sec, on mange sans perdre jamais l’appétit: l’élément physique de l’homme se trouve déifié par cette ironie matérialiste, qui semble une prédiction du dix-huitième siècle, et un oracle des destinées futuresle monde est réservé.
Passe joyeusement la vie et ris-toi du reste! Trinque! comme l’a dit M. de Balzac dans la Peau de Chagrin, voilà
amères dérisions du Pantagruel, et peut-être l’arrêt définitif de ce livre.
Certes, Rabelais, s’il n’eût pas vécu au commencement du seizième siècle, tout à la fin de ce qu’on appelle moyen-âge, n’eût rien écrit de pareil. Dans Pantagruel et Gargan11tua, il résuma le passé, railla le présent et s’empara de l’avenir, qu’une civilisation matérielle allait isoler de l’ancienne société chrétienne et spiritualiste, de l’avenir qu’une philosophie sensualiste allait dominer et mouler à son plaisir.
L’ère de Rabelais a expiré. Celle qu’il annonçait parcourt son cycle et l’accomplit. Ce ne sont plus les ravages de la pensée idéaliste, mais ceux du sensualisme analytique, que le conteur philosophe peut retracer aujourd’hui.
Aussi, voyez, à part le sens
intime du livre, tous ces types d’égoïsme civilisés qui se donnent rendez-vous dans la Peau de Chagrin: Fœdora, femme sans cœur, type d’une société sans cœur; Raphaël, symbole de la misère éclatante, le dandy sans un écu; le mal12heur même que donne l’étude solitaire, avec la gloire en perspective, lepour théâtre, et la souffrance pour escorte.
Le vaste plan, caché sous ces fantaisies, a dû échapper à plusieurs yeux. Des
critiques n’ont pas vu que la Peau de Chagrin est l’expression de la vie humaine, abstraction faite des individualités sociales; la vie avec ses ondulations bizarres, avec sa course vagabonde et son , avec son égoïsme toujours présent sous mille métamorphoses. La même signification se trouve cachée sous les plus légers incidens de cette fiction. Outre son intérêt dramatique, le livre renferme un intérêt de philosophies’attache aux plus minces détails et poursuit sans pitié cette science d’égoïsme que la civilisation fait naitre. Voyez Raphaël? Comme le 13sentiment de sa conservation étouffe en lui toute autre idée! Comme dans la scène du duel, chez les paysans, dans son hôtel de Paris, le même sentiment l’absorbe! Soumis à ce talisman terrible, il vit et meurt dans une convulsion d’égoïsme. N’est-ce pas la vie toute pure?
C’est cette personnalité qui ronge le cœur et dévore les entrailles de la
société où nous sommes. À mesure qu’elle augmente,s’isolent; plus de liens, plus de vie commune. La personnalité règne; c’est son triomphe et sa fureur que la Peau de Chagrin a reproduits il y a encore toute une époque.
Là, comme on l’a dit dans une journal (*), «vous pouvez, si cela vous duit, voir

(*) Le Messager.

ap14paraître, sous forme vivante, notre civilisation d’hier et d’aujourd’hui: toute parée, toute folle d’ennui et de luxe, avec son dégoût, son désespoir, ses bons mots, ses velléités de science et de religion, ses créations qui avortent, ses vertus qui ne sont pas écloses, son éclat semblable à la lueur émanée des endroits infects; ses prétentions de grandeur, de sévérité, de patriotisme, d’énergie, de rénovation, de génie, d’organisation, de conservation, de durée; et son néant réel, son mal intime; son manque de foi, sa faiblesse de volonté, son inanité, sa décrépitude, sa force factice, comme celle de l’ivresse, passagère, comme celle que la pile de Volta communique à un corps mort.
Il
curieux de contempler le critique de l’ancienne école, l’homme de bon 15goût et de bonnes mœurs, en face de cette œuvre. Oh! le pauvre homme! que fera-t-il de sa toise? lui qui veut de la raison; lui le jugeur, le peseur des mots; lui, le compas en main, la loupe appliquée sur l’œil, heureux de découvrir une irrégularité dans un livre, une verrue dans un beau visage? Assurément il ne comprendra pas un mot de ce conte. Il aime la littérature de plain-pied; ici tout est abîmes, précipices, saillies, excroissances, hautes montagnes, profondeurs sans fond.
Je jure que
habile critique de 1800 à 1820 ne se ferait pas une idée nette sur un pareil ouvrage. Il briserait sa toise, il jetterait son compas. Autant vaudrait demander à M. d’Aguesseau l’explication satisfaisante d’un journal de l83l. En vain diriez-vous à 16notre Aristarque dans l’embarras, quede la Peau de Chagrin a voulu, comme feu Rabelais, formuler la vie humaine etson époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte, histoire, drame, folie aux mille couleurs. Le critique vous dira que Pantagruel est une allégorie, que Panurge estRabelais et Pantagruel François Ier; mais que dans lrien de pareil ne frappe ses yeux. Et si vous répliquez en disant que la prétendue allégorie, découverte dans Rabelais par la lubie des savans, n’a jamais eu d’existence; que le monstre comique créé par le médecin Chinonais est une immense arabesque, fille du caprice accouplée avec l’observation: notre homme vous tournera le dos, non 17sans prier Dieu qu’il vous rende votre raison perdue et vous fasse cadeau d’une bonne édition de Laharpe.
Il y a
dans l’œuvre de M. de Balzac le cri éclatant, le cri de désespoir d’une littérature expirante. Œuvre puissante… Je ne parle pas de la souplesse d’un style quila critique, et d’une vivacité extrême de teintes chatoyantes et contrastantes, mais de la portée générale d’un livre, où le siècle et le pays les plus confus qui aient jamais existé, se concentrent sous des formes poétiques,colorées, qui éblouissent le regard. Avoir trouvé le fantastiquece n’est ni un petit mérite ni un mince travail. L’avoir vivifié sans tomber dans la froideur de l’allégorie, c’est chose méritoire, c’est le témoi18gnage d’un rare talent. Il fallait, pour obtenir ce résultat, n’oublier aucune des brillantes nuances dont elle se pare, nous donner les fêtes, l’esprit, le dévergondage, les riche étoffes, les jouissances effrénées, le jeu, l’amour,costume, qui se pressent dansvilles; il fallait n’oublier non plus aucune des misères sociales; ces cœurs desséchés, ces existences perdues, ces arts qui augmentent la richesse sans ajouter rien au bonheur; il fallait faire voir, au sein de la civilisation, fleur éclatante et factice, le ver qui la ronge, le poison qui la tue.
Ce livre a tout l’intérêt d’un conte arabe, où la féerie et le scepticisme se donnent la main, où des observations réelles et pleines de finesse sont
dans un cercle de 19magie. Vous y trouverez de grands salons et de grandes orgies, la mansarde de jeune savant et le boudoir de la femme à la mode, la table de jeu et le laboratoire du chimiste: tout ce qui influe sur notre société, depuis le sourire de la jeune fille jusqu’auxdu feuilleton.
Et n’attendez pas que je vous donne une idée plus exacte de cet étrange livre; il est de ceux où chacun
pâture à son goût: à tel la satire, à tel autre le fantastique, àdes tableaux brillamment colorés. Si la société telle qu’elle est vous ennuie tant soit peu, et qu’il vous agrée de la voir pincée, fouettée, marquée, en grande pompe, sur un bel échafaud, au milieu de tout le fracas d’un orchestre rossinien, d’un tintamarre et d’un charivari incroyable, et de la 20décoration la plus étourdissante, lisez la Peau de Chagrin, vous en avez pour trois nuits d’imageset terribles qui soulèveront les rideaux de votre alcôve pour peu que nature vous ait doué d’imagination; et pour un an de réflexion, si vous êtes né contemplateur, observateur et penseur.»
Le public, qui a si rapidement enlevé trois éditions, a justifié le critique. Mais l’auteur, docile aux observations qui lui ont été adressées par amis et ennemis, n’a épargné ni ratures, ni veilles, ni suppressions, ni corrections, pour rendre plus parfaite la quatrième édition
Il avait déjà fait le sacrifice de sa préface presque entière, préface consacrée à une justification inutile. Il avait tort de croire que la Physiologie du mariage, œuvre d’ironie et deût marqué son front 21d’un sceau de cynisme et d’impudence: on ne confond plus les fantaisies de l’art avec le caractère de l’artiste; que le plus doux des hommes peut devenir, dans sa tragédie, sanguinaire, criminel et implacable. On sait que le poëte le plus ardemment érotique peut ne demander à l’amour que la jouissance des beaux vers. Cependant cette préface, dont le scrupule detracé les pages, et dont il fait le sacrifice, contenait des observations générales et philosophiques, que nous croyons devoir reproduire ici.
L’auteur explique, avec autant de sagacité
finesse, le procédé physiologique qui préside à la création d’une œuvre d’art et fait naître dans l’esprit de l’artiste mille fantômes, dont la moralité ne luiimputable.
«Quoique restreint dans les bornes d’une 22préface, cet essai psychologique aidera
peut-être, disait-il, à expliquer les bizarres disparates qui existent entre le talent d’un écrivain et sa physionomie. Certes, cette question intéresse les femmes-poëtes encore plus que l’auteur lui-même.
L’art littéraire, ayant pour objet de reproduire la nature
par la pensée, est le plus compliqué de tous les arts.
Peindre un sentiment, faire revivre les couleurs, les ombres, les
les jeux de lumière, accuser avec justesse les contours, reproduire fidèlement une scène étroite, mer ou montagnes, ruines ou voilà toute la peinture.
La sculpture est plus restreinte encore dans ses ressources. Elle ne possède guères 23qu’une pierre et une couleur pour exprimer la plus riche des natures, le sentiment dans les formes humaines: aussi le sculpteur cache-t-il sous le marbre d’immenses travaux d’idéalisation dont peu de personnes lui tiennent compte.
Mais, plus vastes, les idées comprennent tout: l’écrivain doit être familiarisé avec tous les effets, avec toutes les natures. Leibniz
cette idée par un mot sublime: l’âme du poëte est le miroir du monde. Dans ce miroir concentrique, sa fantaisie réfléchit l’univers; sinon, le poëte et même l’observateur n’existent pas; car il ne s’agit pas seulement de voir les chosess’en souvenir et empreindre les impressions qu’on a reçues dans un certain choixen les décorant de toute la grâceen leur 24communiquant le vifprimordiales…
Or, sans entrer dans les méticuleux aristotélismes créés par chaque auteur pour son œuvre, par chaque professeur dans sa théorie, l’auteur pense être d’accord avec toute intelligence, haute ou basse, en composant l’art littéraire de deux
bien distinctes: l’observation – l’expression.
Beaucoup d’hommes distingués sont doués du talent d’observer, sans posséder celui de donner une forme vivante à leurs pensées; comme d’autres écrivains ont été doués d’un style merveilleux, sans être guidés par ce génie sagace et curieux qui voit et enregistre toute chose. De ces deux dispositions intellectuelles résultent, en quelque sorte, une vue et un toucher littéraires. À tel homme, le 25faire; à tel autre, la conception; celui-ci joue avec une lyre sans produire une seule de ces harmonies sublimes qui font pleurer ou penser; celui-là compose des poëmes
, faute d’instrument.
La réunion des deux puissances fait l’homme complet; mais, cette rare et heureuse concordance n’est pas encore le génie, ou plus simplement ne constitue pas la
qui engendre une œuvre d’art.
Outre ces deux conditions essentielles au talent, il se passe chez les poëtes ou chez les écrivains réellement philosophes, un phénomène moral, inexplicable, inouï, dont la science peut difficilement rendre compte. C’est une sorte de seconde vue qui leur permet de deviner la vérité dans toutes les situations possibles; ou, mieux encore, je ne sais 26quelle puissance qui les transporte là où ils doivent, où ils veulent être. Ils inventent le vrai par analogie, ou voient l’objet à décrire, soit que l’objet vienne à eux, soit qu’ils aillent eux-mêmes vers l’objet.»
L’auteur se contente de poser les termes de ce problème, sans en chercher la solution.
«Donc, selon
l’écrivain doit avoir l’intuition analytique de tous les caractères: toutes les mœurs il les épouse; toutes les passions il les ressent: les idées, les pays, les mœurs, les caractères: accidens de nature, accidens de moralemeut dans sa pensée. En traçant le portrait du Laird de Dumbiedikes, il se fait avare; il conçoit, il en pénètre les mystères. S’il écrit Lara ou le Giaour, il assassine, il comprend le 27meurtre, la tache de sang est sur son front. Le voilà criminel; il conçoit le crime; il l’appelle et le contemple.
Mais, à ceux qui étudient la nature humaine, il est démontré clairement que
possède les deux genres de puissance.
Il traverse en esprit les espaces: les choses, jadis observées, renaissent en lui, belles de la grâce, terribles de l’horreur primitive qui l’avaient saisi. Il a pressenti le monde, et ce pressentiment équivaut à la réalité. Son âme lui révèle tout par intuition. Ainsi, le peintre
exact de Florence, n’a jamais été à Florence; ainsi, tel écrivain a pu merveilleusement dépeindre le désert, ses sables, ses mirages, ses palmiers, sans aller de Dan à Sahara.
28Les hommes ont-ils le pouvoir de faire venir
leur cerveau, ou leur cerveau est-il un talisman avec à l’aide duquel ils abolissent les lois du temps et de l’espace?… La science hésitera long-temps à choisir entre ces deux mystères également inexplicables. Toujours est-il constant que l’inspiration jette le poëte en des transfigurations sans nombre et semblables aux magiques fantasmagories de nos rêves. Un rêve est peut-être le jeu naturel de cette singulière puissance quand elle reste inoccupée!…
Ces facultés que le monde admire à juste titre, un auteur les possède plus ou moins larges, en raison peut-être du plus ou du moins de perfection de ses organes. Peut-être encore le don
est-il une faible étincelle tombée d’en haut sur l’homme; et, 29alorsles adorations dues aux grands génies seraient-elles une noble et haute prière! S’il n’en était pas ainsi, pourquoi notrese mesurerait-elle à la force, à l’intensité du rayon céleste qui brille en eux? Ou le degré d’enthousiasme dont nous sommes saisis pour les grands hommesil se proportionner au degré de plaisir qu’ils nous donnent, au plus ou moins d’utilité de leurs œuvres?… Que chacun choisisse entre le matérialisme et le spiritualisme!…
Cette métaphysique
a entraîné assez loin de la question personnelle. Mais quoique dans la production la plus simple, dans Riquet à la houpe même, il y ait un travail d’artiste, et qu’une œuvre de naïveté porte souvent le signe du mens divinior plus profondément empreint qu’il ne l’est dans un 30vaste poëme, il n’a pas la prétention d’écrire pour lui cette ambitieuse théorie, à l’instar de quelques auteurs contemporains dont les préfaces étaient les petits pèlerinages de petits Childe-Harold. Il a seulement voulu réclamer pour les auteurs, les anciens priviléges de la clergie, qui se jugeait elle-même.
La
une tentative faite pour retourner à la littérature fine, vive, railleuse et gaie du dix-huitième siècle, où les auteurs ne se tenaient pas toujours droits et raides, où l’on ne discutait pas à tout propos la poésie, la morale et le drame, mais où il se faisait du drame, de la poésie et des ouvrages de vigoureuse morale. L’auteur de ce livre cherche à favoriser la réaction littéraire que préparent certains bons esprits ennuyés de notre vandalisme actuel, et fati31gués de voir amonceler tant de pierres sans qu’aucun monument surgisse. Il ne comprend pas la pruderie, l’hypocrisie de nos mœurs; et refuse du reste, aux gens blasés, le droit d’être difficiles.
De tous côtés s’élèvent des doléances sur la couleur sanguinolente des écrits modernes. Les cruautés,
les supplices, les gens jetés à la mer, les pendus, les gibets, les condamnés, les atrocités chaudes et froides, les bourreaux, tout est devenu bouffon!
Naguère, le public ne voulait plus sympathiser avec les jeunes malades, les convalescens et les doux trésors de mélancolie contenus dans l’infirmerie littéraire. Il a dit adieu aux Tristes, aux Lépreux, aux langoureuses élégies. Il était las des Bardes nuageux et des Sylphes, comme il est aujourd’hui rassasié de 32l’Espagne, de l’Orient, des supplices, des pirates et de l’histoire de France walterscottisée. Que nous reste-t-il donc?…
Si le public condamnait les efforts des écrivains qui essaient de remettre en honneur
franche de nos ancêtres, il faudrait souhaiter un déluge de barbares, la combustion des bibliothèques, et un nouveau moyen âge; alors, les auteurs recommenceraient plus facilement le cercle éternel dans lequel l’esprit humain tourne comme un cheval de manége.
Si Polyeucte n’existait pas, plus d’un poëte moderne est capable de refaire Corneille, et vous verriez éclore cette tragédie sur trois théâtres à la fois
les vaudevilles où Polyeucte chanterait sa profession de foi chrétienne sur quelque motif de la Muetteles auteurs ont souvent raison dans leurs impertinences contre le temps présent. Le monde leur demande de belles peintures? où en seraient les types? Vos habits mesquins, vosmanquées, vos bourgeois discoureurs, votre religion morte, vos pouvoirs éteints, vos rois en demi-solde, sont-ils donc si poétiques?
Nous ne pouvons aujourd’hui que nous moquer. La raillerie est toute la littérature des sociétés expirantes…
de ce livre, soumis à toutes les chances de son entreprise littéraire, s’attend-il à de nouvelles clameurs.»

M. de Balzac, dont les Contes ont vaincu la formaliste apathie
et quiChagrin, a donné preuve de cette énergie et de cette fécondité, de cette verve hardie et poignanteon réclame aujourd’hui, comme un palais blasé veut de l’orpiment et de l’alcool, ne s’en tiendra pas à cet essai. Il a frappé notre époque, en lui empruntant ses propres armes; en employant cette frénésie d’invention, cette ironie envenimée, ces couleurs ardentes, sombres et tranchées, dont l’abus serait la perte de l’art. Quand il voudra être simple, il saura l’être, comme il l’a prouvé dansdans l’Enfant Maudit, Maître Cornilius, et Louis Lambert. On le verra changer les couleurs de sa palette, et de nuance en nuance, d’existence en existence, de mode en mode, parcourir tous les degrés de l’échelle sociale ettour à tour le paysan, le men35diant, le pâtre, le bourgeois, le ministre, attaqués de la même maladie destructive. Il ne reculera pas même devant le roi et le prêtre, ces deux derniers échelons de notre hiérarchie croulante; le roi, que notre progrès de civilisation a tellement ébranlé sur son trôneplus de confiance à sa couronne; le prêtrerenferme le dernier, le plus largede l’intelligence humaine, et qui n’est plus qu’un spectre lorsqu’il cesse d’avoir foi en lui.
La foi et l’amour, s’éloignant des hommes livrés à la culture intellectuelle; la foi et l’amour, s’exilant pour laisser dans un désert d’égoïsme profond, tous ces hauts esprits, tous ces êtres parqués dans leur personnalité; tel est le but des contes de M. de Balzac. Dans celui que l’auteur a intitulé
Jésus-Christ 36en Flandre, un rayon d’amour et de foi tombe du ciel. Les Pariahs de la société, ceux qu’elle bannit de ses universités et de ses colléges, restent fidèles à leur croyance, et conservent, avec leur pureté morale, la force de cette foi qui les sauve, tandis que les gens supérieurs, fiers de leur haute capacité, voient s’accroître leurs maux avec leur orgueil, et leurs douleurs avec leurs lumières. Cette moralité suprême qui couronne la peinture de tous les types d’individualisme est d’un bel effet.
C
’est non-seulement la société dans ses masses, que frappe de mort l’égoïsme, fils de l’analyse et de cette raison approfondissante qui nous ramène sans cesse à notre personnalité, c’est aussi la société dans ses élémens partiels; c’est encore le gouvernement et la théorie politique. De degrés en degrés, l’au37teur s’élèvera jusqu’à cette dernière ironie, la plus haute et la plus en harmonie avec notre temps. Dans l’Histoire de la succession du marquis de Carabas, dernière œuvre qui complétera la donnée de ce recueil la société politique en proie à la même impuissance, au même néant qui dévorent Raphaël dans la Peau de Chagrin. Même intensité de désirs, même éclat extérieur, même misère réelle; même formule inévitable, éternelle, où la nationalité se trouve renfermée, pressée en son cycle comme l’individualisme dans le sien. Ici un ton de bonhomie plus naïve, une satire moins amère, s’accorderont avec une ironie qui s’attaque non aux hommes, mais aux doctrines, non aux individualités, mais aux systèmes.
Ces
récits, mêlés de merveilleux, en appa38rence dictés par la fantaisie, ont conquis un succès populaire dans une époque si contraire à la libre et capricieuse fiction: mais on les a plutôt acceptés comme des inventions brillantes que comme des œuvres de raison. Nous avons pris plaisir à en développer le sens philosophique, la portée morale, inaperçus de la foule. Ce n’est pas là ce qui fait le succès du jour; mais ce qui le propage et le continue dans l’avenir.

P. CH…..



41PREMIÈRE PARTIE.

LA PEAU DE CHAGRIN
.

I
.

Vers la fin du mois d’octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment où
s’ouvraient les maisons de jeu, conformément à la loi qui protége, à Paris, une passion essentiellement productive et chère au fisc.
42Sans trop hésiter, l’inconnu monta l’escalier du tripot établi au numéro 39.
– Monsieur
!… votre chapeau, s’il vous plaît? lui cria d’une voix sèche et grondeuse, un petit vieillard blême, accroupi dans l’ombre, protégé par une barricade, et qui, se levant soudain, fit voir une figure moulée d’après un type ignoble.
Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre chapeau.

Est-ce une parabole évangélique et providentielle?…
N’est-ce pas plutôt une manière de signer un contrat infernal avec vous, en exigeant je ne sais quel gage?
Serait-ce pour vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui gagneront votre argent?
Est-ce
curiosité de la police, qui, fouillant tous les égoûts sociaux, est intéressée à savoir 43le nom de votre chapelier, ou le vôtre, si vous l’avez inscrit sur la coiffe?
Est-ce, enfin, pour prendre la mesure de votre crâne et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs?
Il y a, sur
ce point, silence complet chez l’administration.
Seulement,
à peine avez-vous fait un pas vers le tapis vert, que déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez à vous-même. Vous êtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre manteau.
À votre sortie, le JEU, par une atroce épigramme en action, vous démontrera qu’il vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage… mais, si, par malheur, vous veniez avec une coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens, qu’il faut avoir un costume de joueur.
L’étonnement, manifesté par l’étranger 44quand il reçut une fiche numérotée en échange de son chapeau dont heureusement les bords étaient légèrement pelés, indiquait assez une âme encore innocente.

Le petit vieillard, ayant sans doute croupi dès son jeune âge dans les atroces plaisirs de la vie des joueurs, lui jeta un coup d’œil terne et sans chaleur, mais dans lequel un philosophe aurait lu les misères de l’hôpital, les vagabondages des gens ruinés, les procès-verbaux d’une foule d’asphyxies, les travaux forcés à perpétuité, les expatriations au Guazacoalco
Cet homme avait une longue face blanche dont les fibres ne vivaient plus que des soupes gélatineuses de M. d’Arcet. Il présentait une vivante image de la passion réduite à son terme le plus simple. Dans ses rides, il y avait trace de vieilles tortures. Il devait jouer ses maigres appointemens, le jour même où il les recevait. Enfin, comme une rosse sur laquelle 25les coups de fouet n’ont plus de prise, il ne tressaillait plus aux sourds gémissemens, auxauxdes joueurs, quand ils sortaient ruinés. C’était le Jeu incarné.
Si le jeune homme avait contemplé ce triste Cerbère, peut-être se serait-il dit:
– Il n’y a plus qu’un jeu de cartes dans ce cœur-là
Mais l’inconnu n’écouta pas ce conseil vivant, placé là sans doute par la Providence, comme elle a mis le dégoût à la porte de tous les lieux mauvais Non. Il entra, résolument, dans la salle d’où l’or faisait entendre une prestigieuse musique… Ce jeune homme était probablement poussé là par la plus logique de toutes les éloquentes phrases de J.-J. Rousseau, et dont voici, je crois, la triste pensée: Oui, je conçois qu’un homme aille au Jeu; mais c’est lorsque entre lui et la mort, il ne voit plus que son dernier écu.

42II.

Le soir, les maisons de jeu n’ont qu’une poésie vulgaire, mais dont l’effet est assuré comme celui d’un mélodrame
plein de sang. Les salles sont garnies de spectateurs et de joueurs, de vieillards indigens qui viennent s’y réchauffer, de faces agitées, d’orgies commencées dans le vin et près de finir dans la 47Seine. La passion y abonde; mais le trop grand nombre d’acteurs vous empêche de contempler face à face le démon du jeu. La soirée est un véritable morceau d’ensemble où la troupe entière crie, où chaque instrument de l’orchestre module sa phrase
Vous verriez là beaucoup de gens honorables qui viennent y chercher des distractions, et qui les paient comme ils paieraient le plaisir du spectacle, de la gourmandise, ou comme ils iraient dans une mansarde acheter, à bas prix, des remords pour trois mois.
Mais comprenez-vous tout ce que doit avoir de délire et de vigueur dans l’âme un homme qui attend avec impatience l’ouverture d’un tripot?… Il existe, entre le joueur du matin et le joueur du soir, la différence qui distingue le mari nonchalant, de l’amant rôdant sous les fenêtres de sa belle Le matin seulement, arrivent la passion palpitante, le besoin dans sa franche horreur En ce moment, vous 48pourrez admirer un véritable joueur, un joueur qui n’a pas mangé, dormi, vécu, pensé, tant il était rudement flagellé par le fouet de sa martingale; tant il souffrait, travaillé par le prurit d’un coup de trente et quarante. À cette heure maudite, vous rencontrerez des yeux dont le calme effraie, des visages qui vous fascinent, des regards qui soulèvent les cartes et les dévorent.
Aussi, les maisons de jeu ne sont-elles sublimes qu’à l’ouverture de leurs séances Si l’Espagne a ses combats de taureaux, si Rome a eu ses gladiateurs, Paris s’enorgueillit de son Palais-Royal dont les agaçantes roulettes donnent le plaisir de voir couler le sang à flots, sans que les pieds du parterre risquent d’y glisser. Essayez de jeter un regard furtif sur cette arène. Entrez!
Quelle nudité!.. Les murs, couverts d’un papier gras à hauteur d’homme, n’offrent pas une image qui puisse rafraîchir l’âme; il ne 49s’y trouve même pas un clou pour faciliter le suicide Le parquet est usé, malpropre. Une table ronde occupe le centre de la salle; et la simplicité des chaises de paille pressées autour de ce tapis usé par l’or, annonce une curieuse indifférence du luxe chez ces hommes qui viennent périr là pour la fortune et pour le luxe.
Cette antithèse humaine est établie partout où l’âme réagit puissamment sur elle-même. L’amoureux veut mettre sa maîtresse dans la soie, la revêtir d’un moelleux cachemire, et, la plupart du temps, il la possède sur un grabat. L’ambitieux rêve de demeurer au faîte du pouvoir, en s’aplatissant dans la boue d’une révérence. Le marchand vit dans une boutique humide et malsaine, en se construisant un hôtel où il ne restera pas un an… Enfin, à part la vue des cuisines et l’odeur des cabarets, y a-t-il chose plus déplaisante qu’une maison de plaisir? Singulier pro50blème!… L’homme signe son impuissance dans tous les actes de sa vie! Il n’est jamais ni tout-à-fait heureux, ni complètement misérable…
Au moment où le jeune homme entra dans le salon, quelques joueurs s’y trouvaient déjà

Trois vieillards, à têtes chauves, étaient nonchalamment assis autour du tapis vert. Leurs visages de plâtre, impassibles comme ceux des diplomates, révélaient des âmes blasées, des cœurs qui, depuis long-temps, avaient désappris de palpiter, même en risquant les biens paraphernaux d’une femme
Un jeune Italien, aux cheveux noirs, au teint olivâtre, était accoudé tranquillement au bout de la table, et paraissait écouter ces pressentimens secrets qui crient fatalement à un joueur: – Oui… – Non… Cette tête méridionale respirait l’or et le feu.
Sept ou huit spectateurs, debout, rangés de manière à former une galerie, attendaient 51les scènes que leur préparaient les coups du sort, les figures des acteurs, le mouvement de l’argent et des râteaux. Ces désœuvrés étaient là, silencieux, immobiles, attentifs, comme est le peuple à la Grève, quand le bourreau tranche une tête.
Un grand homme sec, en habit râpé, tenait un registre d’une main, et, de l’autre, une épingle pour marquer les passes de la rouge ou de la noire. C’était un de ces Tantales modernes qui vivent en marge de toutes les jouissances de leur siècle; un de ces avares sans trésor qui jouent en idée une mise imaginaire; espèce de fou raisonnable, se consolant de ses misères en caressant une épouvantable chimère; agissant enfin avec le vice et le danger, comme les jeunes prêtres avec Dieu, quand ils disent des messes blanches.
Puis, en
face de la banque, un ou deux de ces fins spéculateurs, experts des chances du jeu, et semblables à d’anciens forçats qui ne 52s’effraient plus des galères, étaient venus là pour hasarder trois coups et remporter immédiatement le gain probable dont ils vivaient.
Deux vieux garçons de salle se promenaient nonchalamment les bras croisés, regardant le jardin par les fenêtres, de temps à autre, comme pour montrer aux passans leurs plates figures, en guise d’enseigne.
Le tailleur et le banquier venaient de jeter sur les ponteurs ce regard blême qui les tue, et disaient d’une voix grêle:
– Faites le jeu!
quand le jeune homme ouvrit la porte
Alors le
silence devint en quelque sorte plus profond, et les têtes se tournèrent vers le nouveau venu par curiosité.
Mais, chose inouïe, les vieillards émoussés, les employés pétrifiés, les spectateurs, et même l’Italien fanatique, tous éprouvèrent, 53à l’aspect de l’inconnu, je ne sais quel sentiment épouvantable.
Ne faut-il pas être bien malheureux pour obtenir de la pitié, bien faible pour exciter une sympathie, ou bien sinistre pour faire frissonner les âmes dans cette salle où les douleurs doivent être muettes, la misère gaie, le désespoir décent?… Eh bien! il y avait de tout cela dans la sensation neuve qui remua tous ces cœurs glacés quand le jeune homme entra. Mais les bourreaux n’ont-ils pas quelquefois pleuré sur les vierges dont la Révolution leur ordonnait de couper les blondes têtes
Au premier coup d’œil les joueurs lurent sur le visage du novice quelque horrible mystère

Ses jeunes traits étaient empreints d’une grâce nébuleuse. Dans son regard, il y avait bien des efforts trahis, bien des espérances trompées! La morne impassibilité du suicide 54donnait à son front une pâleur matte et maladive. Un sourire amer dessinait de légers plis dans les coins de sa bouche. Il y avait sur toute sa physionomie une résignation qui faisait mal à voir.
Quelque secret génie scintillait au fond de ses yeux voilés par les fatigues du plaisir; car la débauche marquait de son sale cachet cette noble figure jadis pure et brillante, maintenant dégradée. Les médecins auraient peut-être attribué à des lésions au cœur ou à la poitrine, le cercle jaune qui encadrait les paupières et la rougeur dont les joues étaient marbrées; tandis que les poëtes eussent voulu reconnaître, à ces signes, les ravages de la science, les traces de nuits passées à la lueur d’une lampe studieuse. Mais une passion plus mortelle que la maladie, une maladie plus impitoyable que l’étude et le génie, altéraient cette jeune tête, contractaient ces muscles vivaces, tordaient ce cœur, sur lesquels les 55orgies, l’étude et la maladie n’avaient que difficilement mordu.
Comme,
lorsqu’un célèbre criminel arrive au bagne, les condamnés l’accueillent avec respect, ainsi, tous ces démons humains, experts en tortures, saluèrent une douleur inouïe, une blessure dont ils soupçonnaient par instinct la profondeur. Ils reconnurent un de leurs princes, à la majesté de sa muette ironie, à l’élégante misère de ses vêtemens
Le jeune homme avait bien un frac de bon goût; mais la jonction de son gilet et de sa cravate était trop savamment maintenue pour qu’on lui supposât du linge. Ses mains, jolies comme des mains de femme, étaient d’une douteuse propreté. Depuis deux jours, il ne portait plus de gants… Ce diagnostic disait tout…
Si le tailleur
et les garçons de salle eux-mêmes frissonnèrent, c’est que les enchantemens de l’innocence florissaient par vestiges dans ses formes grêles et fines, dans ses che56veux blonds et rares, naturellement bouclés Cette figure avait encore vingt-cinq ans, et le vice paraissait y être un accident. La verte vie de la jeunesse y luttait encore avec les ravages d’une impuissante lubricité. Les ténèbres et la lumière, le néant et l’existence s’y combattaient en produisant tout à la fois de la grâce et de l’horreur. Le jeune homme se présentait là comme un ange sans rayons, égaré dans sa route. Aussi, tous ces professeurs émérites de vice et d’infamie, semblables à une vieille femme édentée, prise de pitié à l’aspect d’une belle fille qui s’offre à la corruption, furent-ils prêts à crier au novice:
– Sortez!
Celui-ci marcha droit à la table. Il s’y tint debout, jeta sans calcul, sur le tapis, une pièce d’or qu’il avait à la main; puis, abhorrant, comme les âmes fortes, de chicanières incertitudes, il lança sur le tailleur un regard tout à la fois turbulent et calme.
57L’intérêt de ce coup était si puissant que les vieillards ne firent pas de mise; mais l’Italien, saisissant avec le fanatisme de la passion une idée qui lui souriait, ponta sa masse d’or en opposition au jeu de l’inconnu.
Le
banquier oublia de dire ces phrases qui se sont à la longue converties en un cri rauque et inintelligible:
– Faites le jeu!
– Le jeu est fait!
– Rien ne va plus
Le tailleur
étala les cartes en paraissant souhaiter bonne chance au dernier venu, indifférent qu’il était à la perte ou au gain fait par les entrepreneurs de ces sombres plaisirs.
Tous les
étincelaient; car les spectateurs voyaient un drame et la dernière scène d’une noble vie dans cette pièce d’or. Mais, malgré l’attention avec laquelle ils regardèrent alter58nativement le jeune homme et les cartes, ils ne purent apercevoir aucun symptôme d’émotion sur sa figure froide et résignée.
– Rouge perd
!…. dit officiellement le tailleur.
Une espèce de râle sourd sortit de la poitrine de l’Italien lorsqu’il vit tomber le paquet de billets que lui
jeta le banquier.
Quant au jeune homme, il ne comprit sa ruine qu’au moment où le râteau s’allongea pour ramasser son dernier napoléon. L’ivoire fit rendre un bruit sec à la pièce, qui, rapide comme une flèche, alla se réunir au tas d’or étalé devant la caisse. L’inconnu ferma les yeux doucement et ses lèvres blanchirent. Mais il releva bientôt ses paupières; sa bouche reprit une rougeur de corail; il affecta l’air d’un Anglais pour qui la vie n’a plus de mystères; et disparut sans mendier une consolation par un de ces regards déchirans que les joueurs au désespoir lancent assez souvent 59sur la galerie taciturne dont ils sont entourés.
Que
d’événemens se pressent dans l’espace d’une seconde, et quel abîme est donc la cervelle humaine!…
– Il paraît que c’est
sa dernière cartouche!.. dit en souriant le croupier, après un moment de silence, en tenant cette pièce d’or entre le pouce et l’index, et la montrant aux assistans.
– C’est un cerveau brûlé qui va se jeter à l’eau
!… répondit un habitué en regardant autour de lui; car tous les joueurs se connaissaient.
– Bah! s’écria le garçon de bureau, en prenant une prise de tabac.
– Si nous avions imité monsieur? dit un des vieillards à ses collègues, en désignant l’Italien. Hein
?…
Tout le monde regarda l’heureux joueur dont les mains tremblaient en comptant ses billets de banque.
– J’ai entendu, dit-il, une voix qui me 60criait dans l’oreille: Le Jeu aura raison contre le désespoir de ce jeune homme
!…
– Ce n’est pas un joueur
!… reprit le banquier. Autrement, il aurait fait trois coups de son argent pour se donner plus de chances

61III.

Le jeune homme passait sans réclamer son chapeau
; mais le vieux molosse, ayant remarqué le mauvais état de cette guenille, la lui rendit sans proférer une parole, et le joueur restitua la fiche par un mouvement machinal. Puis, il descendit les escaliers en sifflant le di tanti palpiti d’un souffle si faible qu’il enten62dit à peine lui-même les notes délicieuses. Il se trouva bientôt sous les galeries du Palais-Royal. Dirigé par une dernière pensée, il alla jusqu’à la rue Saint-Honoré, prit le chemin des Tuileries, et traversa le jardin d’un pas irrésolu. Il marchait comme au milieu d’un désert, coudoyé par des hommes qu’il ne voyait pas; n’écoutant, à travers les clameurs populaires, qu’une seule voix, celle de la mort; enfin, perdu dans une engourdissante méditation, semblable à celle dont jadis étaient saisis les criminels qu’une charrette conduisait du Palais à la Grève, vers cet échafaud, rouge de tout le sang versé depuis 1793.
Il y a
je ne sais quoi de grand et d’épouvantable dans le suicide. Les chutes d’une multitude de gens sont sans danger comme celles des enfans qui tombent de trop bas pour se blesser; mais quand un homme se brise, il doit venir de bien haut, s’être élevé jusqu’aux cieux, avoir entrevu quelque pa63radis inaccessible. Implacables doivent être les ouragans qui nous forcent à demander la paix de l’âme à la bouche d’un pistolet.
Que
de jeunes talens s’étiolent confinés dans une mansarde, y périssent faute d’un ami, faute d’une femme consolatrice, au sein d’un million d’êtres, en présence d’une foule lassée d’or et qui s’ennuie
À cette pensée, le suicide prend des proportions gigantesques.
Entre une mort volontaire et la féconde espérance dont la voix appelle un jeune homme à Paris, Dieu seul sait combien il y a; de conceptions, de poésie; de pensées; de désespoir, de cris étouffés; de vaines tentatives!… Chaque suicide est un poëme sublime de mélancolie. Où trouverez-vous, dans l’océan des littératures, un livre surnageant qui puisse lutter de génie avec ces trois lignes:
Hier, à quatre heures, une jeune femme s’est 64jetée dans la Seine du haut du Pont-des-Arts?
Devant ce laconisme parisien, les drames, les romans, tout pâlit, même ce vieux frontispice:
Les lamentations du glorieux roi de Kaërnavan, mis en prison par ses enfans
Dernier fragment d’un livre perdu, dont la seule lecture faisait pleurer ce Sterne, qui lui-même délaissait sa femme et ses enfans.
L’inconnu fut assailli par mille pensées semblables qui passaient en lambeaux dans son
âme comme des drapeaux déchirés voltigent au milieu d’une bataille. – Puis, il déposait pendant un moment le fardeau de son intelligence et de ses souvenirs, pour s’arrêter devant quelques fleurs dont il admirait les têtes mollement balancées par la brise parmi les massifs de verdure.
Et,
saisi par une convulsion de la vie qui regimbait encore sous la pesante idée du suicide, il levait les yeux au ciel; mais des nua65ges gris, des bouffées de vent chargées de tristesse, une atmosphère lourde lui conseillaient encore de mourir
Alors, il
s’achemina vers le Pont-Royal en songeant aux dernières fantaisies de ses prédécesseurs Il souriait en se rappelant que lord Castelreagh avait satisfait le plus humble de nos besoins avant de se couper la gorge, et que M. Auger l’académicien avait été chercher sa tabatière pour priser tout en marchant à la mort
Il analysait ces bizarreries et s’interrogeait lui-même, quand, en se serrant contre le parapet du pont, pour laisser passer un fort de la halle, celui-ci lui ayant légèrement blanchi la manche de son habit, il se surprit à en secouer soigneusement la poussière.
Arrivé au point culminant de la voûte, il regarda l’eau d’un air sinistre.
– Mauvais temps pour se noyer
!… lui dit 66en riant une vieille femme vêtue de haillons. Est-elle sale et froide, la Seine!
Il répondit par un sourire plein de naïveté, qui attestait le délire de son courage; mais il frissonna tout à coup en voyant de loin, sur le port des Tuileries, la baraque surmontée d’un écriteau où ces paroles sont tracées en lettres hautes d’un pied:


SECOURS AUX ASPHYXIÉS

M. Dacheux lui apparut armé de sa philantropie, réveillant et faisant mouvoir ces vertueux avirons qui cassent la tête aux noyés, quand malheureusement ils remontent sur l’eau. Il l’aperçut ameutant les curieux, quêtant un médecin, apprêtant des fumigations Il lut les doléances des journalistes écrites entre les joies d’un festin et le sourire d’une danseuse. Il entendit sonner les écus comptés à des bateliers pour sa tête, par le préfet de la Seine Mort, il valait cinquante 67francs; mais, vivant, il n’était qu’un homme de talent, sans protecteurs, sans amis, sans Paillasse, sans tambour, un véritable zéro social, dont l’état n’avait nul souci
Alors, une
mort en plein jour lui paraissant ignoble, il résolut de mourir pendant la nuit, afin de livrer un cadavre indéchiffrable à la Société qui méconnaissait l’utilité de sa vie. Continuant donc son chemin, il se dirigea vers le quai Voltaire, en prenant la démarche indolente d’un désœuvré qui veut tuer le temps.
Quand il descendit les marches qui terminent le trottoir du pont, à l’angle du quai, son attention fut excitée par les bouquins dont le parapet est toujours garni Peu s’en fallut qu’il n’en marchandât quelques-uns
Il se prit à sourire; et, glissant alors philosophiquement ses mains dans ses goussets, il allait reprendre son allure d’insouciance et de dédain, quand il entendit avec surprise 68quelques pièces retentissant d’une manière véritablement fantastique dans le fond de sa poche
Un sourire d’espérance illumina son visage, glissa de ses lèvres sur ses traits, sur son front, et fit briller de joie ses yeux, ses joues sombres. Cette étincelle de bonheur ressemblait à ces feux qui courent dans les vestiges d’un papier déjà consumé par la flamme; mais le visage eut le sort des cendres noires: il redevint triste quand l’inconnu, ayant vivement retiré la main de son gousset, aperçut trois gros sous
– Ah! mon bon
Monsieur, la carita! la carita!… – catarina! Un petit sou pour avoir du pain
Un jeune ramoneur dont la figure bouffie était noire, le corps brun de suie, les vêtemens déguenillés, tendit la main à cet homme pour lui arracher ses derniers sous. À deux 69pas du petit
Savoyard, un vieux pauvre honteux, maladif, souffreteux, ignoblement vêtu d’une tapisserie trouée, lui dit d’une grosse voix sourde:
– Monsieur, donnez-moi ce que vous voulez, je prierai Dieu pour vous…
Mais quand l’homme jeune eut regardé le vieillard, celui-ci se tut
, et ne demanda plus rien, reconnaissant peut-être, sur ce visage funèbre, la livrée d’une misère plus âpre que la sienne.
La carita! la carita!

L’inconnu jeta sa monnaie à l’enfant et au vieux pauvre, en quittant le trottoir pour aller vers les maisons

Il
ne pouvait plus supporter le poignant aspect de la Seine.
– Nous prierons Dieu pour la conservation de vos jours
!… lui dirent les deux mendians.
En arrivant à l’étalage d’un marchand d’es70tampes, cet homme presque mort rencontra une jeune femme
. Elle descendit de son brillant équipage, et sale dessina les fins contours. Alors il contempla délicieusement cette charmante personne dont la belle figure était bien encadrée dans le satin d’un élégant chapeau… Puis, il fut séduit par une taille svelte, par de jolis mouvemens. La jeune femme entra dans le magasin, y marchanda des album, des collections de lithographies… Elle en acheta pour plusieurs pièces d’or qui étincelèrent en sonnant sur le comptoir
Le jeune homme, en apparence occupé sur le seuil de la porte à regarder des gravures exposées dans la montre, échangea vivement avec la belle inconnue l’œillade la plus perçante que puisse lancer un homme, contre un de ces coups d’œil insoucians jetés au hasard sur les passans Et c’était, de sa part, un 71adieu à l’amour, à la femme! Cette dernière et puissante interrogation ne fut même pas comprise, ne remua pas ce cœur de femme frivole, ne la fit pas rougir, ne lui fit pas baisser les yeux Qu’était-ce pour elle?… Une admiration de plus, un désir excité dont elle triompherait, le soir, en disant: – J’étais bien aujourd’hui.
Le jeune homme passa promptement à un autre cadre et ne se retourna point quand l’inconnue remonta dans sa voiture. Les chevaux partirent avec une vitesse aristocratique… Et cette dernière image du luxe, de l’élégance, flamba devant lui, rapide comme sa vie.
Alors il marcha
d’un pas mélancolique le long des magasins, en examinant, sans beaucoup d’intérêt, tout ce qui s’y trouvait étalé… Puis, quand les boutiques lui manquèrent, il contempla le Louvre, l’Institut, les tours de Notre-Dame, celles du Palais, le Pont-des-72Arts. Ces monumens paraissaient prendre une physionomie triste en reflétant les teintes grises du ciel dont les rares clartés prêtaient un air menaçant à Paris, qui, pareil à une jolie femme, est soumis à d’inexplicables caprices de laideur et de beauté. Ainsi, la nature elle-même conspirait à le plonger dans une extase douloureuse.
En proie à cette puissance malfaisante dont nous éprouvons tous, en certains jours de notre vie, l’action dissolvante, il sentait son organisme arriver insensiblement aux phénomènes de la fluidité. Les
tourmentes de cette agonie lui imprimaient un mouvement semblable à celui des vagues, et lui faisaient voir les bâtimens, les hommes à travers un brouillard, où tout ondoyait. Voulant se soustraire aux titillations morales que produisaient, sur son âme, les réactions de la nature physique, il se dirigea vers un magasin d’antiquités dans l’intention de donner 73une pâture à ses sens et d’y attendre la nuit en marchandant des objets d’art. C’était, pour ainsi dire, quêter du courage et demander un cordial, comme les criminels qui se défient de leurs forces en allant à l’échafaud.

75IV.

La conscience de sa prochaine mort rendit, pour un moment, au jeune homme toute l’assurance d’une duchesse qui a deux amans. Aussi entra-t-il chez le marchand de curiosités d’un air dégagé, laissant voir sur ses lèvres un sourire fixe comme celui d’un ivrogne. N’était-il pas ivre de la vie, ou peut-être 76de la mort
? Donc, l’inconnu retomba bientôt dans ses vertiges et continua d’apercevoir les choses sous d’étranges couleurs, ou animées d’un léger mouvement dont le principe était sans doute dans une irrégulière circulation de son sang, tantôt bouillonnant, tantôt tranquille et fade comme de l’eau tiède
Il demanda simplement à visiter les magasins, pour chercher s’ils ne renfermeraient pas quelques singularités à sa convenance.
Alors, un jeune garçon à figure fraîche et joufflue, à chevelure rousse, et coiffé d’une casquette de loutre, commit la garde de la boutique à une vieille paysanne, espèce de Caliban femelle, occupée à nettoyer un poêle dont les merveilles étaient dues au génie de Bernard de Palissy. Puis, il dit à l’étranger d’un air insouciant:
– Voyez, Monsieur, voyez! Nous n’avons en bas que des choses assez ordinaires; 77mais si vous voulez prendre la peine de monter au premier étage, je pourrai vous montrer de fort belles momies du Caire, plusieurs poteries incrustées, quelques ébènes sculptés, vraie renaissance, récemment arrivés et qui sont de toute beauté…
Dans l’horrible situation où se trouvait l’inconnu, ce babil de cicérone, ces phrases sottement mercantiles furent, pour lui, comme les taquineries mesquines par lesquelles
les esprits étroits assassinent un homme de génie Portant sa croix jusqu’au dernier pas, il parut écouter son conducteur, et lui répondit par gestes ou par monosyllabes.
Mais, insensiblement, il sut conquérir le droit d’être silencieux, et put se livrer, sans crainte, à ses dernières méditations. Elles furent gigantesques, terribles. Il était poëte, et son âme rencontra, par hasard, une immense pâture: il devait voir, par avance, les ossemens de vingt mondes.
78Au premier coup d’œil
les magasins lui offrirent un tableau confus, dans lequel toutes les œuvres humaines se heurtaient. Des crocodiles, des singes, des boas empaillés souriaient à des vitraux d’église, semblaient vouloir mordre des bustes, courir après des laques, grimper sur des lustres
Un vase de Sèvres où madame Jacquotot avait peint Napoléon, se trouvait auprès d’un sphynx dédié à Sésostris Le commencement du monde et les événemens d’hier se mariaient avec une grotesque bonhomie. Un tournebroche était posé sur un ostensoir, un sabre républicain sur une hacquebute du moyen âge.
Madame Dubarry, peinte au pastel par Latour, une étoile sur la tête, nue et dans un nuage, paraissait contempler avec concupiscence une chibouque indienne, en cherchant à deviner l’utilité des spirales qui serpentaient vers elle.
Les instrumens de mort: poignards, pisto79lets curieux, armes à secret, étaient jetés pêle-mêle avec des instrumens de vie: soupières en porcelaine, assiettes de Saxe, tasses orientales venues de Chine, salières antiques, drageoirs féodaux. Un vaisseau d’ivoire voguait à pleines voiles sur le dos d’une immobile tortue Une machine pneumatique éborgnait l’empereur Auguste, qui ne s’en fâchait pas.
Plusieurs portraits d’échevins français, de bourguemestres hollandais, insensibles, comme pendant leur vie, s’élevaient au dessus de ce chaos d’antiquités, en y lançant un regard pâle et froid.
Tous les pays de la terre semblaient avoir apporté là un débris de leurs sciences, un échantillon de leurs arts. C’était une espèce de fumier philosophique auquel rien ne manquait, ni le calumet du sauvage, ni la pantoufle vert et or du sérail, ni le yatagant du Maure, ni l’idole des Tartares. Il y avait jusqu’à la blague à tabac du soldat, jusqu’au 80ciboire aux hosties du prêtre, jusqu’aux plumes d’un trône. Ces monstrueux tableaux étaient encore assujettis à mille accidens de lumière, par la bizarrerie d’une multitude de reflets dus à la confusion des nuances, à la brusque opposition des jours et des ténèbres. L’oreille croyait entendre des cris interrompus; l’esprit, saisir des drames inachevés; l’œil, apercevoir des lueurs mal étouffées.
Enfin
une poussière obstinée avait jeté son voile chatoyant sur tous ces objets dont les angles multipliés et les sinuosités nombreuses produisaient les effets les plus pittoresques.
L’inconnu compara d’abord ces trois salles gorgées de civilisation, de cultes, de divinités, de chefs-d’œuvre, de royautés, de débauches, de raison et de folie, à un miroir plein de facettes dont chacune représentait un monde.

Après cette impression brumeuse, il vou81lut choisir ses jouissances; mais à force de regarder, de penser, de rêver, il se mit sous la puissance d’une fièvre due peut-être à la faim qui rugissait dans ses entrailles.
La vue de tant d’existences nationales ou individuelles, attestées par ces gages humains qui leur survivaient, acheva d’engourdir les sens du jeune homme. Le désir qui l’avait poussé dans le magasin fut exaucé. Il sortit de la vie réelle, monta par degrés vers un monde idéal, et tomba dans une indéfinissable extase.
L
’univers lui apparut par bribes et en traits de feu, comme l’avenir passa jadis flamboyant aux yeux de saint Jean dans Pathmos.
Une multitude de figures endolories, gracieuses, terribles, lucides, lointaines, rapprochées, se leva par masses, par myriades, par générations

L’Égypte, raide, mystérieuse, se dressa de ses sables, représentée par une momie qu’en82veloppaient des bandelettes noires. Les pharaons, ensevelissant des générations pour construire une tombe Moïse, les Hébreux, le désert… Il entrevit tout un monde antique et solennel.
Fraîche et suave, une statue de marbre, assise sur une colonne torse et rayonnant de blancheur, lui parla des mythes voluptueux de la Grèce et de l’Ionie
Et
, qui n’aurait souri, comme lui, de voir sur un fond brun la jeune fille rouge dansant dans la fine argile d’un vase étrusque devant le dieu Priape et le saluant d’un air joyeux Puis en regard, une reine latine caressait sa Chimère avec amour… Les caprices de la Rome impériale respiraient là, tout entiers, et révélaient le bain, la couche, la toilette d’une Julie indolente, songeuse, attendant son Tibulle.
Puis, armée
du pouvoir des talismans arabes, la tête de Cicéron évoquait les souvenirs 83de la Rome libre et déroulait les pages de Tite-Live: le jeune homme contemplait Senatus Populus Que Romanus.. Alors, le consul, ses licteurs, les toges bordées de pourpre, les luttes du Forum, le peuple courroucé défilaient lentement devant lui comme les vaporeuses figures d’un rêve
Enfin, la Rome chrétienne dominait ces images. Une peinture ouvrait les cieux. Il voyait la vierge Marie plongée dans un nuage d’or, au sein des anges, éclipsant la gloire du soleil, écoutant les plaintes des malheureux; et cette suprême consolatrice lui souriait d’un air doux.
Mais, en touchant une mosaïque faite avec les différentes laves du Vésuve et de l’Etna, son âme s’élançait dans la chaude et fauve Italie! Il assistait aux orgies de Borgia, courait dans les Abruzzes, aspirait aux amours italiennes, se passionnait pour les blancs visages aux longs yeux noirs
84Il frémissait des dénouemens nocturnes interrompus par la froide épée d’un mari, en apercevant une dague du moyen âge dont la poignée était travaillée comme l’est une dentelle, et dont la rouille ressemblait à des taches de sang
L’Inde et ses religions revivaient dans un magot chinois coiffé de son chapeau pointu à losanges relevées, paré de clochettes et vêtu d’or et de soie Près du magot, une natte, jolie comme la bayadère qui s’y était roulée, exhalait encore le sandal Un monstre du Japon, dont les yeux restaient tordus, la bouche contournée, les membres torturés, réveillait l’âme par les inventions d’un peuple qui, fatigué du beau, toujours unitaire, trouve d’ineffables plaisirs dans la fécondité des laideurs
Une salière sortie des ateliers de Benvenuto Cellini le reportait au sein de la cour de France, au temps où les arts et la licence fleurirent, où les souverains se divertissaient 85à des supplices, où les conciles couchés dans les bras des courtisanes, décrétaient la chasteté pour les simples prêtres
Il vit les conquêtes d’Alexandre sur un camée; les massacres de Pizarre dans une arquebuse à mèche; les guerres de religion échevelées, cruelles, bouillantes, au fond d’un casque; puis, les riantes images de la chevalerie sourdirent d’une armure de Milan supérieurement damasquinée, bien fourbie, et sous la visière de laquelle brillaient encore les yeux d’un paladin
Cet océan de meubles, d’inventions, de modes, d’œuvres, de ruines
, lui composait un poëme sans fin. Formes, couleurs, pensées, tout revivait là; mais rien de complet ne s’offrait à l’âme. Le poëte devait achever les croquis du grand peintre qui avait fait cette immense palette, où les innombrables accidens de la vie humaine étaient jetés à profusion, avec dédain.
86Après s’être emparé du monde, après avoir contemplé des pays, des âges, des règnes, le jeune homme revint à des existences individuelles; il se repersonnifia, s’emparant des détails et repoussant la vie des nations comme trop accablante pour un seul homme
Là, dormait un enfant en cire
provenant du cabinet de Ruysch, et cette ravissante créature lui rappelait toutes les joies délicieuses de sa jeunesse…
Au prestigieux aspect du pagne virginal de quelque jeune fille d’Otahiti, sa brûlante imagination lui peignait la vie simple de la nature, la chaste nudité de la vraie pudeur, les délices de la paresse si naturelle à l’homme, toute une destinée calme au bord d’un ruisseau frais et rêveur, sous un bananier, qui, sans culture, dispensait une manne savoureuse.
Mais tout à coup il devenait corsaire, et revêtait la terrible poésie empreinte dans le 87rôle de Lara, vivement inspiré par les couleurs nacrées de mille coquillages, exalté par la vue de quelques madrépores qui sentaient le varech, les algues et les ouragans atlantiques.

Admirant plus loin les délicates mignatures, les arabesques d’azur et d’or, dont quelque missel, manuscrit précieux, était enrichi, il oubliait les tumultes de la mer. Mollement balancé par une pensée de paix, il épousait de nouveau l’étude et la science, souhaitait la grasse vie des moines, exempte de chagrins, exempte de plaisirs; et se couchait au fond d’une cellule, contemplant, de sa fenêtre ogive, les prairies, les bois, les vignobles de son monastère.
Devant quelques Teniers, il endossait la casaque d’un soldat, la misère d’un ouvrier, ou le bonnet sale et enfumé des Flamands, s’enivrant de bière, jouant aux cartes avec 88eux, souriant à une grosse paysanne fraîche, et d’un attrayant embonpoint
Il grelottait, en voyant une tombée de neige de Mieris; se battait, en regardant un combat de Salvator-Rosa; puis, en caressant un tomhawk d’Illinois, il sentait le scalpel d’un Chérokée qui lui enlevait la peau du crâne Enfin, émerveillé à l’aspect d’un rebec, il le confiait à la main d’une châtelaine, dont il écoutait la romance mélodieuse, en lui déclarant son amour, le soir, auprès d’une cheminée gothique, dans l’ombre, où se perdait un regard de contentement.
Il s’accrochait à toutes les joies, saisissait toutes les douleurs, s’emparait de toutes les formules d’existence; éparpillant si généreusement sa vie et ses sentimens sur les simulacres de cette nature plastique et vide, que le bruit de ses pas retentissait dans son âme comme le son lointain d’un autre monde, comme la rumeur de Paris sur les tours de Notre-Dame.
89En montant l’escalier intérieur qui conduisait aux salles situées au premier étage, il vit des boucliers votifs, des panoplies, des tabernacles sculptés, des figures en bois accrochées aux murs, posées sur chaque marche
…. Il était poursuivi par les formes les plus étranges, par des créations merveilleuses, assises sur les frontières de la mort et de la vie. Il marchait dans les enchantemens d’un songe; et, doutant de son existence, il était, comme ces objets curieux, ni tout-à-fait mort, ni tout-à-fait vivant.
Quand il entra dans les nouveaux magasins, le jour commençait à pâlir; mais la lumière semblait inutile aux richesses resplendissantes d’or et d’argent qui s’y trouvaient entassées.
Les plus coûteux caprices de dissipateurs morts sous des mansardes après avoir possédé plusieurs millions, étaient dans ce vaste bazar des folies humaines. Une écritoire payée 90jadis cent mille francs, et rachetée pour cent sous, gisait auprès d’une serrure à secret dont le prix de fabrication aurait suffi à la rançon d’un roi.
Là, le génie humain apparaissait dans toutes les pompes de sa misère, dans toute la gloire de ses petitesses gigantesques. Une table d’ébène, véritable idole d’artiste, sculptée d’après les dessins de Jean Goujon, et qui coûta jadis plusieurs années de travail, avait été peut-être acquise au prix du bois à brûler Des coffrets précieux, des meubles faits par la main des fées, y étaient dédaigneusement entassés.
– Il y a des millions ici
!… s’écria le jeune homme en arrivant à la pièce qui terminait une immense enfilade d’appartemens dorés et sculptés par des artistes du siècle dernier.
– Dites des milliards
!… reprit le gros garçon joufflu Mais ce n’est rien encore!… Montez au troisième étage, et vous verrez!
91L’inconnu
, suivant son conducteur, parvint à une quatrième galerie, où successivement passèrent, devant ses yeux fatigués, plusieurs tableaux du Poussin; une sublime statue de Michel-Ange; quelques ravissans paysages de Claude Lorrain; un Gérard Dow, qui ressemblait à une page de Sterne; et des Rembrandt, des Murillo, sombres et colorés comme un poëme de lord Byron; puis, des bas-reliefs antiques, des coupes d’agates, des onyx merveilleux; enfin, c’étaient des travaux à dégoûter du travail, des chefs-d’œuvre accumulés à faire prendre en haine les arts et à tuer l’enthousiasme.
Il arriva devant une vierge de Raphaël; mais il était las de Raphaël.
Une figure du Corrège qui voulait un regard, ne l’obtint même pas Un vase inestimable, en porphyre antique, et dont les sculptures circulaires représentaient, de toutes les priapées romaines, la plus grotesquement 92licencieuse, délices de quelque Corinne, eut à peine un sourire.
Il étouffait sous les débris de cinquante siècles évanouis; il était malade de toutes ces pensées humaines; assassiné par le luxe et les arts; oppressé sous ces formes renaissantes qui, pareilles à des monstres enfantés sous ses pieds par quelque malin génie, lui livraient un combat sans fin.

Semblable, en ses caprices, à la chimie moderne qui résume la création par un sel; l’âme humaine, puissante Locuste, se compose des poisons terribles par la concentration de ses jouissances, de ses forces ou de ses idées; et, beaucoup d’hommes périssent ainsi, victimes de quelque acide moral qu’ils se sont eux-mêmes distillé sur le cœur.
– Que contient cette boîte
?… demanda-t-il en arrivant à un grand cabinet, dernier monceau de gloire, d’efforts humains, d’originalités, de richesses.
93Et il montra du doigt une grande caisse carrée, construite en acajou, suspendue à un clou par une chaîne d’argent.
– Ah! monsieur en a la clef
, dit le gros garçon avec un air de mystère Si vous désirez voir ce portrait, je me hasarderai volontiers à le prévenir…
– Vous hasarder!
reprit le jeune homme. Votre maître est-il un prince?
– Mais
….. je ne sais pas….. répondit le garçon.
Ils se regardèrent pendant un moment aussi étonnés l’un que l’autre.

Interprétant
le silence de l’inconnu comme un souhait, son guide le laissa seul dans le cabinet…..

95V.

Vous êtes-vous jamais lancé dans l’immensité de l’espace
, en lisant les œuvres géologiques de M. Cuvier? Avez-vous jamais ainsi plané sur l’abîme sans bornes du passé, comme soutenu par la main d’un enchanteur?
En découvrant de tranche en tranche, de couche en couche, sous les carrières de Mont96martre ou dans les schistes de l’Oural, ces animaux dont les dépouilles fossilisées appartiennent à des civilisations antédiluviennes, l’âme est effrayée d’entrevoir des milliards d’années, des millions de peuples dont la faible mémoire humaine, dont l’indestructible tradition divine n’ont pas tenu compte, et dont la cendre, poussée à la surface de notre globe, y forme les deux pieds de terre qui nous donnent du pain et des fleurs.
M.
Cuvier n’est-il pas le plus grand poëte de notre siècle? Lord Byron a bien reproduit, par des mots, quelques agitations morales; mais notre immortel naturaliste a reconstruit des mondes avec des os blanchis, a rebâti, comme Cadmus, des cités avec des dents, a repeuplé mille forêts de tous les mystères de la zoologie avec quelques fragmens de houille, a retrouvé des populations de géans dans le pied d’un mammouth….. Ces figures se dressent, grandissent et meublent 97les anciens jours évanouis. Il est poëte avec des chiffres, sublime en posant un zéro près d’un sept. Il réveille le néant sans prononcer des paroles grandement magiques. Il fouille une parcelle de gypse, y aperçoit une empreinte, et vous crie:
– Voyez!
Alors il déroule
des mondes, animalise les marbres, vivifie la mort, et fait arriver ce genre humian, si bruyamment insolent, après d’innombrables dynasties de créatures gigantesques, après des races de poissons et des familles mollusques…..
Et c’est vous qu’il institue poëtes!… vous,
hommes chétifs, nés d’hier; mais dont le regard retrospectif peut composer des poëmes sans limites, espèces d’Apocalypses rétrogrades.
Alors, en présence de cette épouvantable résurrection due à la voix d’un seul homme, la miette dont nous sommes usufruitiers dans 98cet infini sans nom, commun à toutes les sphères, et que nous avons nommé LE TEMPS, cette minute de vie nous fait pitié. Alors, nous nous demandons, écrasés que nous sommes sous tant d’univers inconnus et en ruines, à quoi bon nos gloires, nos haines, nos amours? Et si, pour devenir un point intangible dans l’avenir, la peine de vivre doit s’accepter? Déracinés du présent, nous sommes morts jusqu’à ce que notre valet de chambre entre et vienne nous dire:
– Monsieur,
Madame la comtesse a répondu qu’elle vous attendrait ce soir…
Les merveilles dont l’aspect venait de présenter au jeune homme toute la création connue, mirent dans son âme l’abattement que produit chez le philosophe la vue scientifique des créations inconnues.

Souhaitant
plus vivement que jamais de mourir, il tomba sur une chaise curule, en laissant errer ses regards à travers les fantas99magories de ce panorama du passé. Alors, les tableaux s’illuminèrent, les têtes de vierge lui sourirent, et les statues se colorèrent d’une vie trompeuse. À la faveur de l’ombre, et mises en danse par la fiévreuse tourmente qui fermentait dans son cerveau brisé, toutes ces œuvres s’agitèrent et tourbillonnèrent devant lui. Chaque magot lui jeta sa grimace. Les yeux des personnages représentés dans les tableaux, remuèrent en pétillant. Chacune de ces formes frémit, sautilla, se détacha de sa place, gravement, légèrement, avec grâce ou brusquerie selon ses mœurs, son caractère et sa contexture. Ce fut un mystérieux sabbat digne des fantaisies entrevues par le docteur Faust sur le Brocken.
Mais, ces phénomènes d’optique enfantés, soit par la fatigue ou par la tension des forces oculaires, soit par les caprices du crépuscule, ne pouvaient effrayer l’inconnu. Les terreurs de la vie étaient impuissantes sur une 100âme familiarisée avec les terreurs de la mort. Il favorisa même, par une sorte de complicité railleuse, les bizarreries de ce galvanisme moral, dont les prodiges s’accouplaient aux dernières pensées à la faveur desquelles il évoquait sa triste existence
Le silence régnait si profondément autour de lui, que bientôt, il s’aventura dans une douce rêverie, dont les impressions, graduellement noires, suivirent, de nuance en nuance et comme par magie, les lentes dégradations de la lumière.
Une lueur prête à quitter le ciel ayant fait reluire un dernier reflet rouge en luttant contre la nuit, il leva la tête et vit un squelette à peine éclairé qui, le montrant du doigt, pencha dubitativement le crâne de droite à gauche, comme pour lui dire:
– Les morts ne veulent pas encore de toi!
En passant la main sur son front, pour chasser le sommeil, le jeune homme sentit 101distinctement un vent frais produit par je ne sais quoi de velu qui lui effleura les joues Il frissonna. Mais, les vitres ayant retenti d’un claquement sourd, il pensa que cette caresse froide et digne des mystères de la tombe lui avait été faite par quelque chauve-souris.
Pendant un moment encore, les vagues reflets du couchant lui permirent d’apercevoir indistinctement les fantômes dont il était entouré. Puis, toute cette nature morte s’abolit dans une même teinte noire.
La nuit, l’heure de mourir étaient subitement venues
Il se passa
, dès ce moment, un certain laps de temps, pendant lequel il n’eut aucune perception claire des choses terrestres, soit qu’il se fût enseveli dans une rêverie plus profonde, soit qu’il eût cédé à la somnolence provoquée par ses fatigues et par la multitude des pensées qui lui déchiraient le cœur.
Mais, tout
à coup, il crut avoir été appelé 102par une voix terrible et tressaillit comme lorsque nous sommes précipités dans un abîme au gré de quelque. Il ferma les yeux, les rayons d’une vive lumière l’éblouissaient.
Il vit briller au sein des ténèbres une sphère rougeâtre dont le centre était occupé par un petit vieillard qui se tenait debout et dirigeait sur son visage la clarté d’une lampe. Il ne l’avait entendu ni venir, ni parler, ni se mouvoir….
Cette apparition eut quelque chose de magique. L’homme le plus intrépide, surpris ainsi dans son sommeil, aurait sans doute tremblé devant ce personnage extraordinaire qui semblait être sorti d’un sarcophage voisin.
La singulière jeunesse qui animait les yeux immobiles de cette espèce de fantôme empêchait l’inconnu de croire à des effets surnaturels. Néanmoins, pendant le rapide intervalle 103qui sépara sa vie somnambulique de sa vie réelle, il demeura dans le doute philosophique recommandé par Descartes, et fut alors, malgré lui, sous la puissance de ces inexplicables hallucinations, dont notre fierté repousse les mystères ou que notre science impuissante tâche en vain d’analyser

105VI.

Figurez-vous un petit vieillard sec et maigre, vêtu d’une robe en velours noir, serrée autour de ses reins par un gros cordon de soie.
Sa tête était couverte d’une calotte en velours également noir, qui laissait passer, de chaque côté de la figure, les longues mèches de ses cheveux blancs. La robe ensevelissant 106le corps comme dans un vaste linceul, et la coiffure étant appliquée, ne permettaient de voir qu’une étroite figure pâle. Sans le bras décharné, qui ressemblait à un bâton sur lequel on aurait posé une étoffe, et que le vieillard tenait en l’air pour faire porter sur le jeune homme toute la clarté de la lampe, ce visage aurait paru suspendu dans les airs. Une barbe grise et taillée en pointe cachait le menton de cet être bizarre, et lui donnait l’apparence de ces têtes judaïques qui servent de types aux artistes quand ils veulent représenter Moïse.
Les lèvres de cet homme étaient si décolorées, si minces qu’il fallait une attention particulière pour deviner la ligne tracée par sa bouche dans ce blanc visage. Son large front ridé, ses joues blêmes et creuses, la rigueur implacable de ses petits yeux verts, dénués de cils et de sourcils, pouvaient faire croire à 107l’inconnu que le peseur d’or de Gérard Dow était sorti de son cadre Une finesse incroyable, trahie par les sinuosités de ses rides, par les plis circulaires dessinés sur ses tempes, accusait une science profonde des choses de la vie.
Il paraissait
impossible de tromper cet homme qui semblait avoir le don de surprendre les pensées au fond des cœurs les plus discrets. Les mœurs de toutes les nations du globe et leurs sagesses, se résumaient sur sa face froide, comme les productions du monde entier se trouvaient accumulées dans ses magasins poudreux. Vous y lisiez une incroyable conscience de force et la tranquillité lucide d’un Dieu qui voit tout, ou d’un homme qui a tout vu. Un peintre aurait, avec deux expressions différentes et en deux coups de pinceau, fait de cette figure, soit une belle image du Père Éternel, soit le masque ricaneur de Méphistophélès: il y avait tout en108semble une suprême puissance dans le front et de sinistres railleries sur la bouche.
En broyant les chagrins et les peines humaines sous un pouvoir immense, cet homme devait avoir tué les joies terrestres. L’on frémissait en pressentant que ce vieux génie habitait une sphère étrangère au monde et où il vivait seul, sans jouissances, parce qu’il n’avait plus d’illusions; sans douleur, parce qu’il ne connaissait plus de plaisirs.
Il se tenait debout, immobile, inébranlable comme une étoile au milieu d’un nuage de lumière Ses yeux verts, pleins de je ne sais quelle malice calme, semblaient éclairer le monde moral comme sa lampe illuminait ce cabinet mystérieux
Tel fut le spectacle étrange qui surprit le jeune homme au moment où il ouvrit les yeux, après avoir été bercé par des pensées de mort et de fantasques images.

S’il demeura comme étourdi, s’il se laissa 109momentanément dominer par une croyance digne d’enfans qui écoutent les contes de leur nourrice, il faut attribuer cette erreur au voile étendu sur sa vie et sur son entendement par ses méditations, à l’agacement de ses nerfs irrités, au drame violent dont les scènes venaient de lui prodiguer les atroces délices contenues dans un morceau d’opium
Cette vision avait lieu dans Paris, sur le quai Voltaire, au dix-neuvième siècle, temps et lieux où la magie devait être impossible….
Voisin de la maison où le dieu de l’incrédulité française avait expiré, disciple de Gay-Lussac et d’Arago, contempteur des tours de gobelets, l’inconnu n’obéissait sans doute qu’aux fascinations poétiques dont il avait accepté les prestiges et auxquelles nous nous prêtons souvent comme pour fuir de désespérantes vérités, comme pour tenter la puissance de Dieu
Il trembla donc devant cette lumière et ce 110vieillard, agité par l’inexplicable pressentiment de quelque pouvoir étrange. Mais cette émotion précordiale était semblable à celle que nous avons tous éprouvée devant Napoléon, ou en présence de quelque grand homme et brillant de génie.

111VII.

– Monsieur désire voir le portrait de Jésus-Christ peint par Raphaël?
lui dit courtoisement le vieillard d’une voix dont la sonorité claire et brève avait quelque chose de métallique.
Et il posa la lampe sur le fût d’une colonne brisée, de manière à ce que la boîte brune en reçût toute la clarté.
112Aux noms religieux de Jésus-Christ et de Raphaël,
un geste de curiosité, sans doute attendu par le vieillard,. Le marchand d’antiquités fit jouer un ressort: tout à coup, le panneau d’acajou, glissant dans une rainure, tomba sans bruit et livra la peinture à l’admiration de l’inconnu.
À l’aspect de cette immortelle création, il oublia tout, les fantaisies du magasin et les caprices de son sommeil. Il redevint homme, reconnut dans le vieillard une créature de chair, bien vivante, nullement fantasmagorique, et revécut dans le monde réel.
La tendre sollicitude, la
sérénité douce du visage divin influèrent aussitôt sur lui. Quelque parfum épanché des cieux dissipa les tortures infernales qui lui brûlaient la moelle des os. La tête du Sauveur des hommes paraissait sortir des ténèbres que figurait un fond noir Une auréole de rayons étincelait 113vivement autour de sa chevelure d’où cette lumière voulait sortir. Sous le front, sous les chairs, il y avait une éloquente conviction qui s’échappait de chaque trait par de pénétrantes effluves Les lèvres vermeilles venaient de faire entendre la parole de vie, et le spectateur en cherchait le retentissement sacré dans les airs, il en demandait les ravissantes paraboles au silence, il l’écoutait dans l’avenir, la retrouvait dans les enseignemens du passé… Enfin l’Évangile entier était traduit par la simplicité calme de ces adorables yeux où se réfugiaient les âmes troublées; sa religion se lisait en un magnifique et suave sourire qui semblait la contenir toute, en exprimant ce précepte où elle se résume:
Aimez-vous les uns les autres!
Cette peinture inspirait une prière, commandait le pardon, tuait l’égoïsme, réveillait toutes les vertus endormies… Le triomphe de Raphaël était complet. On 114Partageant le privilége des enchantemens de la musique, son œuvre vous jetait sous le charme impérieux des souvenirs Le prestige de la lumière agissait encore sur cette merveille. Par momens, il semblait que la tête s’élevât dans le lointain, au sein de quelque nuage.
– J’ai couvert cette toile de pièces d’or
!… dit froidement le marchand.
– Eh bien! il va falloir mourir
!… s’écria le jeune homme qui sortait d’une rêverie dont la dernière pensée l’avait ramené vers sa fatale destinée, en le faisant descendre, par d’insensibles déductions, d’une dernière espérance à laquelle il s’était attaché
– Ah! ah! j’avais donc raison de me méfier de toi
!… répondit le vieillard en saisissant les deux mains du jeune homme et les serrant par les poignets dans l’une des siennes comme dans un étau de fer.
115L’inconnu sourit tristement de cette méprise, et dit d’une voix douce:

– Hé, Monsieur, ne craignez rien! Il s’agit de ma vie et non de la vôtre
– Pourquoi n’avouerai-je pas une innocente supercherie? reprit-il après avoir regardé le vieillard inquiet En attendant la nuit afin de pouvoir me noyer sans esclandre, je suis venu voir vos richesses. Qui ne pardonnerait ce dernier plaisir à un homme de science et de poésie?
Le soupçonneux vieillard
examinait d’un œil sagace le visage morne de son faux chaland pendant qu’il parlait; et, rassuré par l’accent de cette voix douloureuse, ou lisant peut-être, dans ces traits décolorés, les sinistres destinées dont avaient naguère frémi les joueurs, il lâcha les mains qu’il tenait si vigoureusement. Mais, par un reste de suspicion qui révélait une expérience au moins centenaire, il étendit nonchalamment le bras 116vers un buffet comme pour s’appuyer, et dit en y prenant un stylet:
– Êtes-vous depuis trois ans surnuméraire au trésor, sans y avoir touché de gratification?
L’inconnu ne put s’empêcher de sourire en faisant un geste négatif.
– Votre père vous a-t-il trop vivement reproché d’être venu au monde?
ou bien êtes-vous déshonoré?
– Si je voulais me déshonorer
je vivrais.
– Avez-vous été sifflé aux Funambules?
ou vous trouvez-vous obligé de composer des flons flons pour payer le convoi de votre maîtresse?… n’auriez-vous pas plutôt la maladie de l’or?… voulez-vous détrôner l’ennui?… enfin quelle erreur vous engage à mourir?
– Ne cherchez pas le principe de ma mort dans les raisons vulgaires qui commandent la plupart des suicides
Pour me dispenser de vous dévoiler des souffrances inouïes et qu’il 117est difficile d’exprimer en langage humain, je vous dirai que je suis dans la plus profonde, la plus ignoble, la plus perçante de toutes les misères
– Et, ajouta-t-il d’un ton de voix dont la fierté sauvage démentait ses paroles précédentes, je ne veux mendier ni secours ni consolations
– Eh! eh!
… répondit le vieillard.
Ces deux syllabes ressemblèrent au cri d’une crecelle.
– Sans que je vous console, sans que vous m’imploriez, sans avoir à rougir, reprit le marchand, et sans que je vous donne:
Un
centime de France,
Un
parat du Levant,
Un
tarain de Sicile,
Un
heller d’Allemagne,
Une
seule des sersterces ou des oboles de l’ancien monde ni une piastre du nouveau;
118Sans vous donner
quoi que ce soit, en
Or,
Argent,
Billon,
Papier,
Billet,
Je
veux vous faire plus riche, plus puissant et plus considéré que ne peut l’être un roi constitutionnel… Eh! eh!…
Le jeune homme
croyant le vieillard en enfance.
– Retournez-vous
dit le marchand saisissant tout à coup la lampe pour en diriger la lumière sur le mur qui faisait face au portrait.
Puis, il ajouta:
– Regardez
cette Peau de Chagrin!

119VIII.

Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant
un phénomène assez extraordinaire.
Accroché sur le mur à un clou précisément
au-dessus du siége où il s’était assis, un morceau de chagrin, dont la dimension n’excé120dait pas celle d’une peau de renard, paraissait projeter des rayons lumineux… Au sein de la profonde obscurité qui régnait dans le magasin, vous eussiez dit d’une petite comète
Le jeune incrédule s’approcha de ce prétendu talisman, souverain contre le malheur, en s’en moquant par une phrase mentale; mais animé, cependant, d’une curiosité bien légitime, il se pencha pour le regarder alternativement sous toutes les faces. Alors, il découvrit bientôt une cause naturelle à cette lucidité singulière. Les grains noirs du chagrin étaient si soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités de ce cuir oriental simulaient autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière.
Il démontra mathématiquement la raison de ce phénomène au vieillard qui, pour toute réponse, sourit avec malice.
121Ce sourire de supériorité fit croire au jeune savant qu’il était dupe en ce moment de quelque charlatanisme; et, ne voulant pas emporter une énigme de plus dans la tombe, il retourna promptement la peau comme un enfant pressé de connaître les innocens secrets de quelque nouveau jouet.
– Ah! ah! s’écria-t-il, voici l’empreinte du sceau que les Orientaux nomment le cachet de Salomon

– Vous le connaissez donc?
demanda le marchand de curiosités, dont les narines laissèrent passer deux ou trois bouffées d’air qui peignirent plus d’idées que les plus énergiques paroles.
– Y a-t-il au monde un homme assez simple pour croire à
l’existence de cette chimère! s’écria le jeune homme piqué d’entendre ce rire muet et plein d’amères dérisions.
– Ne savez-vous pas, ajouta-t-il, que les superstitions de l’Orient ont consacré la forme 122mystique et les caractères mensongers de cet emblème qui représente une puissance fabuleuse?… Je ne dois pas, être plus taxé de niaiserie que si je parlais des Sphinx ou des Griffons, dont l’existence est en quelque sorte scientifique
– Puisque vous êtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-être lirez-vous cette sentence

Apportant alors
la lampe près du talisman que le jeune homme tenait à l’envers, il lui fit apercevoir des caractères incrustés dans le tissu cellulaire de cette peau merveilleuse, comme s’ils eussent été produits par l’animal auquel elle avait jadis appartenu.
– J’avoue, s’écria l’inconnu, que je ne devine guère le procédé dont on se sera servi pour graver si profondément ces lettres sur la peau d’un onagre

Et, se retournant avec vivacité vers les ta123bles chargées de curiosités, ses yeux
errans parurent y chercher quelque chose.
– Que voulez-vous
?… demanda le vieillard.
– Un instrument pour trancher le chagrin afin de voir si les lettres y sont empreintes ou incrustées

Le vieillard
lui présenta le stylet. Il le prit et tenta d’entamer la peau à l’endroit où les paroles se trouvaient écrites; mais quand il eut enlevé une légère couche du cuir, les lettres y reparurent si nettes et tellement conformes à celles qui étaient imprimées sur la surface, que, pendant un moment, il crut n’en avoir rien ôté.
– L’industrie du Levant a des secrets qui lui sont réellement particuliers
! dit-il en regardant la sentence orientale avec une sorte d’inquiétude.
– Oui
!… répondit le vieillard, il vaut mieux s’en prendre aux hommes qu’à Dieu!
124Les paroles mystérieuses étaient disposées de la manière suivante
:

SI TU ME POSSÈDES
TU POSSÉDERAS TOUT.
MAIS TA VIE M’APPARTIENDRA. DIEU L’A
VOULU AINSI. DÉSIRE, ET TES DÉSIRS
SERONT ACCOMPLIS. MAIS RÈGLE
TES SOUHAITS SUR TA VIE.
ELLE EST LA. À CHAQUE
VOULOIR JE DÉCROITRAI
COMME TES JOURS.
ME VEUX-TU?
PRENDS. DIEU
T’EXAUCERA.
– SOIT!

– Ah
! vous lisez couramment le sanscrit?.. dit le vieillard. Peut-être avez-vous voyagé dans le Bengale, en Perse?…
– Non, Monsieur, répondit le jeune homme en tâtant avec curiosité cette peau symbolique, assez semblable à une feuille de métal par son peu de flexibilité.
Le vieux marchand remit la lampe sur la 125colonne où il l’avait prise, en lançant au jeune homme un regard empreint d’une froide ironie qui semblait dire:

– Il ne pense déjà plus à mourir!….

127IX.

Est-ce une plaisanterie, est-ce un mystère?… demanda le jeune inconnu.
Le vieillard hocha la tête et dit gravement:

– Je ne saurais vous répondre. J’ai offert le terrible pouvoir dont ce talisman est investi, à des hommes doués de plus d’énergie que vous ne paraissez en avoir; mais tout 128en se moquant de la problématique influence qu’il devait exercer sur leurs destinées futures, aucun n’a voulu se risquer à signer ce contrat si fatalement proposé par je ne sais quelle puissance. Je pense comme eux: comme eux, j’ai douté, me suis abstenu, et…
– Et vous n’avez pas même essayé
?… dit le jeune homme.
– Essayer!
reprit le vieillard. Si vous étiez sur la colonne de la place Vendôme, essaieriez-vous de vous jeter dans les airs? Peut-on arrêter le cours de la vie? L’homme a-t-il jamais pu scinder la mort?
Avant d’entrer dans ce cabinet, vous aviez résolu de périr par un suicide… Mais, tout à coup, un secret vous occupe, et vous distrait de mourir!… Enfant! Chacun de vos jours ne vous offrira-t-il pas une énigme plus intéressante que ne l’est celle-ci?…
Écoutez-moi
J’ai vu la cour licencieuse du régent… Alors, 129comme vous, j’étais dans la misère: j’ai mendié mon pain. Néanmoins j’ai atteint l’âge de cent deux ans, et je suis devenu millionnaire Le malheur m’a donné la fortune, et l’ignorance m’a instruit.
Je vais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine.
L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort: VOULOIR et POUVOIR.
Entre ces deux termes de l’action humaine, il est une autre formule dont s’emparent les sages, et c’est à elle que je dois le bonheur et la longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi, le désir ou le vouloir est mort en moi, tué par la pensée; et le mouvement ou le pouvoir s’est résolu par le jeu naturel de mes or130ganes. En deux mots, j’ai placé ma vie, non dans le cœur qui se brise, non dans les sens qui s’émoussent, mais dans le cerveau qui ne s’use pas et survit à tout.
Aussi, rien
d’excessif n’a froissé ni mon âme ni mon corps. Cependant, j’ai vu le monde entier. Mes pieds ont foulé les plus hautes montagnes de l’Asie et de l’Amérique. J’ai appris tous les langages humains et j’ai vécu sous tous les régimes. J’ai prêté mon argent à un Chinois en prenant pour gage le corps de son père; j’ai dormi sous la tente de l’Arabe sur la foi de sa parole; j’ai signé des contrats dans les capitales européennes, et j’ai laissé mon or, sans crainte, dans le wigham des sauvages. J’ai tout obtenu parce que j’ai tout su dédaigner. Ma seule ambition a été de voir; car voir, c’est savoir! Oh! savoir, jeune homme, n’est-ce pas jouir intuitivement?
N’est-ce pas découvrir la substance même du fait et s’en emparer essentiellement? Que 131reste-t-il d’une possession matérielle?… Rien qu’une idée. Jugez alors combien doit être belle la vie d’un homme qui, pouvant empreindre toutes les réalités dans sa pensée, transporte en son âme les sources du bonheur, en extrait mille voluptés idéales, dépouillées des souillures terrestres. La pensée est la clef de tous les trésors. Elle procure les plaisirs de l’avare sans en donner les soucis… Ainsi, ai-je plané sur le monde, où mes plaisirs ont toujours été des jouissances intellectuelles. Mes débauches étaient la contemplation des mers, des peuples, des forêts, des montagnes! J’ai tout vu; mais sans fatigue, tranquillement: je n’ai jamais rien désiré, j’ai tout attendu. Je me suis promené dans l’univers comme dans le jardin d’une habitation qui m’appartenait
Ce que les hommes appellent chagrins, amours, ambition, revers, tristesse, sont pour moi des idées que je change en rêveries. Au lieu de les sentir, je les exprime, je les tra132duis; et, au lieu de leur laisser dévorer ma vie, je les dramatise, je les développe, je m’en amuse comme de romans que je lirais par une vision intérieure N’ayant point forcé mes organes, je jouis encore d’une santé robuste; et mon âme, ayant hérité de toute la force dont je n’abusais pas, cette tête est encore mieux meublée que mes magasins
– Là!….
dit-il en se frappant le front, là sont les millions. Je passe des journées délicieuses en jetant un regard intelligent dans le passé. J’évoque des pays entiers, des sites, des vues de l’Océan, des figures ravissantes! J’ai un sérail imaginaire où je possède toutes les femmes que je n’ai pas eues Je revois souvent vos guerres, vos révolutions… Je les juge!… Oh! comment préférer de fébriles, de légères admirations pour quelques chairs plus ou moins colorées, pour des formes plus ou moins rondes, comment préférer tous les désastres de vos volontés trompées, à la faculté 133sublime de faire comparaître en soi l’univers même, au plaisir immense de se mouvoir sans être garotté par les liens du temps et de l’espace, de tout embrasser, de tout voir, de se pencher sur le bord du monde pour interroger les autres sphères, pour écouter Dieu!
– Ceci!…..
dit-il d’une voix éclatante en montrant la peau de chagrin, est le pouvoir et le vouloir réunis!… Ce sont vos désirs excessifs, vos intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre!… Car le mal n’est peut-être qu’un violent plaisir. Qui sait à quel point la volupté devient un mal et celui où le mal est encore la volupté? Les plus vives lumières du monde idéal caressent la vue, tandis que les plus douces ténèbres du monde physique la blessent. Sagesse ne vient-elle pas de savoir? Et qu’est-ce que la folie?… sinon l’excès d’un vouloir ou d’un pouvoir….
– Eh bien, oui! je veux savoir
dit l’inconnu en saisissant la peau de chagrin.
134– Jeune homme
! s’écria le vieillard avec une incroyable vivacité.
– J’avais résolu ma vie par l’étude et
la pensée, mais elles ne m’ont pas nourri Je ne veux pas être la dupe d’une prédication digne de Swendenborg, et de votre amulette orientale, ou plutôt, Monsieur, des charitables efforts que vous faites pour me retenir dans un monde où mon existence est impossible.
– Voyons? ajouta-t-il en serrant le talisman d’une main convulsive et regardant le vieillard. Je veux un dîner royalement splendide, quelque bacchanale digne du siècle où tout s’est, dit-on, perfectionné!….. Que mes convives soient jeunes, spirituels et sans préjugés, joyeux jusqu’à la folie! Que les vins se succèdent toujours plus incisifs, plus pétillans et soient de force à nous enivrer pour trois jours. Que la nuit soit parée de femmes ardentes! Enfin, je veux voir la Débauche en 135délire, rugissante, et dans son char à quatre chevaux, qui nous emporte par delà les bornes du monde et nous verse en des plages inconnues….. Que les âmes montent dans les cieux ou se plongent dans la boue, je ne sais si, alors, elles s’élèvent ou s’abaissent… Peu m’importe! Mais je commande à ce pouvoir sinistre de me fondre toutes les joies dans une joie!… Oui, j’ai besoin d’embrasser les plaisirs du ciel et de la terre dans une dernière étreinte pour en mourir… Aussi, souhaité-je et des priapées antiques après boire, et des chants à réveiller les morts, et de triples baisers, des baisers sans fin, dont le bruit passe sur Paris comme un craquement d’incendie, y réveille les époux et leur inspire une ardeur cuisante qui rajeunisse même les septuagénaires!….
Un éclat de rire
, parti de la bouche du petit vieillard, retentit comme un bruissement de l’enfer
136Le jeune homme
interdit s’arrêta.
– Croyez-vous, dit le marchand, que mes planchers vont s’ouvrir tout à coup pour donner passage à des tables somptueusement servies, à des convives de l’autre monde?
Non, non, jeune étourdi Vous avez signé le pacte!…
Tout est dit.
Maintenant vos volontés seront scrupuleusement satisfaites; mais aux dépens de votre vie. Le cercle de vos jours, figuré par cette peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu’au plus exhorbitant!…
Le brachmane auquel je dois ce talisman m’a jadis expliqué qu’il s’opérerait un mystérieux accord entre les destinées et les souhaits du possesseur Votre premier désir est vulgaire, je pourrais le réaliser; j’en laisse le soin aux événemens de votre nouvelle vie… Après 137tout, vous vouliez mourir?… Hé bien! votre suicide n’est que retardé
L’inconnu, surpris et presque irrité de se voir toujours plaisanté par ce singulier vieillard dont l’intention demi-philantropique lui parut clairement démontrée dans cette dernière raillerie, s’écria:

– Je verrai bien, Monsieur, si ma fortune changera pendant le temps que je vais mettre à franchir la largeur du quai Mais si vous ne vous moquez pas d’un malheureux, je désire, pour me venger d’un si fatal présent, que vous tombiez amoureux d’une danseuse! Alors, vous comprendrez le bonheur d’une débauche, et deviendrez peut-être prodigue de tous les biens que vous avez si philosophiquement ménagés!
À ces mots, il
sourit sans entendre un grand soupir, poussé peut-être par le vieillard. Il traversa les salles, descendit les escaliers de cette maison, suivi par le gros garçon joufflu 138qui tâcha vainement de l’éclairer; il courait avec la prestesse d’un voleur pris en flagrant délit
Aveuglé par une sorte de délire, il ne s’aperçut même pas de l’incroyable ductilité de la peau de chagrin, qui, devenue souple comme un gant, se roula sous ses doigts frénétiques, et put entrer dans la poche de son habit, où il la mit presque machinalement.

139X.

En s’élançant de la porte du magasin sur la chaussée du quai, l’inconnu heurta trois jeunes gens qui se tenaient bras dessus bras dessous.
– Animal!

– Imbécile!

Telles furent les gracieuses interpellations qu’ils échangèrent.
140– Eh! c’est Raphaël
!…
– Ah bien! nous te cherchions
!…
– Quoi! c’est vous

Ces trois phrases amicales succédèrent à l’injure, aussitôt que la clarté d’un réverbère balancé par le vent frappa les visages de ce groupe étonné.
– Mon cher ami, dit à Raphaël le jeune homme qu’il avait failli renverser, tu vas venir avec nous

– De quoi s’agit-il donc?

– Viens
toujours, je te conterai l’affaire en marchant!…
Et de force ou de bonne volonté, Raphaël fut entouré de ses amis qui, l’ayant enchaîné par les bras dans leur joyeuse bande, l’entraînèrent vers le Pont-des-Arts.
– Mon cher, dit l’orateur en continuant, nous sommes à ta poursuite depuis une semaine environ
À ton respectable hôtel Saint-Quentin, dont nous avons, par parenthèse, 141admiré l’enseigne inamovible en lettres toujours alternativement noires et rouges comme au temps de J.-J. Rousseau; ta Léonarde nous a dit que tu étais parti pour la campagne au mois de juin. Cependant, nous n’avions certes pas l’air de gens à argent, huissiers, créanciers, gardes du commerce, etc N’importe! Rastignac t’ayant aperçu la veille aux Bouffons, nous avons repris courage, et mis de l’amour-propre à savoir si tu perchais sur les arbres des Champs-Élysées; si tu allais coucher pour deux sous dans ces maisons philantropiques où les mendians dorment appuyés sur des cordes tendues; ou si, enfin, plus heureux, ton bivouac n’était pas établi dans quelque boudoir
Nous ne t’avons rencontré nulle part, ni sur les écrous de Sainte-Pélagie, ni sur ceux de la Force! Les ministères, l’Opéra, les maisons conventuelles, cafés, bibliothèques, listes de préfets, bureaux de journalistes, res142taurans, foyers de théâtre, bref, tout ce qu’il y a dans Paris de bons et de mauvais endroits, ayant été savamment explorés, nous gémissions sur la perte d’un homme doué d’assez de génie pour se faire également chercher à la cour et dans les prisons Nous parlions de te canoniser comme un héros de juillet… et, nous te regrettions…
En ce moment, Raphaël passait avec ses amis sur le Pont-des-Arts, où, sans les écouter, il regardait la Seine
, dont les eaux mugissantes répétaient les lumières de Paris.
Au-dessus de ce fleuve dans lequel il voulait se précipiter naguère, les prédictions du vieillard étaient accomplies: l’heure de sa mort se trouvait fatalement retardée
– Et, nous te regrettions
… d’honneur!… dit son ami poursuivant toujours. Il s’agit d’une combinaison dans laquelle nous te comprenions en ta qualité d’homme supérieur, 143c’est-à-dire d’homme qui sait se mettre au dessus de tout.
L’escamotage de la muscade constitutionnelle sous le gobelet royal se fait aujourd’hui, mon cher, plus gravement que jamais. L’infâme Monarchie renversée par l’héroïsme populaire était une femme de mauvaise vie avec laquelle on pouvait rire et banqueter; mais la Patrie est une épouse acariâtre et vertueuse, dont il nous faut accepter, bon gré, mal gré, les caresses compassées Or donc, le pouvoir s’est transporté, comme tu sais, des Tuileries chez les journalistes, de même que le budget a changé de quartier, en passant du faubourg Saint-Germain à la Chaussée-d’Antin.
Mais, voici ce que tu ne sais peut-être pas! Le gouvernement, c’est-à-dire l’aristocratie de banquiers et d’avocats, qui font de la patrie comme les prêtres faisaient jadis de la monarchie, a senti la nécessité de mystifier 144avec des mots nouveaux et de nouvelles idées, à l’instar des hommes d’état de l’absolutisme. Il s’agit donc de nous inculquer une opinion royalement nationale, en nous prouvant qu’il est bien plus heureux de payer douze cents millions trente-trois centimes à la patrie représentée par messieurs tels et tels, que onze cents millions neuf centimes à un roi qui disait moi au lieu de dire nous. En un mot, il s’est fondé un journal, armé de deux ou trois cents bons mille francs, dont le but est de faire une opposition qui contente les mécontens, sans nuire au gouvernement national du roi-citoyen
Or, comme nous nous moquons de la liberté autant que du despotisme, de la religion aussi bien que de l’incrédulité; que, pour nous, la patrie est une capitale où toutes les idées s’échangent, où tous les jours amènent de succulens dîners, de nombreux spectacles où fourmillent de licencieuses prostituées, des 145soupers qui ne finissent que le lendemain, des amours qui vont à l’heure comme les citadines; et que Paris sera toujours la plus adorable de toutes les patries! la patrie de la joie, de la liberté, de l’esprit, des jolies femmes, des mauvais sujets et du bon vin; que le pouvoir ne s’y fera jamais trop sentir
Nous, véritables sectateurs du dieu Méphistophélès,
Avons entrepris de badigeonner l’esprit public, de rhabiller les acteurs, de clouer de nouvelles planches à la baraque gouvernementale, de médicamenter les doctrinaires, de recuire les vieux républicains, de réchampir les bonapartistes et de ravitailler les centres, pourvu qu’il nous soit permis de rire, in petto, des rois et des peuples, de ne pas être toujours de notre opinion, et de passer une joyeuse vie à la Panurge ou more orientali, couchés sur de moelleux coussins

Or, comme nous
te destinions les rênes de 146cet empire macaronique et burlesque, nous t’emmenons de ce pas au dîner donné par les fondateurs dudit journal
Tu y seras accueilli comme un frère, et nous t’y saluerons roi de ces esprits frondeurs que rien n’épouvante et dont la perspicacité découvre les intentions de l’Autriche, de l’Angleterre ou de la Russie, avant que la Russie, l’Angleterre ou l’Autriche n’aient des intentions! Oui, nous t’instituerons le souverain de ces puissances intelligentes qui fournissent au monde les Mirabeau, les Talleyrand, les Pitt, les Metternich, tous ces hardis Crispins enfin qui jouent entre eux les destinées d’un empire comme les hommes vulgaires jouent leur kirche aux dominos Nous t’avons donné pour le plus intrépide compagnon qui jamais ait étreint corps à corps la Débauche, ce monstre admirable avec lequel veulent lutter tous les esprits forts! Nous avons même affirmé qu’il ne t’a pas encore vaincu. J’espère 147que tu ne feras pas mentir nos éloges. L’amphitryon nous a promis de surpasser les étroites saturnales de nos petits Lucullus modernes Il est assez riche pour mettre de la grandeur dans les petitesses, de l’élégance et de la grâce dans le vice
– Entends-tu, Raphaël? lui demanda l’orateur en s’interrompant.
– Oui
!… répondit le jeune homme moins étonné de l’accomplissement de ses souhaits que surpris de la manière simple et naturelle dont les événemens s’enchaînaient. Quoiqu’il lui fût impossible de croire à une influence magique, il admirait les hasards de la destinée humaine.
– Mais tu nous dis oui
!… comme si tu pensais à la mort de ton grand-père lui répliqua l’un de ses voisins.
– Ah! reprit Raphaël avec un accent de naïveté qui fit rire ces écrivains, l’espoir de la jeune France, je pensais, mes amis, que nous 148voilà près de devenir de bien grands coquins
Jusqu’à présent nous avons fait de l’impiété entre deux vins; nous avons pesé la vie étant ivres; nous avons prisé les hommes et les choses en digérant; vierges du fait, nous étions hardis en paroles; mais marqués maintenant par le fer chaud de la politique, nous allons entrer dans le grand bagne, et y perdre nos illusions Or, quand on ne croit plus qu’au diable, il est permis de regretter le paradis de la jeunesse, le temps d’innocence où nous tendions dévotieusement la langue à un bon prêtre, pour recevoir le sacré corps de notre Seigneur Jésus-Christ Ah! mes bons amis, si nous avons eu tant de plaisir à commettre nos premiers péchés, c’est que nous avions des remords pour les embellir et leur donner du piquant, de la saveur; tandis que maintenant…
– Oh! maintenant, reprit le premier interlocuteur, il nous reste…
149– Quoi
?… dit un autre
– Le crime…
– Ah! c’est un mot cela!
mais il a toute la hauteur d’une potence et toute la profondeur de la Seine!… répliqua Raphaël.
– Oh! tu ne m’entends pas
Je parle des crimes politiques….. Je n’envie, depuis ce matin, qu’une existence….. celle des conspirateurs Demain, je ne sais si ma fantaisie durera toujours, mais ce soir, la vie pâle de notre civilisation, unie comme la rainure d’un chemin de fer, fait bondir mon cœur de dégoût! Je suis épris de passion pour les malheurs de la déroute de Moscou, pour les émotions du Corsaire rouge et l’existence des contrebandiers. Puisqu’il n’y a plus de Chartreux en France, je voudrais au moins un Botany-bay, une espèce d’infirmerie destinée aux petits lord Byron, qui, après avoir chiffonné la vie comme une serviette après dîner, n’ont plus 150rien à faire qu’à incendier leur pays, se brûler la cervelle, vouloir la république ou la guerre…
– Émile, dit avec feu le voisin de Raphaël à l’interlocuteur, foi d’homme, sans la révolution de juillet, je me faisais prêtre pour aller mener une vie animale au fond de quelque campagne, et…
– Et tu aurais lu le bréviaire tous les jours?

– Oui

– Tu es un fat.
– Nous lisons bien les journaux
?…
– Pas mal, pour un journaliste
Mais, tais-toi, nous marchons au milieu d’une masse d’abonnés. Le journalisme, vois-tu? c’est la religion des sociétés modernes, et il y a progrès, car ces nouveaux pontifes ne sont pas tenus de croire, ni le peuple non plus
151En devisant ainsi, comme de braves gens qui savaient le De Viris illustribus, depuis longues années, ils arrivèrent à un hôtel de la rue Joubert.


153XI.

Émile était un auteur qui avait conquis plus de gloire dans ses chutes que les autres n’en recueillent de leurs succès. Hardi dans ses compositions, plein de verve et de mordant, il possédait toutes les qualités que comportaient ses défauts
: il était franc, rieur, et disait en face une épigramme à un ami, qu’ab154sent, il défendait avec courage et loyauté. Il se moquait de tout, même de son avenir; et, toujours dépourvu d’argent, il restait comme tous les hommes de quelque portée, plongé dans une inexprimable paresse, jetant un livre dans un mot au nez de gens qui ne savaient pas mettre un mot dans leurs livres. Prodigue de promesses qu’il ne réalisait jamais, il s’était fait de sa fortune et de sa gloire un coussin pour dormir, courant ainsi la chance de se réveiller vieux, à l’hôpital. Du reste, ami jusqu’à l’échafaud, fanfaron de cynisme et simple comme un enfant, travaillant par boutade ou par nécessité.
– Nous allons faire, suivant l’expression de maître Alcofribas, un fameux tronçon de
chère lie! dit-il à Raphaël en lui montrant les caisses de fleurs qui embaumaient et verdissaient les escaliers.
Oh! que j’aime les porches bien chauffés, et garnis de riches tapis!… répondit Ra155phaël. Le luxe dès le péristyle est rare en France Ici, je me sens renaître
– Et là
haut nous allons boire et rire encore une fois, mon pauvre Raphaël.
– Ah çà! reprit-il, j’espère que nous serons les vainqueurs et que nous marcherons sur toutes ces têtes-là
!…
Et
, d’un geste moqueur, il lui montra les convives, en entrant dans un salon resplendissant de luxe et de lumière.
Ils furent aussitôt accueillis par les jeunes gens les plus remarquables de Paris.

L’un venait de révéler un talent neuf, et de rivaliser, par son premier tableau, avec les gloires de la peinture impériale.
L’autre avait hasardé, la veille, un livre plein de verdeur, empreint d’une sorte de dédain littéraire et qui découvrait de nouvelles routes .
Plus loin, un statuaire dont la figure pleine de rudesse accusait quelque vigoureux génie, 156causait avec un de ces froids railleurs qui, selon l’occurrence, tantôt, ne veulent voir de supériorités nulle part, et tantôt en reconnaissent partout.
Ici, le plus spirituel de nos caricaturistes à l’œil malin, à la bouche mordante, guettait les épigrammes pour les traduire à coups de crayon.
Là, ce jeune et audacieux écrivain, qui, mieux que personne, distillait la quintescence des pensées politiques, ou, dans un article, condensait, en se jouant, l’esprit d’un écrivain fécond, s’entretenait avec ce poëte dont les écrits écraseraient toutes le œuvres du temps présent, si son talent avait la puissance de sa haine. Tous deux essayaient de ne pas dire la vérité, de ne pas mentir, en s’adressant de douces flatteries.
Un musicien célèbre consolait en si bémol et d’une voix moqueuse un jeune homme po157litique récemment tombé de la tribune sans se faire aucun mal.
De jeunes auteurs sans style étaient auprès de jeunes auteurs sans idées, des prosateurs pleins de poésie, près de poëtes prosaïques; et, voyant ces êtres incomplets, un pauvre saint-simonien, assez naïf pour croire à sa doctrine, les accouplait avec charité, voulant sans doute les transformer en religieux de son ordre.
Enfin, il y avait deux ou trois de ces savans, destinés à mettre de l’azote dans la conversation, et plusieurs vaudevillistes prêts à y jeter de ces lueurs éphémères, qui, semblables aux étincelles du diamant, ne donnent ni chaleur ni lumière
Quelques hommes à paradoxes, riant sous cape des gens qui épousaient leurs admirations ou leurs mépris pour les hommes et les choses, faisaient déjà de cette politique à double tranchant, avec laquelle ils conspirent contre 158tous les systèmes, sans prendre parti pour aucun.
Le jugeur, qui ne s’étonne de rien, qui se mouche au milieu d’une cavatine aux Bouffons, y crie brava! avant tout le monde, et contredit ceux qui prédisent son avis, était là, cherchant à s’attribuer les mots des gens d’esprit.
Parmi ces convives, cinq avaient de l’avenir; une dixaine devait obtenir quelque gloire viagère; et, quant aux autres, ils pouvaient se dire, comme toutes les médiocrités, le fameux mot de Louis XVIII: Union et Oubli
L’amphitryon
avait la gaieté soucieuse d’un homme qui dépense deux mille écus, et, comme de temps à autre ses yeux se dirigeaient avec impatience vers la porte du salon, il était facile de voir que tous les convives se trouvaient réunis, moins un… Bientôt apparut un gros petit homme, accueilli soudain par une flatteuse rumeur. C’était le notaire 159qui, le matin même, avait achevé de créer le journal.
Un valet de chambre vêtu de noir vint ouvrir les portes d’une vaste salle à manger où chacun alla, sans cérémonie, reconnaître sa place autour d’une table immense.

Avant de quitter les salons, Raphaël y jeta un dernier coup d’œil. Son souhait était, certes, bien complètement réalisé. La soie et l’or tapissaient les appartemens. De riches candélabres supportant d’innombrables bougies faisaient briller les moindres frises dorées, les ciselures délicates des bronzes, et les somptueuses couleurs de l’ameublement. Les fleurs rares de quelques jardinières artistement construites avec des bambous, répandaient de doux parfums; les draperies respiraient une élégance sans prétention; et il y avait en tout je ne sais quelle grâce poétique, dont le prestige devait agir sur l’imagination d’un homme sans argent.
160– Cent mille livres de rente sont un bien joli commentaire du catéchisme, et nous aident merveilleusement à mettre la morale en action!
dit-il en soupirant. Oh! oui, ma vertu ne va guère à pied Pour moi le vice c’est une mansarde, un habit rapé, un chapeau gris en hiver et des dettes chez le portier Ah! je veux vivre au sein de ce luxe un an, six mois, n’importe….. et puis après….. mourir. J’aurai du moins épuisé, connu, dévoré mille existences.
– Oh! oh
!… lui dit Émile, qui l’écoutait, tu prends le coupé d’un agent de change pour le bonheur Va, tu serais bientôt ennuyé de la fortune en t’apercevant qu’elle te ravirait la chance d’être un homme supérieur Entre les pauvretés de la richesse et les richesses de la pauvreté, l’artiste a-t-il jamais hésité… Il nous faut des luttes, à nous autres Aussi, prépare ton estomac!… Vois!…
Et il lui montra, par un geste héroïque, le 161majestueux, le trois fois saint,
évangélique et rassurant aspect que présentait la salle à manger du benoît capitaliste.
– Cet homme-là, reprit-il, ne s’est vraiment donné la peine d’amasser son argent que pour nous
N’est-ce pas une espèce d’éponge oubliée par les naturalistes dans l’ordre des polypiers, et qu’il s’agit de presser avec délicatesse, avant de la laisser sucer par des héritiers? Ne trouves-tu pas du style aux bas-reliefs qui décorent les murs? Et les lustres, et les tableaux, quel luxe bien entendu! S’il faut croire les envieux et ceux qui tiennent à voir les ressorts de la vie, cet homme aurait tué, pendant la révolution, je ne sais quelle vieille dame asthmatique, un petit orphelin scrofuleux et quelque autre personne. Peux-tu donner place à des crimes sous les cheveux grisonnans de notre vénérable amphitryon? Il a l’air d’un bien bon homme Vois donc comme l’argenterie étincelle? Et chacun de 162ces rayons brillans serait pour lui un coup de poignard. Allons donc! autant vaudrait croire en Mahomet. Si le public avait raison, voici trente hommes de cœur et de talent qui s’apprêteraient à manger les entrailles, à boire le sang d’une famille!… Et nous deux, jeunes gens pleins de candeur, d’enthousiasme, nous serions complices du forfait! J’ai envie de demander à notre capitaliste s’il est honnête homme.
– Non pas maintenant! s’écria Raphaël
. Quand il sera ivre-mort, nous aurons dîné.
Et les deux amis s’assirent en riant.

163XII.

D’abord, chaque personne contempla pendant un temps encore plus court que la parole destinée à l’exprimer, le coup d’œil offert par une longue table, blanche comme une couche de neige fraîchement tombée, et sur laquelle s’élevaient symétriquement les couverts couronnés de petits pains blonds. Les 164cristaux répétaient les couleurs de l’iris dans leurs reflets étoilés; les bougies traçaient des feux croisés à l’infini; et, les mets placés sous des dômes d’argent, aiguisaient l’appétit et la curiosité. Les paroles furent assez rares. Les voisins se regardèrent. Le vin de Madère circula.
Puis, le premier service apparut dans toute sa gloire. Il aurait fait honneur à feu Cambacérès, et Brillat-Savarin l’eût célébré. Les vins de Bordeaux, de Bourgogne, blancs, rouges, furent servis avec une profusion royale. Cette première partie du festin était comparable, en tout point, à l’exposition d’une tragédie classique.
Le second acte devint quelque peu bavard. Chaque convive avait bu raisonnablement en changeant de crûs suivant ses caprices, de sorte qu’au moment où l’on emporta les restes de ce magnifique service, de tempestueuses discussions s’étaient établies. Quelques fronts 165pâles rougissaient, plusieurs nez commençaient à s’empourprer, les visages s’allumaient, les yeux pétillaient. C’était l’aurore de l’ivresse. Le discours ne sortait pas encore des bornes de la civilité; mais les railleries, les bons mots s’échappaient peu à peu de toutes les bouches
, et la calomnie élevait même tout doucement sa petite tête et parlait d’une voix flûtée. Çà et là, quelques sournois écoutaient attentivement, espérant garder leur raison.
Le second service trouva donc les esprits tout-à-fait échauffés. Chacun mangea en parlant, parla en mangeant, but sans prendre garde à l’affluence des liquides, tant ils étaient lampans et parfumés, tant l’exemple était contagieux L’amphitryon, se piquant d’animer ses convives, fit avancer les vins du Rhône, de vieux Roussillons capiteux; et, alors, déchaînés comme les chevaux d’une malle-poste partant d’un relais, ces hommes fouettés par les piquantes flèches du vin de 166Champagne impatiemment attendu, mais abondamment versé, laissèrent galoper leur esprit dans le vide de ces raisonnemens que personne n’écoute, se mirent à raconter ces histoires qui n’ont pas d’auditeur, recommencèrent cent fois ces interpellations qui restent sans réponse L’orgie seule déploya sa grande voix, sa voix composée de cent clameurs confuses, qui grossissent comme les crescendo de Rossini… Puis arrivèrent les toasts insidieux, les forfanteries, les défis. Tous renonçaient à se glorifier de leur capacité intellectuelle pour revendiquer celle des tonneaux, des foudres, des cuves. Il semblait que chacun eût deux voix
Un
moment vint où, les maîtres parlant tous à la fois, les valets sourirent.
Mais cette mêlée de paroles, où les paradoxes douteusement lumineux, les vérités grotesquement habillées se heurtèrent à travers les cris, les jugemens
, les niaiseries, 167comme au milieu d’un combat se croisent les boulets, les balles et la mitraille, eût sans doute intéressé quelque philosophe par la singularité des pensées, ou surpris un politique par la bizarrerie des systèmes. C’était tout à la fois un livre et un tableau.
Les philosophies, les religions, les morales, si différentes d’une latitude à l’autre, les gouvernemens, enfin tous les grands actes de l’intelligence humaine, tombèrent sous une faulx aussi longue que celle du Temps; et, peut-être, eussiez-vous pu difficilement décider si elle était maniée par la Sagesse ivre, ou par l’Ivresse devenue sage et clairvoyante.
Ces esprits emportés par une espèce de tempête, semblaient vouloir, comme la mer irritée contre ses falaises, ébranler toutes les lois entre lesquelles flottent les civilisations, satisfaisant ainsi, sans le savoir, à la volonté de Dieu, qui laissa dans la nature le bien et le mal, sans cesse en présence, en gardant 168pour lui le secret de leur lutte perpétuelle. Furieuse et burlesque, la discussion fut en quelque sorte un sabbat des intelligences. Mais entre les tristes plaisanteries, dites par ces enfans de la révolution, et les propos des buveurs tenus à la naissance de Gargantua, il y avait tout l’abîme qui sépare le dix-neuvième siècle du seizième. Celui-ci apprêtait une destruction en riant, et le nôtre riait au milieu des ruines
– Comment appelez-vous le jeune homme
qui se trouve là bas? dit le notaire en montrant Raphaël. J’ai cru l’entendre nommer Valentin?
– Que chantez-vous avec votre Valentin tout court
!… s’écria Émile en riant. Raphaël de Valentin!… s’il vous plaît. Nous ne sommes pas un enfant trouvé; mais le descendant de l’empereur Valens, souche des Valentinois, fondateur des villes de Valence en Espagne et en France, héritier légitime de l’empire d’O169rient Si nous laissons trôner Mahmoud à Constantinople, c’est par pure bonne volonté, faute d’argent ou de soldats
Et
il décrivit en l’air, avec sa fourchette, une couronne au-dessus de la tête de Raphaël.
Le notaire se recueillit pendant un moment; puis il se remit à boire en laissant échapper un geste authentique, par lequel il semblait avouer qu’il lui était impossible de rattacher à sa clientelle les villes de Valence, de Constantinople, Mahmoud, l’empereur Valens et la famille des Valentinois.
– La destruction de ces fourmillières nommées Babylone, Tyr, Carthage ou Venise, toujours écrasées sous les pieds d’un géant qui passe,
n’est-elle pas un avertissement donné à l’homme par une puissance moqueuse? dit un journaliste, espèce d’esclave acheté pour faire du Bossuet à dix sous la ligne.
– Moïse, Sylla, Louis XI, Richelieu, Robespierre et Napoléon sont peut-être un même 170homme qui reparaît à travers les civilisations comme
les comètes dans le ciel! répondit Raphaël.
– Pourquoi sonder la Providence? dit un fabricant de ballades.
– Allons, voilà la Providence
!… s’écria le jugeur en l’interrompant. Je ne connais rien au monde de plus élastique.
– Mais, Monsieur, Louis XIV a fait périr plus d’hommes pour creuser les
aquéducs de Maintenon que la Convention pour asseoir justement l’impôt, pour mettre de l’unité dans la loi, nationaliser la France et faire également partager les héritages!… disait un jeune homme devenu républicain faute d’une syllabe devant son nom.
– Monsieur, lui répondit un propriétaire, vous qui prenez le sang pour du vin
, cette fois-ci, laisserez-vous à chacun sa tête sur ses épaules?
– À quoi bon, Monsieur?
… Les principes 171de l’ordre social ne valent-ils donc pas quelque chose?… Les hommes et les événemens ne sont rien, il n’y a en politique et en philosophie, que des principes et des idées!…
– Quelle horreur!
Vous n’auriez nul chagrin de tuer vos amis pour un si
– Hé! Monsieur, l’homme qui a des remords est le vrai scélérat, car il a quelque idée de la vertu; tandis que Pierre-le-Grand,
Pizarre, le duc d’Albe étaient des systèmes, et le corsaire Monbar, une organisation
– Mais la société ne peut-elle pas se priver de vos systèmes et de vos organisations?

– Oh! d’accord
s’écria le républicain
– Eh! votre stupide république me donne des nausées!
Nous ne saurions découper tranquillement un chapon sans y trouver la loi agraire!…
– Tes principes sont excellens, mon petit Brutus farci de truffes!
Mais tu ressembles à mon valet de chambre! Le drôle est si cruel172lement possédé par la manie de la propreté, que si je lui laissais brosser mes habits à sa fantaisie, j’irais tout nu
– Vous êtes des brutes!
Vous voulez nettoyer une nation avec des curedents!… répliqua l’homme à la république. Selon vous la justice serait plus dangereuse que les voleurs
– Hé! hé!
… dit un avoué.
– Sont-ils ennuyeux avec leur politique!
– Fermez la porte. – Il n’y a pas de sciences ou de vertus qui vaillent une goutte de sang. Si nous voulions faire la liquidation de la vérité nous la trouverions peut-être en faillite!…
– Ah! il en aurait sans doute moins coûté de nous amuser dans le mal que de nous disputer dans le bien
Aussi, je donnerais tous les discours prononcés à la tribune depuis quarante ans pour une truite, pour un conte de Perrault ou une croquade de Charlet
– Vous avez bien raison
– Passez-moi 173les asperges – Car après tout, la liberté enfante l’anarchie, l’anarchie conduit au despotisme et le despotisme ramène à la liberté. Des millions d’êtres ont péri sans avoir pu faire triompher l’une ou l’autre!… N’est-ce pas le cercle vicieux dans lequel tournera toujours le monde moral? Quand l’homme croit avoir perfectionné, il n’a fait que déplacer les choses!
– Oh! oh!
s’écria un vaudevilliste, alors, Messieurs, je porte un toast à Charles X, père de la liberté!
– Pourquoi pas
?… dit un journaliste. Quand le despotisme est dans les lois, la liberté se trouve dans les mœurs et vice versâ Buvons donc à l’imbécillité du pouvoir qui nous donne tant de pouvoir sur les imbécilles!
– Hé! mon cher, au moins Napoléon nous a-t-il laissé de la gloire! criait un officier de marine qui n’était pas sorti de Brest.
174– Ah! la gloire!
Triste denrée! Elle se paie cher et ne se garde pas!… Ne serait-elle point l’égoïsme des grands hommes, comme le bonheur est celui des sots?
– Monsieur, vous êtes bien heureux
!…
– Le premier qui inventa les fossés était sans doute un homme faible, car la société ne profite qu’aux gens chétifs
Placés aux deux extrémités du monde moral, le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété.
– Joli!
s’écria le notaire, s’il n’y avait pas de propriétés, comment pourrions-nous faire des actes?
– Voilà des petits pois délicieusement fantastiques!
….
– … Et le curé fut trouvé mort dans son lit, le lendemain
.
– Qui parle de mort?
Ne badinez pas! J’ai un oncle
– Vous vous résigneriez sans doute à le perdre.
175– Ce n’est pas une question

– Écoutez-moi
!… Messieurs! Manière de tuer son oncle: Chut!… (Écoutez! Écoutez!) Ayez d’abord un oncle gros et gras, septuagénaire au moins, ce sont les meilleurs oncles Faites-lui manger, sous un prétexte quelconque, un pâté de foie gras
– Hé! mon oncle est un grand homme sec, avare et sobre

– Ah! ces oncles-là sont des monstres qui abusent de la vie

– Et, dit l’homme aux oncles en continuant, annoncez-lui
pendant sa digestion, la faillite de son banquier
– La voix de la Malibran a perdu deux notes!

– Non, Monsieur…
– Si! Monsieur.
– Oh! oh! – Oui et non. – N’est-ce pas l’histoire de toutes les dissertations religieu176ses, politiques et littéraires
L’homme est un bouffon qui danse sur un précipice!
– À vous entendre, je suis un sot…
– Au contraire, c’est parce que vous ne m’entendez pas
!…
– L’instruction
!… Belle niaiserie. M. Heineffettermach porte le nombre des volumes imprimés à plus d’un milliard, et la vie d’un homme ne permet pas d’en lire cent cinquante mille!… Alors, expliquez-moi ce que signifie le mot instruction? Pour les uns, elle consiste à savoir le nom du cheval d’Alexandre, du dogue Bérécillo, de Tabourot, seigneur des Accords, et d’ignorer celui de l’homme auquel nous devons le flottage des bois, ou la porcelaine. Pour les autres, être instruit?… c’est savoir brûler un testament et vivre en honnêtes gens, aimés, considérés, au lieu de voler une montre en récidive, avec les cinq circonstances aggravantes, et d’aller mourir en place de Grève
177– Lamartine restera
!…
– Ah! Scribe, Monsieur, a bien de l’esprit

– Et Victor Hugo?

– C’est un grand homme
!… n’en parlons plus!…
– Vous êtes ivres!

– La conséquence immédiate d’une constitution est l’aplatissement des intelligences
Arts, sciences, monumens, tout est dévoré par un effroyable sentiment d’égoïsme, notre lèpre actuelle Vos trois cents bourgeois, assis sur des banquettes, ne penseront qu’à planter des peupliers Le despotisme fait illégalement de grandes choses, et la liberté ne se donne même pas la peine d’en faire légalement de très-petites!…
– Votre enseignement mutuel fabrique des pièces de cent sous en chair humaine
! dit un absolutiste en interrompant. Les individua178lités disparaissent chez un peuple nivelé par l’instruction!…
– Cependant le but de la société n’est-il pas de procurer à chacun le bien-être
?… demanda le saint-simonien.
– Si vous aviez cinquante mille livres de rente, vous ne penseriez guère au peuple
!… Êtes-vous épris de belle passion pour l’humanité?… Allez à Madagascar, vous y trouverez un joli petit peuple tout neuf, à saint-simoniser!… Ah! ah!
– Vous êtes un carliste!
– Pourquoi pas?
J’aime le despotisme, il annonce un certain mépris pour la race humaine. Je ne hais pas les rois Ils sont si amusans! Trôner dans une chambre, à trente millions de lieues du soleil!… N’est-ce donc rien?
– Mais résumons cette large vue de la civilisation
!… disait le savant qui, pour l’instruction du sculpteur inattentif, avait entre179pris une disscusion sur le commencement des sociétés et sur les peuples autochtones. À l’origine des nations la force fut en quelque sorte matérielle, une, grossière Puis, avec l’accroissement des aggrégations, les gouvernemens ont procédé par des décompositions plus ou moins habiles du pouvoir primitif. Ainsi, dans la haute antiquité, la force était dans la théocratie. Le prêtre tenait le glaive et l’encensoir. Plus tard, il y eut deux sacerdoces: le pontife et le roi. Aujourd’hui, notre société, dernier terme de la civilisation, a distribué la puissance suivant le nombre des combinaisons; et nous sommes arrivés aux forces nommées: industrie, pensée, argent, parole Alors le pouvoir n’ayant plus d’unité marche sans cesse vers une dissolution sociale qui n’a plus d’autre barrière que l’intérêt. Aussi, nous ne nous appuyons ni sur la religion, ni sur la force matérielle, mais sur l’intelligence Le livre vaut-il le glaive, la 180discussion vaut-elle l’action? Voilà le problème…
– L’intelligence a tout tué
!… s’écria le carliste. Allez! la liberté absolue mène les nations au suicide. Elles s’ennuient dans le triomphe, comme un Anglais millionnaire.
– Que nous direz-vous de neuf?
Aujourd’hui vous avez ridiculisé tous les pouvoirs, et c’est même chose vulgaire que de nier Dieu! Vous n’avez plus de croyance. Aussi le siècle est-il comme un vieux sultan perdu de débauche! Enfin, votre lord Byron, en dernier désespoir de poésie, a chanté les passions du crime!…
– Savez-vous, lui répondit un médecin complètement ivre, qu’
à peine y a-t-il une membrane de différence entre un homme de génie et un grand criminel?…
– Peut-on traiter ainsi la vertu! s’écria le vaudevilliste. La vertu, sujet de toutes les 181pièces de théâtre, dénouement de tous les drames, base de tous les tribunaux
!…
– Hé! tais-toi donc, animal
!… Ta vertu, c’est Achille sans talon!
– À boire!

– Veux-tu parier que je bois une bouteille de vin de Champagne d’un seul trait?
– Quel trait d’esprit
!… s’écria le caricaturiste.
– Ils sont gris comme des charretiers
! dit un jeune homme qui donnait sérieusement à boire à son gilet.
– Oui, Monsieur, le gouvernement actuel est l’art de faire régner l’opinion publique…
.
– L’opinion, mais c’est la plus vicieuse de toutes les prostituées
….. À vous entendre, hommes de morale et de politique, il faudrait sans cesse préférer vos lois à la nature, l’opinion à la conscience Allez, tout est vrai, tout est faux! Si la société nous a donné le duvet des oreillers, elle a certes compensé le 182bienfait par la goutte, comme elle a mis la procédure pour tempérer la justice, et les rhumes à la suite des cachemires
– Monstre! dit Émile en interrompant le
misantrope, comment peux-tu médire de la civilisation en présence de tant de vins, de mets, et à table jusqu’au menton!… Mords ce chevreuil aux pieds et aux cornes dorées; mais ne mords pas ta mère!…
– Est-ce ma faute, à moi, si le catholicisme arrive à mettre un million de dieux dans un sac de farine
; si la république aboutit toujours à quelque Robespierre; si la royauté se trouve entre l’assassinat de Henri IV et le jugement de Louis XVI… et si le libéralisme devient Lafayette?
– L’avez-vous embrassé en juillet?
– Non.
– Alors taisez-vous, sceptique
!…
– Les sceptiques sont les hommes les plus consciencieux.
183– Ils n’ont pas de conscience.
– Que dites-vous?
ils en ont au moins deux!…
– Escompter le ciel!
Monsieur, voilà une idée vraiment commerciale. Les religions antiques n’étaient qu’un heureux développement du plaisir physique; mais nous autres nous avons développé l’âme et l’espérance. Il y a eu progrès
– Hé, mes bons amis, que pouvez-vous attendre d’un siècle repu de politique? Quel a été le sort de Smarra!
La plus ravissante conception…
– Smarra!
cria le jugeur d’un bout de la table à l’autre. Ce sont des phrases tirées au hasard dans un chapeau!… Véritable ouvrage écrit pour Charenton!…
– Vous êtes un sot!

– Vous êtes un drôle

– Oh! oh!

– Ah! ah!

184– À demain
monsieur!…
– À l’instant
!… répondit le poëte
– Allons!
allons! vous êtes deux braves
– Ils ne peuvent seulement pas se mettre debout
!…
– Ah! je ne me tiens pas droit
peut-être? reprit le belliqueux auteur en se dressant comme un cerf-volant indécis
Il jeta sur la table un regard hébété. Puis, comme exténué par cet effort, il retomba sur sa chaise, pencha la tête et resta muet.
– Ne serait-il pas plaisant
!… dit le jugeur à son voisin, de me battre pour un ouvrage que je n’ai jamais vu, ni lu?
– Eugène, prends garde à ton habit! Ton voisin pâlit

– Kant!
Encore un ballon lancé pour amuser les niais! Le matérialisme et le spiritualisme sont deux jolies raquettes avec lesquelles des charlatans en robe font aller le même volant. Que Dieu soit en tout, selon 185Spinosa, ou que tout vienne de Dieu, selon saint Paul… Imbécilles! Ouvrir ou fermer une porte… N’est-ce pas le même mouvement? L’œuf vient-il de la poule ou la poule de l’œuf? – Passez-moi du canard! – Voilà toute la science!…
– Nigaud
!… lui cria le savant, la question que tu poses est tranchée par un fait.
– Et lequel?

– Les chaires de professeurs n’ont pas été faites pour la philosophie, mais bien la philosophie pour les chaires?
Mets des lunettes et lis le budget
– Voleurs!

– Imbécilles!

– Fripons!

– Dupes!

– Où trouverez-vous ailleurs qu’à Paris un échange aussi vif, aussi rapide entre les pensées
?… s’écria le plus spirituel des artistes en prenant une voix de basse-taille.
186– Allons, Henri
!… quelque farce classique! Voyons, une charge!
– Voulez-vous que je vous fasse le dix-neuvième siècle?

– Écoutez!

– Silence!

– Mettez des sourdines à vos muffles!

– Te tairas-tu, chinois!

– Donnez-lui du vin
; et qu’il se taise, cet enfant!
– À toi, Henri!

L’artiste boutonna son habit noir jusqu’au col, mit ses gants jaunes, et se grima de manière à singer le Globe; mais, le bruit
couvrant sa voix, il fut impossible de saisir un seul mot de sa spirituelle moquerie; et alors, s’il ne représenta pas le siècle, au moins représenta-t-il le journal….. car il ne s’entendit pas lui-même.
Le dessert se trouva servi comme par enchantement. La table fut couverte d’un vaste 187surtout en bronze doré sorti des ateliers de
Thomire. De hautes figures, douées par un célèbre artiste des formes convenues pour la beauté idéale en Europe, soutenaient et portaient des buissons de fraises, des ananas, dattes des fraîches, des raisins jaunes, de blondes pêches, des oranges arrivées de Sétubal par un paquebot, des grenades, des fruits de la Chine, enfin toutes les surprises du luxe, les miracles du petit four, les délicatesses les plus friandes, les friandises les plus séductrices. Les couleurs de ces tableaux gastronomiques étaient rehaussées par l’éclat de la porcelaine, par des lignes étincelantes d’or, par les découpures des vases. Gracieuse comme les liquides franges de l’océan, verte et légère, la mousse couronnait les paysages du Poussin, copiés à Sèvres Le budget d’un prince allemand n’aurait pas payé cette richesse insolente.
L’argent, la nacre, l’or, les cristaux furent 188de nouveau prodigués sous de nouvelles formes; mais les yeux engourdis et la verbeuse fièvre de l’ivresse permirent à peine aux convives d’avoir une intuition vague de cette féerie digne d’un conte oriental.
Les vins de dessert apportèrent leurs parfums et leurs flammes, philtres puissans, vapeurs enchanteresses, qui engendrent une espèce de mirage intellectuel, et dont les liens puissans enchaînent les pieds, alourdissent les mains
Les pyramides de fruits furent pillées, les voix grossirent, le tumulte grandit. Alors il n’y eut plus de paroles distinctes. Les verres volèrent en éclats, et des rires atroces partirent comme des fusées.
Un
vaudevilliste saisit un cor et se mit à sonner une fanfare. Ce fut comme un signal donné par le diable. Cette assemblée en délire hurla, siffla, chanta, cria, rugit, gronda.
189Vous eussiez souri de voir les gens naturellement gais, devenus sombres comme les dénouemens de Crébillon, ou rêveurs comme des marins en voiture. Les hommes fins disaient leurs secrets à des curieux, qui n’écoutaient pas. Les mélancoliques souriaient comme des danseuses qui achèvent leurs pirouettes. Un journaliste se dandinait à la manière des ours en cage Des amis intimes se battaient. Les ressemblances animales inscrites sur les figures humaines et si curieusement démontrées par les physiologistes, reparaissaient vaguement dans les gestes, dans les habitudes du corps Il y avait un livre tout fait pour quelque Bichat qui se serait trouvé là, froid et à jeun.
Le maître du logis se sentant ivre et n’osant se lever, approuvait les extravagances de ses convives par une grimace fixe, et tâchait de conserver un air décent et hospitalier. Sa large figure, devenue rouge et bleue, 190presque violacée, terrible à voir, s’associait au mouvement général par des efforts semblables au roulis et au tangage d’un brick.
– Les avez-vous assassinés
?… lui demanda Émile.
– La confiscation et la peine de mort sont abolies
répondit le banquier.
Puis il se mit à rire en haussant les sourcils d’un air tout à la fois plein de finesse et de bêtise.
– Mais ne les voyez-vous pas quelquefois en songe?
reprit Raphaël.
– Il y a prescription!
dit le meurtrier plein d’or.
– Et sur sa tombe
!… s’écria Émile d’un ton sardonique, l’entrepreneur du cimetière gravera:
Passans, accordez une larme à sa mémoire!
– Oh! reprit-il, je donnerais bien cent 191sous au mathématicien qui me démontrerait par une équation algébrique l’existence de l’enfer!…
Il jeta une pièce en l’air.
– Face pour Dieu!

– Ne regarde pas!
cria Raphaël en saisissant la pièce. Que sait-on? le hasard est si plaisant!
– Hélas!
reprit Émile d’un air tristement bouffon, je ne vois pas où poser les pieds entre la géométrie de l’incrédule et le pater noster du pape. – Buvons!Trinc! est, je crois, l’oracle de la dive bouteille et sert de conclusion au Pantagruel!…
– Nous devons au pater noster, répondit Raphaël, nos arts, nos monumens, nos sciences peut-être; et, bienfait plus grand encore, nos gouvernemens modernes, dans lesquels une société vaste et féconde est merveilleusement représentée par cinq cents intelligences, 192où les forces opposées les unes aux autres, se neutralisent, en laissant tout pouvoir à la CIVILISATION, reine gigantesque qui remplace le ROI
cette ancienne et terrible figure, espèce de faux destin créé par l’homme entre le ciel et lui. En présence de tant d’œuvres accomplies, l’athéisme apparaît comme un squelette qui n’engendre pas!… Qu’en dis-tu?
– Je songe aux flots de sang répandus par le catholicisme
!… dit froidement Émile. Il a pris nos veines et nos cœurs pour faire une contrefaçon du déluge. Mais n’importe!…. Tout homme qui pense doit marcher sous la bannière de Christ!… Lui seul a consacré le triomphe de l’esprit sur la matière; lui seul nous a poétiquement révélé le monde intermédiaire qui nous sépare de Dieu!…
– Bah!
reprit-il, en jetant à Raphaël un indéfinissable sourire d’ivresse, pour ne pas nous compromettre, portons le fameux toast:
Diis ignotis!
193Et ils vidèrent leurs calices de science, de gaz carbonique, de parfums, de poésie et d’incrédulité.


195XIII.

– Si ces Messieurs veulent passer dans le salon, le café les y attend
!…
Et les portes s’ouvrirent.

En ce moment, presque tous les convives se roulaient au sein de ces limbes délicieuses, où les lumières de l’esprit s’éteignent, où le corps, délivré de son tyran, s’abandonne aux joies délirantes de la liberté.
196Les uns, arrivés à l’apogée de l’ivresse, restaient mornes et péniblement occupés à saisir une pensée qui leur attestât leur propre existence; les autres, plongés dans le marasme produit par une digestion alourdissante, niaient le mouvement; d’intrépides orateurs disaient encore de vagues paroles dont ils ne comprenaient pas, eux-mêmes, le sens; puis, quelques refrains retentissaient comme le bruit d’une mécanique obligée d’accomplir sa vie factice et sans âme. Le silence et le tumulte s’étaient bizarrement accouplés.
Néanmoins, en entendant la voix sonore du valet qui, à défaut d’un maître, leur annonçait des joies nouvelles, ils se levèrent entraînés, soutenus ou portés, les uns par les autres.
Mais la troupe entière resta, pendant un moment, immobile et charmée, sur le seuil de la porte. Les jouissances excessives du festin 197pâlirent devant le chatouillant spectacle que l’amphitryon offrait au plus voluptueux de leurs sens.
Sous les étincelantes bougies d’un lustre d’or, autour d’une table chargée de vermeil, un groupe de femmes se présenta soudain aux convives hébétés, dont les yeux s’allumèrent comme autant de diamans.
Riches étaient les parures, mais plus riches encore étaient ces beautés éblouissantes devant lesquelles disparaissaient toutes les merveilles de ce palais. Les yeux passionnés de ces créatures, prestigieuses comme des fées, avaient encore plus de vivacité que les torrens de lumière qui faisaient resplendir les reflets satinés des tentures, la blancheur des marbres, les saillies délicates des bronzes et la grâce des draperies. Le cœur brûlait, à voir les contrastes de leurs coiffures agitées et de leurs attitudes, toutes diverses d’attraits et de caractère. C’était une haie de fleurs mê198lées de rubis, de saphirs et de corail; une ceinture de colliers noirs, sur des cous de neige; des écharpes légères flottant comme les flammes d’un phare; des turbans orgueilleux; des tuniques modestement provoquantes. Ce sérail offrait des séductions pour tous les yeux, des voluptés pour tous les caprices.
Posée à ravir, une danseuse semblait être sans voile sous les plis onduleux du cachemire. Là, une gaze diaphane, ici, la soie chatoyante cachaient ou révélaient des perfections mystérieuses. De petits pieds étroits parlaient d’amour, des bouches fraîches et rouges se taisaient. Il y avait de jeunes filles frêles et décentes, vierges d’hier, dont les jolies chevelures respiraient une religieuse innocence. Puis, des beautés aristocratiques au regard fier, mais indolentes, mais fluettes, maigres, gracieuses, penchaient la tête comme si elles avaient encore de royales protections à faire acheter.
199Une Anglaise, blanche et chaste, figure aérienne, descendue des nuages d’Ossian, ressemblait à un ange de mélancolie, à un remords fuyant le crime.
La Parisienne, dont toute la beauté gît dans une grâce indescriptible, vaine de sa toilette et de son esprit, armée de sa toute-puissante faiblesse, souple et dure, syrène sans cœur et sans passion, mais qui sait artificieusement créer les trésors de la passion et contrefaire les accens du cœur, ne manquait pas à cette périlleuse assemblée où brillaient encore des Italiennes tranquilles en apparence et consciencieuses dans leur félicité; de riches Normandes, aux formes magnifiques; des femmes méridionales, aux cheveux noirs, aux yeux bien fendus.
Vous eussiez dit les beautés de Versailles convoquées par Lebel, ayant, dès le matin, dressé tous leurs piéges, arrivant, comme une troupe d’esclaves orientales, réveillées 200par la voix du marchand, pour partir à l’aurore.
Elles restaient interdites, honteuses, et s’empressaient autour de la table comme des abeilles bourdonnant à l’entrée d’une ruche. Cet embarras craintif, reproche et coquetterie tout ensemble, accusait et séduisait. C’était pudeur involontaire. Un sentiment que la femme ne dépouille jamais complètement leur ordonnait de s’envelopper dans le manteau de la vertu pour donner plus de charme et de piquant aux prodigalités du vice.
Aussi, la conspiration ourdie par le maître du logis échoua-t-elle. Ces hommes sans frein furent subjugués tout d’abord par la puissance majestueuse dont la femme est investie. Un murmure d’admiration résonna comme la plus douce musique. L’amour n’ayant pas voyagé de compagnie avec l’ivresse, au lieu d’un ouragan de passions, les convives, sur201pris dans un moment de faiblesse, s’abandonnèrent aux délices d’une douce extase.
Obéissant à la poésie qui les domine toujours, les artistes étudièrent avec bonheur les nuances délicates qui distinguaient ces beautés choisies.
Réveillé par une pensée, due peut-être à quelque émanation d’acide carbonique qui se dégageait du vin de Champagne, un philosophe frissonnait en songeant aux malheurs qui amenaient là ces femmes peut-être dignes jadis des plus purs hommages Chacune d’elles avait, sans doute, un drame sanglant à raconter; presque toutes apportaient d’infernales tortures, et traînaient après elles des hommes sans foi, des promesses trahies, des joies rançonnées par la misère.
Les convives s’approchèrent d’elles avec politesse, et des conversations aussi diverses que les caractères s’établirent. Des groupes se formèrent. Bientôt, vous eussiez dit d’un 202salon où les jeunes filles et les femmes vont offrant aux convives, après le dîner, les secours que le café, les liqueurs et le sucre prêtent aux gourmands embarrassés dans les travaux d’une digestion récalcitrante. Puis quelques rires éclatèrent… Le murmure augmenta. Les voix s’élevèrent. L’orgie, domptée pendant un moment, menaçait par intervalles de se réveiller. Ces alternatives de silence et de bruit avaient une vague ressemblance avec une harmonie de Beethoven.
Assis sur un moelleux divan, les deux amis virent d’abord arriver près d’eux une grande fille bien proportionnée, superbe en son maintien, de physionomie assez irrégulière, mais perçante, mais impétueuse, et qui saisissait l’
âme par de vigoureux contrastes. Sa chevelure noire, artistement mise en désordre, semblait avoir déjà subi les combats de l’amour et retombait en grosses boucles sur ses belles épaules, qui offraient des perspectives 203attrayantes à voir. De longs rouleaux bruns enveloppaient à demi un cou majestueux, sur lequel la lumière glissait par intervalles, en révélant la finesse des plus jolis contours. Sa peau, d’un blanc mat, faisait ressortir les tons chauds et animés de ses vives couleurs. L’œil armé de longs cils lançait des flammes hardies, étincelles d’amour. La bouche rouge, humide, entr’ouverte, appelait le baiser. Elle avait une taille forte, mais lascive. Son sein, ses bras étaient largement développés, comme ceux des belles figures du Carrache; néanmoins elle paraissait leste, souple, et sa vigueur supposait l’agilité d’une panthère, comme la mâle élégance de ses formes en promettait les voluptés dévorantes.
Quoiqu’elle dût savoir rire et folâtrer, ses yeux effrayaient la pensée. Semblable à ces prophétesses agitées par un démon, elle étonnait plutôt qu’elle ne plaisait. Toutes les expressions passaient par masses et comme des 204éclairs sur sa figure mobile. Peut-être eût-elle ravi des gens blasés; un jeune homme l’eût redoutée. C’était une statue colossale, tombée du haut de quelque temple grec, sublime à distance; vue de près, grossière; mais sa foudroyante beauté devait réveiller les impuissans, sa voix charmer les sourds, ses regards ranimer de vieux ossemens.
Émile la comparait vaguement à une tragédie de Shakespeare, espèce d’arabesque admirable, où la passion éclate, où la joie hurle, où l’amour a je ne sais quoi de sauvage, où la magie de la grâce et du bonheur succède aux sanglans tumultes de la colère; monstre qui sait mordre et caresser, rire comme un démon, pleurer comme les anges, improviser dans une seule étreinte toutes les séductions de la femme, excepté les soupirs de la mélancolie et les enchanteresses modesties d’une vierge; puis, en un moment, rugir, se déchi205rer les flancs, briser sa passion, son amant; enfin se détruire elle-même comme fait un peuple insurgé.
Vêtue d’une robe en velours rouge, elle foulait d’un pied insouciant quelques fleurs déjà tombées de la tête de ses compagnes, et, d’une main dédaigneuse, elle tendait aux deux amis un plateau d’argent. Fière de sa beauté, fière de ses vices peut-être, elle montrait un bras blanc qui se détachait vivement sur le velours. Elle était là comme la reine du plaisir, comme une image de la joie humaine, de cette joie qui dissipe les trésors amassés par trois générations, qui rit sur les cadavres, se moque des aïeux, dissout des perles et des trônes, transforme les jeunes gens en vieillards, et souvent les vieillards en jeunes gens; de cette joie, permise seulement aux géans fatigués du pouvoir, éprouvés par la pensée, ou pour lesquels la guerre est devenue comme un jouet.
206– Comment te nommes-tu?
lui dit Raphaël.
– Aquilina
!
– Oh! oh! tu viens de Venise
sauvée! s’écria Émile.
– Oui! répondit
-elle. De même que les papes se donnent de nouveaux noms, en montant au-dessus des hommes, j’en ai pris un autre en m’élevant au-dessus de toutes les femmes.
– As-tu donc, comme ta
patronne, un noble et terrible conspirateur qui t’aime et sache mourir pour toi? dit vivement Émile réveillé par cette apparence de poésie.
– Je l’ai eu
!… répondit-elle; mais la guillotine était ma rivale. Aussi, je mets toujours quelques chiffons rouges dans ma parure, pour que ma joie n’aille jamais trop loin
– Oh! si vous lui laissez raconter l’histoire des quatre jeunes gens de La Rochelle, elle n’en finira pas
!… Tais-toi donc, Aquilina! 207Les femmes n’ont-elles pas toutes un amant à pleurer? mais toutes n’ont pas, comme toi, le bonheur de l’avoir perdu sur un échafaud!… Ah! j’aimerais bien mieux savoir le mien couché dans une fosse à Clamart que près d’une rivale
Ces phrases si cruellement logiques furent prononcées d’une voix douce et mélodieuse, par la plus innocente, la plus jolie et la plus gentille petite créature qui, suivant l’expression d’Horace Walpole, fût jamais sortie d’un œuf enchanté

Elle était venue à pas muets, et montrait une figure délicate, une taille grêle, des yeux bleus ravissans de modestie, des tempes fraîches et pures. Une naïade ingénue, s’échappant de sa source, n’est pas plus timide, plus blanche, ni plus naïve
Elle paraissait avoir seize ans, ignorer le mal, ignorer l’amour, ne pas connaître les orages de la vie, et venir d’une église où elle 208aurait prié les anges d’obtenir avant le temps son rappel dans les cieux
À Paris seulement, se rencontrent ces créatures au visage candide, qui cachent sous un front aussi doux, aussi tendre que la fleur d’une marguerite,
Trompés d’abord par les célestes promesses écrites dans les suaves attraits de cette jeune fille, Émile et Raphaël, acceptant le café qu’elle leur versa dans les tasses présentées par Aquilina, se mirent à la questionner.

Alors elle acheva de transfigurer aux yeux des deux poëtes, par une sinistre allégorie, je ne sais quelle face de la vie humaine, en opposant, à l’expression rude et passionnée de son imposante compagne, le portrait de cette corruption froide, voluptueusement cruelle, assez étourdie pour commettre un crime, assez forte pour en rire; espèce de démon sans cœur, qui punit les âmes riches et tendres de 209ressentir les émotions dont il est privé, qui trouve toujours une grimace d’amour à vendre, des larmes pour le convoi de sa victime, et de la joie, le soir, pour en lire le testament
Un poëte
eût admiré la belle Aquilina, le monde entier devait fuir la touchante Euphrasie. L’une était l’âme du vice, l’autre le vice sans âme.
– Je voudrais bien savoir, dit Émile à cette jolie créature, si parfois tu songes à l’avenir

– L’avenir
!… répondit-elle en riant. Qu’appelez-vous l’avenir? Pourquoi penserais-je à ce qui n’existe pas encore? Je ne regarde jamais ni en arrière ni en avant de moi! N’est-ce pas déjà trop que de m’occuper d’une journée à la fois? D’ailleurs l’avenir, nous le connaissons!… C’est l’hôpital
– Comment peux-tu voir d’ici l’hôpital et ne pas éviter d’y aller
?… s’écria Raphaël.
210– Qu’a donc l’hôpital de si effrayant
?… demanda la terrible Aquilina. Quand nous ne sommes ni mères ni épouses; quand la vieillesse nous met des bas noirs aux jambes et des rides au front, flétrit tout ce qu’il y a de femme en nous, et sèche la joie dans les regards de nos amis, de quoi pouvons-nous manquer?… Alors, vous ne voyez plus en nous, de notre nature, que sa fange primitive… elle marche sur deux pattes, froide, sèche, décomposée; et va, produisant un bruissement de feuilles mortes Les plus jolis chiffons nous deviennent des haillons… L’ambre qui réjouissait le boudoir prend une odeur de mort et sent le squelette; puis, s’il se trouve un cœur dans cette boue, vous y insultez tous Vous ne nous permettez même pas un souvenir!… Alors, que nous soyons dans un riche hôtel à soigner des chiens, ou dans un hôpital à trier des guenilles, notre existence n’est-elle pas exactement la même? 211Cacher nos cheveux blancs sous un mouchoir à carreaux rouges et bleus, ou sous des dentelles… n’est-ce pas toute la différence? Au lieu d’être assises à des foyers dorés nous nous chauffons à des cendres, dans un pot de terre rouge; et, au lieu d’aller à l’Opéra, nous allons à la Grève…
Aquilina
mia!… Jamais tu n’as eu tant de raison au milieu de tes désespoirs! reprit Euphrasie. Oui, les cachemires, les vélins, les parfums, l’or, la soie, le luxe, tout ce qui brille, tout ce qui plaît, ne va bien qu’à la jeunesse. Le temps seul pourrait avoir raison contre nos folies!… mais le bonheur nous absout!
Vous riez de ce que je dis?… s’écria-t-elle en lançant un sourire venimeux aux deux amis.
N’ai-je pas raison? j’aime mieux mourir de plaisir que de maladie Je n’ai ni la manie de la perpétuité, ni grand respect pour l’es212pèce humaine, à voir ce que Dieu en fait… Aussi, donnez-moi des millions, je les mangerai. Je ne voudrais pas garder un centime pour l’année prochaine….. Vivre pour plaire et régner, tel est l’arrêt que prononce chaque battement de mon cœur!….. La nature m’approuve…. Ne fournit-elle pas sans cesse à mes dissipations? Pourquoi le bon Dieu me fait-il tous les matins la rente de ce que je dépense tous les soirs? Et comme il ne nous a pas mis entre le bien et le mal pour choisir ce qui nous blesse ou nous ennuie… Allez donc! je serais bien sotte de ne pas m’amuser!
– Et les autres
?… dit Émile.
– Les autres
? eh! bien qu’ils s’arrangent!… J’aime mieux rire de leurs souffrances que d’avoir à pleurer sur les miennes Je défie un homme de me causer la moindre peine.
– Qu’as-tu donc souffert pour penser ainsi
?… demanda Raphaël.
213– J’ai été quittée pour un héritage
!… Moi!… dit-elle, en prenant une pose qui fit ressortir toutes ses séductions. Et cependant j’avais passé les nuits et les jours à travailler pour nourrir mon amant Ah! je ne veux plus être la dupe d’aucun sourire, d’aucune promesse et je prétends faire de mon existence une longue partie de plaisir
– Mais, s’écria Raphaël, le bonheur ne vient-il donc pas de l’
âme?…
– Eh bien
!… reprit Aquilina, n’est-ce rien que de se voir admirée, flattée, de triompher de toutes les femmes, même des plus vertueuses en les écrasant par notre beauté, par notre richesse? D’ailleurs, nous vivons plus en un jour qu’une bonne bourgeoise en dix ans, et alors tout est jugé
– Une femme sans vertu n’est-elle pas odieuse
?… dit Émile à Raphaël.
Euphrasie
, leur lançant un regard de vi214père, répondit avec un inimitable accent d’ironie:
– La vertu! Nous la laissons aux laides et aux bossues Que seraient-elles sans cela, les pauvres femmes?…
– Allons, tais-toi
!… s’écria Émile, ne parle point de ce que tu ne connais pas!…
– Ah! je ne la connais pas
!….. reprit Euphrasie. Se donner pendant toute sa vie à un être détesté, savoir élever des enfans qui vous abandonnent, et leur dire: – Merci! quand ils vous frappent au cœur… Voilà les vertus que vous ordonnez à la femme!… Encore, pour la récompenser de son abnégation, venez-vous lui imposer des souffrances en cherchant à la séduire…. Si elle résiste, vous la compromettez. Jolie vie…. Autant rester libre, aimer ceux qui nous plaisent, et mourir jeunes
– Ne crains-tu pas de payer tout cela un jour?
– Eh bien
!… répondit-elle, au lieu d’en215tremêler mes plaisirs de chagrins, ma vie sera coupée en deux parts… Une jeunesse certainement joyeuse, et je ne sais quelle vieillesse incertaine pendant laquelle je souffrirai tout à mon aise…
– Elle n’a pas aimé
!… dit Aquilina d’un son de voix profond. Elle n’a jamais fait cent lieues pour aller dévorer, avec mille délices, un regard et un refus Elle n’a point attaché sa vie à un cheveu, ni essayé de poignarder des hommes pour sauver son souverain, son seigneur, son Dieu. Pour elle, l’amour était un joli colonel…
– Hé! hé! La
Rochelle! répondit Euphrasie… L’amour est comme le vent: nous ne savons pas d’où il vient. D’ailleurs, si tu avais été bien aimée par une bête, tu prendrais les gens d’esprit en horreur
– Le Code nous défend d’aimer les bêtes
!… répliqua la grande Aquilina d’un accent ironique.
216– Je te croyais plus indulgente pour les militaires
!… s’écria Euphrasie en riant.
– Sont-elles heureuses, de pouvoir abdiquer
leur raison!… s’écria Raphaël.
– Heureuses
!… dit Aquilina, souriant de pitié, de terreur, et jetant aux deux amis un horrible regard. Ah! vous ne savez pas ce que c’est que d’être condamné au plaisir avec un mort dans le cœur!…
En ce moment
, des cris étranges s’élevaient de toutes parts. Contempler les salons, c’était avoir une vue anticipée du Pandémonium de Milton. Il y avait des. Les flammes bleues du punch coloraient les visages d’une teinte infernale. Les rires éclataient comme les détonations d’un feu d’artifice. Les champs de bataille, jonchés de morts et de mourans, avaient aussi leur image. L’atmosphère était chaude. L’ivresse ayant jeté sur tous les regards de légers voiles, chacun croyait voir un 217nuage rougeâtre et des vapeurs enivrantes en l’air. Il s’était élevé, comme dans les bandes lumineuses tracées par un rayon du soleil, une poussière brillante, à travers laquelle se jouaient les formes les plus capricieuses, les luttes les plus grotesques. Il y avait, çà et là, des groupes de figures enlacées qui se confondaient avec les marbres blancs, nobles chefs-d’œuvre de la sculpture dont les appartemens étaient ornés.
Quoique les deux amis conservassent encore une sorte de lucidité trompeuse dans les idées, et, dans leurs organes, un dernier frémissement, simulacre imparfait de la vie, il leur était impossible de reconnaître ce qu’il y avait de réel dans les fantaisies bizarres, de possible dans les tableaux surnaturels qui passaient incessamment devant leurs yeux lassés. Le ciel étouffant de nos rêves; l’ardente suavité que contractent les figures; surtout je ne sais quelle agilité chargée de 218chaînes; enfin, les phénomènes les plus inaccoutumés du sommeil les assaillaient si vivement qu’ils prirent les jeux de cette débauche pour les caprices d’un cauchemar. Il y avait du mouvement sans bruit, des cris perdus pour l’oreille; puis, l’ivresse, l’amour, le délire, l’oubli du monde étaient dans les cœurs, sur les visages, dans l’air, écrits sur les tapis, exprimés par le désordre…
Alors
le valet de chambre de confiance, ayant réussi, non sans peine, à faire venir son maître dans l’antichambre, lui dit à l’oreille:
– Monsieur, tous les voisins sont aux fenêtres et se plaignent du tapage
– S’ils ont peur du bruit, ne peuvent-ils pas faire mettre de la paille devant leurs portes
!… s’écria l’amphitryon.

219XIV.

Raphaël laissa
échapper un éclat de rire si burlesquement intempestif que son ami lui demanda compte d’une joie aussi brutale.
– Tu me comprendrais difficilement
!… répondit-il. D’abord, il faudrait t’avouer que vous m’avez arrêté sur le quai Voltaire au moment où j’allais me jeter dans la Seine; et 220tu voudrais, sans doute, connaître les motifs de ma mort Mais quand j’ajouterais que, par un hasard presque fabuleux, les ruines les plus poétiques du monde matériel venaient alors de se résumer à mes yeux par une traduction symbolique de la sagesse humaine; tandis qu’en ce moment les débris de tous les trésors intellectuels dont nous avons fait à table un si cruel pillage, aboutissent à ces deux femmes, images vives et originales de la folie, et que notre profonde insouciance des hommes et des choses a servi de transition aux tableaux fortement colorés de deux systèmes d’existence si diamétralement opposés, en seras-tu plus instruit? Si tu n’étais pas ivre, tu y verrais peut-être un traité de philosophie…
– Si tu n’avais pas les deux pieds sur cette ravissante Aquilina, dont les ronflemens ont je ne sais quelle analogie avec le rugissement d’un orage près d’éclater, reprit Émile
, qui, 221lui-même, s’amusait à rouler et à dérouler les cheveux d’Euphrasie sans trop avoir la conscience de cette innocente occupation; tu rougirais de ton ivresse et de ton bavardage. Tes deux systèmes peuvent entrer dans une seule phrase, et se réduisent à une pensée.
La vie simple et mécanique conduit à quelque sagesse insensée, en étouffant notre intelligence par le travail; et la vie passée dans le vide des abstractions, ou dans les abîmes du monde moral, mène à quelque folle sagesse.
En un mot, tuer les sentimens pour vivre vieux, ou mourir jeune en acceptant le martyre des passions, voilà notre arrêt. Encore, cette sentence lutte-t-elle avec les tempéramens que nous a donnés le rude goguenard, auquel nous devons le patron de toutes les créatures.
lmbécille!… s’écria Raphaël en l’interrompant. Continue à te résumer ainsi, tu feras 222des volumes! Si j’avais eu la prétention de formuler proprement ces deux idées, je t’aurais dit que l’homme se corrompt par l’exercice de la raison et se purifie par l’ignorance. C’est faire le procès aux sociétés! Mais, que nous vivions avec les sages ou que nous périssions avec les fous, le résultat n’est-il pas, tôt ou tard, le même? Aussi, le grand abstracteur de quintessence a-t-il jadis exprimé ces deux systèmes en deux mots: – CARYMARY, CARYMARA…
– Tu me fais douter de la puissance de Dieu, car tu es plus bête qu’il n’est puissant
!… répliqua Émile. Notre cher Rabelais a résolu cette philosophie par un mot plus bref que carymary! carymara. C’est – PEUT-ÊTRE!… d’où Montaigne a pris son Que sais-je? et Charles Nodier le Qu’est-ce que cela me fait? de Breloque Encore, ces derniers mots de la science morale ne sont-ils guère que l’exclamation de Pyrrhon restant entre le 223bien et le mal, comme l’âne de Buridan entre deux mesures d’avoine.
Mais laissons là cette éternelle discussion, qui aboutit aujourd’hui à un oui et non! Quelle expérience voulais-tu donc faire en te jetant dans la Seine?… Étais-tu jaloux de la machine hydraulique du pont Notre-Dame?
– Ah! si tu connaissais ma vie
!…
– Ah! ah! s’écria Émile, je ne te croyais pas si vulgaire
!… la phrase est usée. Ne sais-tu pas que nous avons tous la prétention de souffrir beaucoup plus que les autres?…
– Ah! s’écria Raphaël.
– Mais tu es bouffon avec ton
…… ah! Voyons?
Une maladie d’âme ou de corps t’oblige-t-elle de ramener tous les matins, par une contraction de tes muscles, les chevaux qui, le soir, doivent t’écarteler, comme, jadis, le fit Damien?
224As-tu mangé ton chien tout cru, sans sel, dans ta mansarde?
Tes enfans t’ont-ils jamais dit: – Père, j’ai faim?
As-tu vendu les cheveux de ta maîtresse, pour aller au jeu?
As-tu été payer, à un faux domicile, une fausse lettre de change, tirée sur un faux oncle?…
Voyons,
j’écoute
Si tu te jetais à l’eau pour une femme, pour un protêt, ou par ennui, je te renie Confesse-toi, ne mens pas, je ne te demande point de mémoires historiques Surtout, sois aussi bref que ton ivresse te le permettra; car je suis exigeant comme un lecteur, et prêt à dormir comme une femme qui lit ses vêpres.
– Pauvre sot!
dit Raphaël. Depuis quand les douleurs ne sont-elles plus en raison de la sensibilité? Lorsque nous arriverons au degré de science qui nous permettra de faire une 225histoire naturelle des cœurs, de les nommer, de les classer en genres, en sous-genres, en familles, en crustacés, en fossiles, en sauriens, en microscopiques, en… que sais-je? Alors, mon bon ami, ce sera chose prouvée qu’il en existe de tendres, de délicats, comme des fleurs, et qui doivent se briser, comme elles, par de légers froissemens auxquels certains cœurs minéraux ne sont même pas sensibles!…
– Oh! de grâce, épargne-moi ta préface
!.. dit Émile d’un air moitié riant mo